Rencontre – Vincent Clerc et Pablo Neuman, volonté commune

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Le Stade Toulousain Rugby Handisport organise du 9 au 12 juin la Rock’N Rose Europa Cup. L’occasion pour nous de réunir Pablo Neuman, acteur incontournable du rugby fauteuil, international français, et Vincent Clerc, parrain de l’équipe stadiste. Les deux hommes se connaissent depuis sept ans déjà, et sont presque voisins. Ils se racontent au détour d’une interview devenue discussion, tout simplement.

Photo Pablo Vincent Clerc 2
Vincent Clerc et Pablo Neuman

Messieurs, pourriez-vous tout d’abord nous rappeler votre parcours sportif ?
Vincent Clerc :
J’ai commencé le rugby à l’âge de 8 ans, 2 ans après mes débuts, j’ai rejoint Grenoble. J’ai fait toutes les catégories de jeune au sein du centre de formation puis j’ai eu la chance d’accéder à l’équipe première en 2001, même si malheureusement c’est l’année de la descente en pro D2. Ça explique aussi pourquoi les jeunes ont eu plus de temps de jeu à ce moment là. Je suis arrivé à Toulouse en 2002 où j’ai connu les sélections en équipe de France – 21 ans puis chez les A. J’ai gagné 3 titres de champion de France, 3 coupes d’Europe et deux grand chelems avec les bleus.

Pablo Neuman : Avant mon accident, j’ai fait du ski pendant un long moment, en fait j’avais même basé mon projet professionnel autour de ça puisque je devais devenir moniteur de ski. Plus généralement j’ai suivi un parcours sportif puisque j’ai fait STAPS mais avec une préférence pour les sports individuels. J’ai eu l’accident en 2001 et du coup j’ai entamé le rugby fauteuil en 2003. J’y ai tout de suite accordé beaucoup d’importance et d’enthousiasme, c’est un sport idéal pour moi puisqu’il est totalement adapté à mon handicap.

Vous avez toujours su que le sport guiderait votre vie ?
P. N  Oui. Le sport a toujours été au centre de ma vie, ça a toujours fait partie des ingrédients autours desquels je me suis structuré. »
V.C : Je dirais qu’au départ c’est vraiment du mimétisme par rapport à mon père. J’y ai pris goût ensuite au collège. Mais au départ, je n’avais pas pour objectif de devenir professionnel, en fait tout s’est accéléré au centre de formation avec le développement physique. Ensuite j’ai connu mes premières sélections chez les jeunes. Tout est allé très vite. C’est pour cela aussi que je n’ai jamais arrêté les études, ça représentait vraiment une sécurité pour moi. J’ai eu la chance d’être bien accompagné.

Vous avez tous les deux un lien particulier avec le « regard des gens » comment vous gérez cela ?
V.C : On s’y habitue. Ça ne me pose pas de problèmes, car il y a un côté très sain. Le but du sport c’est de rendre les gens heureux. En fait, c’est plus une curiosité des gens de savoir comment on vit les choses même s’ils sont toujours respectueux de la vie privée. On prend donc le temps d’échanger avec les supporters. Au final il n’y a que des côtés positifs ! La notoriété casse des barrières et permet donc de faire plus de rencontres. J’apprécie vraiment ce côté-là.

P.N : Pour moi c’est différent de Vincent, puisque ce regard est lié à mon handicap. J’ai vite compris que cela m’avait rendu différent, du coup je me suis dit qu’il fallait que je m’habitue à ce regard-là. Mais très vite, tu le comprends et tu l’évacues. Tu le fais passer au second plan, et ça ne m’a jamais empêché d’avancer. De façon générale, le fait de pratiquer le rugby fauteuil, de se mettre dans une perspective de haut niveau et de combat, ça aide à faire évoluer ce regard . J’aime beaucoup l’image que l’on véhicule à travers notre discipline.

Qu’est-ce que vous appréciez le plus dans votre discipline ?
P.N : Le rugby fauteuil, Ce fut une vraie découverte du sport collectif. J’apprécie beaucoup le fait de trouver un terrain d’entente et développer des affinités avec des gens avec lesquels on a pas grand chose en commun. Et puis il y a aussi l’engagement et l’endurance que nécessite un match de rugby fauteuil. Cette « grinta » c’est un beau contre pied sur les stéréotypes des personnes handicapées. J’adore que les gens pensent que nous aussi on peut se mettre des « rentrons » (rires)

V.C. : Je retiendrais le côté adrénaline qu’amène le rugby, la compétition, et puis les émotions de la victoire en équipe. Ce court instant après la victoire, cette euphorie qui dure quelques instants, c’est unique. Et puis, il y a la satisfaction collective d’avoir gagné. C’est vraiment l’idéal de pouvoir fêter un objectif qui a été atteint collectivement.

Est-ce que vous avez un petit « truc » avant de rentrer sur le terrain ?
V. C : Pas trop trop. J’évite les rituels.
P.N : Pas du tout également ! Je ne suis pas du tout superstitieux. Ça ne me parle pas. Je prends juste beaucoup de précautions sur mon échauffement. J’essaye de me mettre en bonne condition physique et mentale.

Vous êtes tous les deux des « anciens du vestiaire » comment vous décrieriez votre rôle ?
P.N : En tant qu’ancien et président, j’ai ce rôle d’être garant des valeurs de mon club et de l’image que peut donner mon équipe. J’essaie donc d’être irréprochable à ce niveau, même si je n’y parviens pas toujours. On est un petit club, on accueille reguliérement de nouveaux pratiquants. Notre rôle, notamment le mien, est de les guider. Je prends du plaisir à les accompagner, à informer ces nouveaux pratiquants et ceux qui ont moins d’ expérience. J’adore les voir progresser.  C’est quelque chose qui m’a beaucoup manqué lorsque j’ai commencé le rugby fauteuil.. Quelqu’un qui démarre n’a pas toujours les réflexes de placement, et il faut un certain temps pour comprendre les rouages de la discipline.

V.C : Je ne m’attribue pas de rôle en particulier. Je m’entraîne, je travaille normalement, même si avec l’expérience je dis un peu plus les choses. Je me permets de prendre un peu plus la parole, de donner 2-3 conseils. On dit des choses parce qu’on le ressent comme ça. Tout vient spontanément, alors que plus jeune tu n’oses pas forcément.

Pour vous la marseillaise c’est plutôt « plein poumon » ou « pleine concentration » ?
V.C : Ah oui je chante plein poumon. Je chante faux, mais fort ! (rires). C’est un moment particulier où il y a de l’émotion, énormément d’émotion même. On pense fort aux gens que l’on aime, Il suffit que je croise leur regard et là c’est parti.

P.N : Je suis plutôt en mode plein poumon aussi , même si comme Vincent j’ai toujours du mal à accrocher la note juste.

Est-ce que l’équipe de France c’est l’aboutissement pour un sportif ?
V.C : Oui complètement, représenter son pays, pour moi c’est l’étape ultime. Tout le monde y pense. Quand tu es petit, c’est même un rêve.
P.N : Pas forcément pour moi. Evidemment que représenter son pays et se frotter aux meilleurs joueurs du monde c’est ultra stimulant, mais je prends encore plus mon pied quand j’arrive au bout des projets qui sont menés avec les gens du club avec qui tu bosses tous les jours. Cette vie de communauté, je dirais presque de famille, ça procure énormément d’émotions. C’est une saveur très particulière.

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Avec l’équipe de France lors de la qualification pour les JO de Rio (photo Luc Perceval)

Quel est le moment en sport qui vous a le plus marqué ?
P.N : Il y en a deux : D’abord la qualification pour les jeux de Rio avec l’équipe de France parce que c’était très loin d’être gagné. Celle-là on est on est allé la chercher avec les tripes et le cerveau. Et il y a aussi le match contre les Amsterdams Terminators en 2014 lors de la Rock’N Rose Europa Cup. On a eu droit à un scénario complètement fou (ndlr : le STRH gagne après deux prolongations) avec une foule en délire, c’était chaud.  D’habitude, j’arrive à me couper du public, mais là franchement l’atmosphère était dingue. Le vécu est essentiel pour moi, c’est là où il y a plus d’émotions. Quand tu es acteur du truc, dans l’œil du cyclone, tu es atteint par les émotions .

V.C : Je dirais la 1ère finale du championnat de France que j’ai vue, celle de 93, Grenoble-Castres. Je m’en rappelle comme si c’était hier. Grenoble s’était fait voler à cause d’une erreur d’arbitrage, c’était dramatique pour moi, j’en avais pleuré !. C’était mon premier moment intense de sport

Comment voyez-vous votre fin de saison ?
V.C : Pour nous, ce sera les phases finales et jouer la carte à fond pour le Brennus, Tout est possible. je ne suis pas loin de la fin, ça me ferait plaisir de pouvoir accrocher un dernier titre.

P.N : Je vais être assez bien servi en cette fin d’année sportive puisque avec mon club nous organisons la rock’n’rose Europa Cup du 9 au 12 juin pour la 4ème fois. On accueille à Toulouse les meilleurs joueurs et clubs européens. Et puis il y a la préparation pour les jeux de Rio en Septembre. Je ne peux pas dire que je pourrai mourir tranquille après, mais j’aurais vécu de beaux trucs (rires)

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