Match arrêté entre Gimont et 4 cantons : le meilleur, le pire, et la honte

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Gimont (6ème avec deux victoires, deux défaites) et 4 Cantons (1er avec 3 victoires et un nul) ont probablement offert le meilleur et le pire du rugby dimanche. Le meilleur tout d’abord, avec des intentions manifestes conclues par des essais superbes, côté lot-et-garonnais, du viril ensuite (mais correct) côté gersois, dans une rencontre à rebondissements multiples, que l’on croyait pliée au bout de 25 minutes. Et puis, le pire est arrivé. Tout du moins, le vraiment pas beau, le détestable même. Retour sur ce match arrêté à l’heure de jeu…(par David Campese)

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Avant la rencontre, minute de silence en hommage à Samuel Paty.

Quelle entame ! Et surtout, quel jeu, et que de beaux essais. 4 Cantons, solide et beau leader de cette poule 9 a régalé d’entrée avec un premier essai dès la 5ème minute. La nouvelle entente liant Monflanquin-Cancon à Villeréal-Castillonnès, depuis l’été dernier, doit bien aimer le chiffre 4. Car trois autres essais, limpides, seront inscrits (10ème, 12ème et 22ème) lors d’une première demi-heure endiablée et à sens unique. 4 essais donc, et un 0-26 indiscutable, qui avait de quoi ravir leurs entraîneurs Cassang, Birginie et Rouault, mais aussi, tous les amoureux du beau jeu. En revanche, cette démonstration de rugby champagne a dû provoquer un début de migraine ophtalmique à tous les supporters gimontois. Ces derniers ne savaient pourtant pas encore que l’équipe des 4 Cantons, venait d’inscrire là, ses derniers points de la journée. Car le staff gersois décidait de resserrer les rangs et de muscler le jeu.

Leurs poulains, plus en mode chevaux de trait, forcément vexés, réagissaient donc, et débloquaient leur compteur à la 30ème pour un 7-26 à la pause, somme toute logique. Jérôme Balaguer et Thomas Taché, les coachs rouges de colère et blancs de peur du ridicule, ont  séché les cheveux de leurs joueurs par une grosse soufflante. Mais il faut croire qu’ils ont dû trouver les bons mots aux maux pour relancer leurs troupes dans un deuxième acte, lui aussi, à sens unique. L’ESG sonnait la révolte en inscrivant deux pénalités coup sur coup (50ème et 53ème). A 13-26, l’espoir d’une remontada inespérée grandissait, à mesure que le jeu local se réduisait aux fondamentaux. Ce jeu de percussion, direct, orgueilleux, rugueux, déboussolait un adversaire moins aguerri à ce genre de rugby frontal. 4 Cantons… a que l’amour du beau jeu à offrir en partage, était sur le reculoir. Et Gimont était récompensé par un essai de pénalité accordé par M. l’arbitre. 20-26 à l’heure de jeu, on voyait alors mal comment les jeunes visiteurs pourraient inverser une tendance quasi inéluctable. Les mouches avaient changé d’âne donc, les Gimontois faisaient parler leur puissance, remis en selle par un pack conquérant. Tout restait possible, mais l’on ne pouvait pas imaginer la suite.

je tiens à m’excuser ici auprès des familles, des parents, des enfants, qui ont assisté à ce bien triste spectacle…”

Sur le renvoi, une “pinaillerie” entre deux joueurs, se transformait en accrochage plus viril, avant de dégénérer en énorme bagarre générale, devant les tribunes. Ainsi, ce sont tous les joueurs, “épaulés” par quelques “extérieurs”, qui s’affrontaient, pendant deux minutes interminables. Les bons coups de la première période laissaient place aux plus vilains cette fois. Deux minutes détestables, honteuses même, avec des coups de pied au sol, qui avaient le pouvoir immédiat d’effacer tout le reste. M. Varlet, le jeune arbitre de la rencontre, voyant que le mal s’était propagé jusqu’en tribunes, préférait, logiquement, mettre fin à cette partie.

A la probable suspension des rencontres jusqu’en début d’année prochaine, liées à la pandémie, viendront donc s’ajouter celles des fautifs désignés sur le rapport de M. l’arbitre. La Commission de discipline, moins sollicitée que celle des Epreuves depuis de longs mois, aura quand même du travail. Regrettable, et le mot est faible. Et pas franchement bienvenue, surtout dans ce contexte 2020 si particulier, qui devrait pousser les acteurs à profiter, plus qu’à défrayer la chronique des faits divers sportifs. Gimont et 4 Cantons ont, sans le vouloir, uni leurs destins dimanche, pour le meilleur, et pour le pire…

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Le ballon est resté vivant… jusqu’à la 61ème minute (photos Jameson JB)

Réactions

Simon Pène (ouvreur Gimont): “La bagarre qui a éclatée sur le terrain, s’est décalée vers la main courante. À ce moment-là, des supporters s’en sont mêlés et ça a dégénéré à tel point que nous, sur le terrain, on a arrêté les chamailleries. Une fois dans le vestiaire, certains “anciens” dont je fais partie, ont pris la parole en expliquant que c’était aux joueurs de montrer l’exemple sur le terrain. Mais on ne peut pas maîtriser ce qu’il se passe autour…”

Lionel Girardi (ouvreur 4 Cantons BHAP) : “On s’attendait à un match compliqué, avec des Gersois fidèles à leurs valeurs, qui ne lâchent rien. On fait une belle entame, avec de belles actions et de beaux essais. On se fait secouer en deuxième période, avec une agressivité, saine, des locaux. Une opposition de style, qui méritait d’aller à son terme, car il restait un bon quart d’heure à jouer. Je ne pense pas que les Gimontois soient des voyous ; nous non plus. C’est vraiment dommage de terminer comme ça”.

Thierry de Vaujanie (co-président 4 Cantons) : “Si M. l’arbitre avait sanctionné d’un carton rouge les deux joueurs qui se sont accrochés sur le renvoi, on finissait la rencontre. Et nul doute que si Gimont avait continué à jouer de la sorte, oui, ils auraient gagné. Car j’ai une équipe de jeunes, qui ont montré ce qu’était du rugby. A 26-0 en 20 minutes, tout est dit je crois. Gimont a ensuite choisi de durcir le jeu, avec des anciens, que nous n’avons pas. En fait, on a vu un rugby de mouvement, moderne, face à un rugby d’antan. Nos jeunes se sont fait bouger en seconde mi-temps, se sont fait marcher dessus, et sur l’échauffourée, l’un d’eux a ramassé. Son frère a vu rouge, ça s’est envenimé oui. Il y a des torts partagés sûrement… mais la sécurité n’a pas fait son travail. Ni l’arbitre, ni les dirigeants gimontois n’ont bougé, et voir un gamin de 18 ans se faire lyncher, car il n’y a pas d’autre mot, ce n’est pas normal. J’ai presque 50 ans, mes joueurs, ce sont mes petits. Si vous voyez un des vôtres se faire tabasser devant vous, sans que personne ne lève le petit doigt, vous faîtes quoi ? Alors oui, on est allés le tirer de là, par le col, par peur que quelque chose de grave n’arrive. C’est désolant ce qu’il s’est passé. Car on est arrivés avec un foie gras et une bouteille de vin sous le coude, et on repart le cœur lourd, et dégoûté. Ca m’emmerde que mes jeunes aient vécu ça, car ils arrivent des quatre cantons, et ne sont pas habitués à ce rugby d’un autre temps. A chacun ses armes pour gagner certes, mais là, ce rugby à l’ancienne, c’est trop. Je ne suis pas certain que Gimont jouera comme ça contre Fumel. Toutes les équipes ne sont pas comme nous, avec des jeunes uniquement. Mais bon, espérons ne plus avoir à revivre ça, car c’est vraiment une mauvaise publicité pour notre rugby.”

Thomas Taché (co-entraîneur Gimont) : “Je ne tiens pas à incriminer qui que ce soit. Il y a un accrochage, ça déborde, on ne maîtrise plus grand chose, et ça prend des proportions qui font honte, pour les deux équipes je crois. Car c’est une responsabilité partagée. A titre personnel, peut être que j’aurais dû intervenir, pour séparer, j’ai été trop spectateur, c’est vrai. Mais il serait trop facile de tout faire reposer sur cette passivité. Gimont a des casseroles depuis des années, car nous avons toujours mis de l’agressivité dans notre jeu, intense, mais saine, pas toujours facile à supporter certes, car il y a toujours eu un ou deux “énervés”… mais là, je ne crois pas que l’on puisse accuser l’un ou l’autre. Ceci étant dit, je tiens à m’excuser ici auprès des familles, des parents, des enfants, qui ont assisté à ce bien triste spectacle. Nous sommes là pour les divertir, surtout de par les moments compliqués que nous vivons, et on a fait le contraire. On s’est mis à la place de ceux que l’on déteste, ceux qui font fuir les gens des tribunes, et c’est ce qui me rend le plus triste. Je n’en ai pas dormi de la nuit tellement j’étais mal. Ce ne sont pas mes valeurs, ni celles du club, quoiqu’on en dise. Nous prônons le beau jeu, même si sur ce match, il faut bien avouer que nous ne l’avons pas montré. J’en profite donc aussi pour saluer la qualité exceptionnelle de notre adversaire, car il y avait très longtemps que je n’avais pas vu une telle fluidité, une telle aisance technique, un tel liant, c’est remarquable. J’espère vraiment que nos rapports s’apaiseront car j’aimerais apprendre d’un tel club, dont on ne peut que louer son jeu. Ce n’est pas pour rien qu’ils sont leaders. Pour être les meilleurs, il faut battre les meilleurs. Alors oui, on y a opposé un jeu plus frontal, mais dans les règles. Notre frustration de la première mi-temps, a dû être la même pour eux en seconde je crois. On avait le sentiment de les faire craquer, et revenir de 0-26 à 20-26 à un quart d’heure de la fin, cela aurait pu être un match déclic pour nous. La tension liée au match et au résultat a sûrement été à l’origine de cet accrochage, qui aurait pu en rester là. Mais ça n’a pas été le cas. Je ne crois pas que l’on puisse pointer du doigt une équipe plus coupable que l’autre, plus responsable, mais une chose est certaine, c’est que cette violence est détestable, elle fait honte à notre sport. Je suis déçu et honteux oui. Et par mes mots, j’espère vraiment un apaisement général, car nous allons en plus être privés de rugby dans les semaines qui viennent très probablement. Donc j’espère que mon message sera entendu grâce à votre article.”


Le(s) message(s) sont passé(s)…

3 Commentaires

  1. Et oui Gimont a une bien triste réputation à tenir, c’est fini le rugby des années 70, mais je ne suis pas sûr que l’information leur soit parvenue…

  2. Je ne suis pas surpris des supporters de Gimont, j’y suis allé y jouer, arbitrer et ça ne change pas !
    Pénible cette publicité !

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