L’oeil du Pro – “Le dimanche, de préférence !”

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laurent-baluc-rittenerNatif de Narbonne, Laurent Baluc-Rittener y a signé son premier contrat pro à 20 ans. Top 16, Top 14, H Cup, Challenge Européen, Pro D2, de Bourgoin à Albi en passant par Colomiers, le troisième ligne âge aujourd’hui de 35 ans, a mené sa carrière avec passion et dévouement. En fédérale 3 depuis cette saison, il prolonge le plaisir de jouer, tout simplement. Par son vécu, son franc-parlé et son verbe juste, Laurent est membre de Provale. Pour ces mêmes qualités, il a pris, pour notre plus grand plaisir, une autre licence, celle de…RugbyAmateur.fr. Il nous gratifie ainsi de son humeur, en fonction de l’actualité ou de dossiers qui lui tiennent à coeur. Pour ce début d’année, c’est un sujet brûlant qu’il évoque, sans détour, comme d’habitude…

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Bernard Laporte et Paul Goze vont-ils trouvé un terrain d’entente pour les matchs du dimanche ?


Le communiqué officiel est tombé ! Sous le titre : « Horaire du coup d’envoi du match de Top 14 du dimanche après-midi », la Ligue a répondu aux préoccupations des clubs amateurs. Après consultations et négociations, les deux parties – LNR et Canal+ – ont décidé pour le bien de tous, de passer de 16h15 à…16h45 !

Bel effort en vérité. Sorte d’exercice de funambule entre ni-oui ni-non et mi-figue mi-raisin, ils ont décidé de couper la poire en deux et de ménager la chèvre et le chou à travers une splendide tergiversation. J’imagine que Canal+, grand argentier du rugby français (plus de 70 millions par saison, trois fois plus qu’il y a 2 ans pour rappel) a bien calculé son coup. Pour la chaîne cryptée, outre les matchs du samedi, le créneau idéal est bien celui du dimanche après-midi. La concurrence a été rude avec les Qataris de chez Bein. Mais le rugby étant devenu une des sources principales d’abonnement de la chaîne, ils ont cassé la tirelire. Bilan : il faut diffuser plus de matchs pour rentabiliser l’affaire.

Il y a donc bien un problème, et il perdure, preuve que depuis des années, l’esprit, la culture et les habitudes de milliers d’aficionados ont été bafoués au profit… du profit. Les maîtres de cérémonie jugeront ce constat « passéiste » et vanteront les richesses de la locomotive Top 14 qu’ils étalent désormais du jeudi au dimanche comme le Nutella sur la tartine, faisant fi de la réalité sociale de notre sport et de ses racines conviviales centenaires.

La concurrence « télé » est très rude, et l’économie de nombreux « petits clubs » mise à mal. Moins d’entrées au stade, moins de consommation à la buvette, de repas d’avant-match. Un peu triste tout de même. Mais est-ce le problème du diffuseur ? Il paye, il décide. C’est dans le contrat, c’est le deal, c’est du business. Et qui hérite des rentrées financières ? La ligue (LNR) de M. Paul dans un premier temps, qui répartit ensuite les subventions aux clubs pro en fonction de leur classement et catégorie. Pas grand-chose pour le monde amateur donc, perdant dans l’histoire sur tous les tableaux.

“Le rugby a-t-il définitivement vendu son âme au diable ?”

Heureusement Bernard Laporte, fraîchement élu à la tête de la FFR, défenseur du rugby amateur, est opposé au match du dimanche après-midi, et entend bien tenir cet engagement annoncé haut et fort pendant sa campagne. Le rendez-vous de ce vendredi au siège de la FFR avec Paul Goze, dans un but de conciliation, s’annonce donc électrique.

vignette_auto_671172_hOn pourrait deviser des heures sur ce sacro-saint match du dimanche aprem, quand le peuple du rugby se retrouve pour un cérémonial qui débute dès l’apéro de 11h, pour se terminer tard le soir de ce jour sacré, rempli des exploits des pitchouns. Les fondations profondes du jeu sont nées de ces avant et après-matchs bouillonnants de lyrisme et d’amour. Ils le savaient bien. Mais, le cul entre deux chaises, le cerveau coincé entre marteau et enclume, ils ne savent plus sur quel pied danser. Entre un progrès générateur de profits immédiats et l’inquiétude de se couper d’une base qui fait son image, son folklore et son esprit.

Le réveil est tardif certes, mais il a le mérite d’exister. Le rugby a-t-il définitivement vendu son âme au diable ? Qui peut le savoir. En attendant c’est trente minutes de gagnées, une aubaine. Alors les mecs, mettez vos baskets, vous avez une demi-heure pour sortir de la tribune, aller embrasser le petit dans les vestiaires, boire une ou deux bières en discutant du match avec vos potes, récupérer la bagnole heureusement garée pas trop loin, et faire les quelques kilomètres qui vous séparent de votre télé…ou d’un autre stade. Pour les joueurs, idem. Vous inquiétez pas, ça va le faire…

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