Eric Dantin (président Maubourguet) : “On préfère nous voir mourir, que de nous aider !”

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La semaine dernière, les confessions de Ludovic Pennequin, président de Puy l’Evêque, contraint de déclarer forfait général en séniors, ont touché bon nombre d’acteurs du rugby. Ce huitième forfait pour la seule région Occitanie, confirmait les problèmes d’effectif des clubs de 2ème à 4ème série. Mais pas que. Nous avons évoqué avant hier, les mêmes problèmes, mais pour un club d’Honneur cette fois. Un club centenaire, formateur, et historique : Maubourguet. Le report du match face à Pouyastruc, dimanche dernier, lors de la première journée, ne laissait rien présager de bon pour la formation des Hautes-Pyrénées. Ce que nous avons mis en lumière cette semaine. Eric Dantin (co-président avec Bernard Migazzi), a tenu à réagir, pour s’en expliquer, sans filtre. Le constat est sans appel, mais il assure qu’il n’y aura pas de forfait général…

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L’avenir de Maubourguet est là

Eric Dantin, vous avez tenu à vous expliquer sur la situation de votre groupe séniors.
Eric Dantin : Votre article à notre sujet, a fait énormément réagir. A défaut d’avoir pu m’exprimer sur l’instant, je tenais à le faire aujourd’hui. Je ne peux contester les éléments que vous avez avancés, si ce n’est que le report du match, dimanche dernier, n’était pas dû à un terrain trop sec, mais à une panne de chaudière, mais c’est un détail. Ce qui est plus important, c’est que nous avons un problème d’effectif oui, avec 31 licences validées à ce jour, sur 55 espérées. Je pense que nous pouvons raisonnablement attendre une dizaine de licences en plus. Les autres, ce sont des joueurs qui s’étaient engagés verbalement en juin, et qui ne donnent plus signe de vie depuis. Mais je peux vous assurer que nous ne déclarerons pas forfait ce weekend, ni pour le reste de la saison.

Tout d’abord, comment expliquez-vous ce problème d’effectif ?
La tendance n’est pas nouvelle, depuis plusieurs saisons, les engagements ne sont pas forcément tenus. J’ai lu votre article sur le président de Puy l’Evêque la semaine dernière, il suffisait de remplacer le nom du village par celui de Maubourguet, et c’était presque au mot près, ce que j’aurais pu dire aussi (voir l’article). Même si par chez nous, il y a des problèmes en plus…

C’est-à-dire ?
On subit les problèmes du rugby actuel, si ce n’est que dans notre département, il y a plus d’équipes séniors que d’équipes de jeunes. En gros, il y a 11 équipes juniors pour 25 équipes premières et autant de réserves. Les clubs se battent pour faire venir un jeune chez eux, et mathématiquement tout le monde n’est pas satisfait. Comment croyez-vous qu’on attire les jeunes aujourd’hui ? Par l’argent. Ce n’est pas nouveau, je ne suis pas né de la dernière pluie,  mais depuis quelques années, je trouve que ça prend des proportions incroyables, avec parfois des pratiques frauduleuses. Cet argent qui circule, plus ou moins licitement, détruit certains clubs. A titre d’exemple, en deux saisons, notre club a perdu une vingtaine de joueurs. En dehors des quelques départs pour raisons personnelles ou professionnelles, tous les autres sont partis pour de l’argent. Je peux le comprendre… mais seuls deux sont partis pour évoluer à un meilleur niveau. On voit bien que l’attachement au village, au clocher, disparaît.

“Le rugby bigourdan est malade, faute de jeunes licenciés, tôt ou tard, les clubs vont le payer, et le mal qui ronge notre sport est profond.”


Quelles sont les solutions ?
La formation ! Sur 31 licenciés chez nous, 30 sont issus de notre formation. Donc la formation est une réponse, et nous, on ne changera pas notre politique. Mais il y a de moins en moins de jeunes attirés par le rugby, le vivier s’amenuise. Le rugby bigourdan est malade, faute de jeunes licenciés, tôt ou tard, les clubs vont le payer, et le mal qui ronge notre sport est profond. Je suis président depuis 12 ans, et ce mal ne cesse de progresser.

C’est un mal national…
C’est sûr ! Mais en plus, on subit les résultats et l’image du XV de France, on subit les accidents qui sont sur-médiatisés, la peur des parents et notre absence en milieu scolaire

Pourtant, il y a eu des initiatives prises pour ré-introduire le rugby dans les écoles…
Il y a eu des papiers signés dans des bureaux oui, mais on ne voit rien de concret sur le terrain, on reste soumis au bon vouloir d’un enseignant. Je prends un exemple très concret, celui de mon fils, qui est au collège. Il n’y a pas de rugby au programme, aucun professeur ne le propose. En revanche, on lui a proposé “pétanque”… en UNSS !

A l’image du président de Puy l’Evêque la semaine dernière, vous êtes plutôt fataliste, à pointer du doigt un problème sociétal plus que propre au rugby ?
Des clubs se contentent d’avoir des séniors, et quand ça ne va plus, ils vont faire une entente, afin de rentrer dans les clous des obligations fédérales. Faire vivre 30 joueurs est plus simple que 200, c’est évident, mais c’est une vision à court terme. Des anciens vont jouer deux ou trois saisons de plus et après ? Je doute que nos jeunes embrassent une carrière de 15 ou 20 ans comme on le voit encore. Ce n’est pas être fataliste, c’est être réaliste. Les jeunes d’aujourd’hui sont moins investis qu’à l’époque, c’est un fait, et il faut composer avec. Mais notre rugby est malade en plus. Il y a eu des réunions, certes, mais chacun voit midi à sa porte, assez égoïstement. On est dans une société du “Je” et pas du “Nous”, c’est regrettable, mais c’est ainsi, c’est sociétal oui. A ce rythme, je me dis que les clubs vont “crever” les uns après les autres.

“On préfère voir mourir un club, que de l’aider…”

 

Vous parliez d’entente, n’est-ce pas une solution ? N’y a-t-il pas moyen de l’envisager pour votre club aussi ?
Il ne faut jamais dire jamais. Une entente est une solution parfois, on le voit pour les jeunes, pour des séniors, mais ça ne garantit rien, la preuve avec l’entente Bazet-Andrest à côté de chez nous. Je crois qu’il vaut mieux envisager une fusion parfois, créer un club nouveau, une identité nouvelle, on sera peut être obligés d’en passer par là… A moins que dix clubs disparaissent et que ceux qui restent, s’en frottent les mains pour pouvoir récupérer des joueurs. On l’a vu avec Vic Bigorre, le club n’était pas encore en sommeil que certains vautours appelaient déjà les joueurs pour les convaincre de les rejoindre. Et depuis l’article de mercredi, je sais que huit de mes joueurs ont aussi été contacté, ça m’écoeure.

Vous confirmez bien avoir demandé une rétrogradation en 2ème série ?

…La suite en page 2

1 COMMENTAIRE

  1. Bravo pt Dantin , la réponse est clair et précise aidons le SOMR à tous plutôt que de le voir Mourir

    joel – diez

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