1ère série – Un AOC cuvée 2019 exceptionnelle

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Qu’il s’agisse du Top 14, de la Pro D2 ou des strates inférieures de l’Ovalie amatrice, les attentes, les rêves, les espérances sont les mêmes dans toutes les divisions, y compris en Première Série, le huitième niveau du rugby français. Il faut surtout voir déjà les regards des joueurs et des staffs… Oh mon dieu, ces regards en coin, obliques, tendres, furtifs, envieux, lumineux, noirs ou éclairés que provoque la simple vue du Bouclier, ce “bout de bois”, ce “planchot”, objet de toutes les attentions et de toutes les tentations. Pour toucher le Bouclier à l’heure de la victoire, il fallait d’abord jouer la finale sur la pelouse du stade Pierre Brocas de Samatan, plein à craquer, entre Landes Océan Rugby et Ouveillan-Cuxac, entre les Landais et les Audois, entre deux groupes de plusieurs clochers regroupés entre eux pour cette conquête du Graal rugbystique. Pour en arriver là, le parcours des deux formations sent bon la France du rugby d’en bas, celle des cartes postales bucoliques, des départementales et du chemin des écoliers. Pour arriver à Samatan, les Landais auront successivement éliminé Pornic, Aubigny-sur-Nère, Lavardac, Saint-Cyprien et Ovale Gy, tandis que les Audois auront sorti Orange, Libourne, Arcangues, Sault-de-Navailles et Poussan. A 14h59, les deux tribunes sont chauffées à blanc, le souffle court, le soleil éclatant et les trente acteurs ont les yeux rivés sur le ballon pour le coup d’envoi. A 15h00, Mr Bouillet lance le dernier acte de la saison, celui où toute votre saison se résume et se joue sur quatre-vingt minutes. Juste pour soulever un bout de bois. Mais quel bout de bois… (Résumé et photos par Wildon)

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Le Bouclier 2019 de Champion de France de Première Série soulevé par les joueurs d’Ouveillan-Cuxac-Sallèles

15h01, large mouvement offensif des Landais, regroupement, ouverture à gauche pour Bordes qui passe à Cazade, balle sautée de l’arrière aquitain pour Afonso qui fonce vers la ligne d’en-but par le coin gauche, pour mieux revenir aplatir derrière les poteaux. Sachant que Cazade parachève le tout d’une transformation sans souci, il valait mieux ne pas arriver en retard pour voir Landes Océan scorer dès la première minute de jeu (1e, 0-7). Le ton est donné et ne variera pas durant toute la rencontre. L’intensité du jeu physique n’est pas non plus une simple vue de l’esprit. Les deux équipes envoient du lourd, fricassent quelques cotes dans les mauls ou coupent déjà les souffles sur les premiers placages.

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1e : Afonso (14) file à l’essai entre le poteaux, sous le regard de Cazade (15) et Juglin (13) : le LORC entame le match tambour battant…

S’en suit dès lors un autre duel, celui des buteurs et dont la fréquence rapprochée des tentatives illustre à merveille les fautes commises par les uns sous la pression des autres. Gispert ne perd pas de temps et remet les siens à bonne distance (4e, 3-7). Puis l’arbitre accorde coup sur coup deux pénalités aux Landais mais ni Cazade (7e) ni Lagoueyte (13e) ne trouvent les barres. Et quand, deux minutes plus tard, l’occasion se présente, c’est la pénalité de Gispert qui est trop courte et retombe sous la barre horizontale des perches (15e). Comme le veut l’adage, c’est à la fin du bal qu’on paie les musiciens et il est fort à parier que ces occasions perdues pourraient peser lourd à l’heure de l’addition finale.

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Ouveillan-Cuxac à la manoeuvre…

Quoi qu’il en soit, après un premier quart d’heure légèrement à l’avantage des joueurs aquitains et un jeu d’occupation territorial visant à placer au mieux les artilleurs, ce sont les Audois qui répliquent avec une fulgurance qui surprend tout le monde.

Sur une accélération plein axe, les Languedociens parviennent à enfoncer la défense landaise et envoyer Artero en force au-delà de la ligne d’essai, le tout étant bonifié par Gispert (17e, 10-7). En un coup de cuillère à pot, Ouveillan-Cuxac prend la main.

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17e : Malgré la défense de Régo (4) et Afonso (14), Artero marque l’essai qui relance l’AOCS.

Si le jeu s’équilibre pendant un long moment, le carton blanc reçu par Carruesco laisse les Audois à quatorze (33e) et relance Landes Océan avec la pénalité qui suit, Lagoueyte remettant les siens à égalité (33e, 10-10). Ce coup de pied redémarre le duel des artilleurs : Gispert donne à nouveau l’avantage à Ouveillan-Cuxac (35e, 13-10), puis Lagoueyte remet le couvert (38e, 13-13) avant que Gispert ne sanctionne encore ses adversaires pour une nouvelle faute dans les secondes qui suivent (39e, 16-13).

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Artero (AOCS) sera précieux dans le duel des buteurs avec trois pénalités inscrites.

Dans le quart qui suit la reprise du jeu, il faut attendre une autre fulgurance de Landes Océan pour que la finale ne bascule à nouveau du côté des Aquitains. Après une première poussée qui se meure à moins de deux mètres de la ligne d’en-but occitane, les Landais enclenchent la vitesse suivante et parviennent à mettre Etcheverria dans la bonne direction. Le talonneur enfonce la dernière défense adverse pour aplatir sous les poteaux. Essai pour les Landes ! Et sans aucune difficulté, Lagoueyte transforme le tout (57e, 16-20).

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57e : Etcheverria s’arrache pour inscrire entre les poteaux le second essai des Landais.

Les Aquitains repassent devant mais vont tout perdre par une série de fautes qui vont faire tourner le vent en faveur des Ouveillanais et des Cuxanais. Cela commence par une sanction pour placage sans ballon qu’Artero ajuste parfaitement sur la pénalité qui est sifflée (62e, 19-20). Puis vient le carton blanc à l’encontre de R. Froutey (66e) qui laisse les Landais à quatorze. Double sanction avec la pénalité qui suit et qu’Artero fait passer entre les perches (66e, 22-20).

La course poursuite continue lorsque Landes Océan obtient une belle pénalité légèrement à gauche des poteaux audois, alors qu’il reste moins de trois minutes de temps réglementaire. Lagoueyte ne tremble pas et voilà que les Aquitains virent en tête à cent vingt secondes du terme officiel du match… (77e, 22-23)

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77e : Lagoueyte (LORC) ne tremble pas et permet aux siens de mener à trois minutes de la fin du match.

Dire que la pression monte d’un cran tout autour du stade est un doux euphémisme. Cela devient carrément volcanique. Les Landais s’arc-boutent autour de leur défense pour tenir les Occitans le plus loin d’autant que ceux-ci jouent contre une montre qui tourne vite maintenant et qu’ils travaillent à mettre Artero dans les meilleures conditions pour tenter un drop-goal. C’est l’évidence même et elle arrive dans les secondes qui suivent. Artero récupère le cuir et tente le coup mais sa frappe passe à gauche des poteaux.

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Carruesco dans l’une de ces attaques perce-murailles de la défense landaise.

Mais ces secondes fondent comme neige sous le soleil gersois. On entre dans les arrêts de jeu et la moitié du stade commence à clamer sa joie pour la victoire qui s’annonce. Sauf que sur une ultime action offensive des Languedociens, le seconde-ligne landais Loïc Rego se fait prendre par la patrouille et sanctionné pour un placage haut. Et l’arbitre de siffler une pénalité en faveur des Occitans dans la foulée. Un silence de cathédrale s’abat sur le stade, entre stupeur, peur et ferveur. Le match peut basculer dans l’ultime seconde et le titre avec. Artero s’élance, frappe le ballon qui file droit devant lui… et passe entre les perches ! (80e +4, 25-23)

Le reste appartient à une terrible détresse dans le camp des Landais, conscients d’avoir laissé échapper le « planchot » pour quelques secondes de jeu seulement et une énième faute qui aura redonné espoir à l’AOC. En face, une douce folie totale s’est emparée de toute l’équipe et de tous les supporteurs d’Ouveillan-Cuxac, revenus du diable vauvert pour arracher le bout de bois du bout d’une pénalité au bout du bout du temps additionnel. Et se rappeler ce que disait Jean-François Beltran, quelques jours auparavant (1) : « Une finale, c’est un ticket de bonheur pendant 20 ou 30 ans. Ils vont s’en rappeler toute leur vie »… Un ticket en forme de planche de bois pour l’éternité, plutôt…
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(1) Midi Olympique, 20 juin 2019

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C’est fini ! Les Audois peuvent laisser échapper leur joie la plus totale : ils sont champions de France de 1ère Série !

Les réactions

 

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Pierre-Eric Guillet, entraîneur des avants de Landes Océan Rugby

 

R.A. : On imagine très bien que cette défaite doit être encore plus douloureuse dans la mesure où vous teniez le score à quelques secondes de la fin du match ?

PEG : Ce n’est pas eux qui gagnent la finale, c’est nous qui la perdons, tout simplement. On leur laisse six points au pied ; dans le dernier dégagement, je lui dit qu’il n’est sont pas dans ses « vingt-deux », je le lui dis, je lui hurle, et il fait un dégagement directement en touche. Après il y a ce placage un peu sévère [de Loïc Rego, dans la dernière minute du match], y’a pas mort d’homme, ça ne vaut pas les trois points mais bon voilà… Il y a eu ces six points qu’on a laissé en première mi-temps, six points au pied dans nos cordes, à vingt-cinq mètres en face des barres et qui manquent à la fin. Tout ce joue à des détails et plus on va vers le haut et plus les détails comptent.  Je le dis et je le redis, c’est pas eux qui ont gagné, c’est nous qui avons perdu. Les garçons auraient mérité de gagner aujourd’hui, d’autant qu’on marque deux jolis essais. C’est dommage pour ce groupe, avec des garçons issus du village, de ces deux villages (*) qui se sont unis ensemble et c’est bien dommage qu’on ne puisse pas ramener ce bout de bois.

(*) Lit-et-Mixe et Saint-Julien-en-Born


 

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David Zanoni, entraîneur d’Ouveillan-Cuxac

RA : A quoi vous pensez, là, tout de suite, quelques minutes à peine après cette victoire ?

DZ : A ma famille… à mon père qui est à l’hôpital… à ma femme qui en a ch… toute la saison… à mes gosses qui me voyaient jamais… On pense tout de suite à sa famille en se disant qu’il y a une récompense à tout ça et à tous ces sacrifices que tu fais dans une vie.

RA : Est-ce que vous réalisez que vous êtes champion de France ?

DZ : Oh que oui, je le réalise ! (rires)

RA : Pas d’Occitanie, hein, champion de France ?

DZ : Je m’en fous de l’Occitanie ! Champion de France, c’est tout ce qui compte ! (Il éclate de rire)

RA : Votre victoire se joue à pas grand-chose : qu’est-ce qui a été le “petit plus” d’Ouveillan ?

DZ : On a un groupe de copains, de famille, des mecs qui sont prêt à se saigner pour les autres. On a vu une grosse solidarité entre eux aujourd’hui, comme au cours des sept derniers matches. Quand on a un groupe comme ça, il ne peut arriver que les meilleures choses au monde.


 

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Guillaume Carruesco, troisième ligne d’Ouveillan-Cuxac

RA : Guillaume, tu as énormément participé à la victoire de ton équipe et à la conquête de ce titre. Que ressens-tu ?

GC : Ce titre est unique, magique, exceptionnel… Il y a trente-quatre ans mon père devenait champion de France avec l’ASO sous la houlette de « Jeff » Beltran et aujourd’hui c’est nous ! Je suis revenu au village pour vivre ce genre d’émotion ! (silence ému) C’est un groupe d’exception tout simplement ! C’est exceptionnel…

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Alain Doucet, président de la Ligue d’Occitanie de Rugby 

RA : Président, cette victoire est un bouclier de plus pour l’Occitanie, ce qui doit vous rendre très heureux ?

AD : Pour commencer, je voulais dire que j’ai vu un match d’une rare intensité, d’une grande correction, avec deux équipes énormes. J’attendais beaucoup de cette équipe d’Ouveillan, depuis qu’ils ont sorti Arcangues puis Poussan, où je ne les attendais pas. Depuis, j’ai toujours eu un œil sur cette équipe. J’ai été conquis par leur envie, leur capacité de jeu et à produire de très belles choses. Je crois que leur victoire est méritée. Dans l’ensemble, Ouveillan a un peu plus dominé, quand les Landes jouaient plus par à-coup… des à-coup dangereux, certes, mais sur la globalité du match, l’équipe qui devait gagner a gagné. Et pour répondre à la question (rires), cela fait effectivement un bouclier de plus après ceux de Vic-Bigorre, Auch et Montréjeau, même si Argelès [Gazost] a perdu.

RA : Quand on voit la finale du jour, n’est-ce pas la victoire DES clochers plutôt que d’un clocher ?

AD : Absolument, mais je dis depuis toujours que nous avons trop de petits clubs qui végètent et qui souffrent alors que nous sommes passés à l’heure de l’intercommunalité, des bassins de vie, du regroupement des communes. C’est tout un symbole ce qu’il se passe aujourd’hui ici : nous sommes à Lombez-Samatan, un club qui a des années et des années d’avance dans la fusion. Ce sont deux bourgs de faible importance, et qui se sont construit un joli palmarès. Aujourd’hui, nous sommes dans la mutualisation des moyens. On ne peut plus assumer des clubs qui sont à cinq kilomètres l’un de l’autre. Il faut qu’on change d’ère et ce sera un message qui sera difficile à faire passer aux gens. Mais dans quelques années, devant l’évidence, pour être plus fort et se procurer plus de joie, comme les gens d’Ouveillan, de Cuxac et Sallèles-d’Aude cet après-midi, l’avenir, dans les dix ans qui viennent, passera par ces regroupements. Autrement, on continuera à perdre d’autres clubs. On va les pousser à ce qu’ils s’unissent et qu’ils apportent quelque de chose de nouveau à leurs joueurs, à leurs supporteurs, à leurs partenaires et à leurs villages. Notre rugby en sortira plus fort.

RA : Ce rugby des clochers a-t-il plus d’avenir à proposer que ce rugby des régions qu’on a essayé de nous vendre il y a quelques années à peine ?

AD : Quand je vois ce rugby des clochers, avec mille entrées payantes, avec un monde fou, des autobus partout ; quand je vois la passion que cela a déchaîné ici ou ailleurs, dans les villages des finalistes d’aujourd’hui, c’est quelque de chose de fort, de très fort. Les gens ont besoin d’unité, d’identité. Oui pour un rugby de village, mais aussi de villages intelligemment regroupés. Ce rugby des villages est quelque de chose de fort, je le répète, de beau et d’intéressant. Et on l’a vu cet après-midi avec la passion et le beau jeu de ces deux équipes, même si, en tant qu’Occitan, mon cœur penchait plus du côté d’Ouveillan.


LA FEUILLE DE MATCH

A Samatan (Stade Pierre Brocas) – Ouveillan-Cuxac – Landes Océanes 25-23

Mi-temps : 16-13

Pour Ouveillan-Cuxac : 1 essai de Artero (17), 6 pénalités de Gispert (4, 35, 39) et d’Artero (62, 66, 80 +4), 1 transformation de Gispert (17)

Pour Landes Océan Rugby : 2 essais de Afonso (1) et Etcheverria (57), 2 transformations de Cazade (1) et Lagoueyte (57), 3 pénalités de Lagoueyte (33, 38, 77)

Arbitres : Mr Bouillet, assisté de Mrs Deauze et Biran

Landes Océan Rugby : Loubère, Etcheverria, Saubesty, Rego, Roquain, Douet, Navarro, Bordes, Villenave, Lagoueyte, Labrouche, R. Froustey, Juglin, Afonso, Cazade – Remplaçants : Magnes, Sarrade, Quillacq, Hemrich, Decoopman, Cayrefourcq, Descamps.

Carton blanc : R. Froustey (66)

Ouveillan-Cuxac : Madrid, Bourguignon, Bascle, Barrau, Fabre, Théron, Ubeda, Carruesco, Brull, Artero, Imbern, S. Huertas, Gispert, Sucilla, J. Huertas – Remplaçants : Kaiser, Serié, Escolano, Lautren, Rosique, Denat, Brunel.

Carton blanc : Carruesco (33)


PORT FOLIO

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