Reportage – Cyril Mazas, le miraculé du rugby

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Cyril Mazas, commence le rugby en 1985 en Poussins à Verfeil. Il y fera toutes ses classes jusqu’en séniors, avant de rejoindre le club voisin de Lavaur évoluant en Fédérale 1, avec son frère Pascal de 2005 à 2008. L’année où une terrible blessure l’éloignera des terrains, pour toujours. Pour combler le manque, Cyril s’investit alors à l’école de rugby de Verfeil en 2009 avec les moins de 7 ans jusqu’à devenir co-responsable de 2010 à 2014. Mais rien n’y fait, ce qui lui manque, c’est le terrain, les vestiaires et tous les rituels d’avant-match, l’ambiance, le contact, jouer au rugby quoi. Difficile de réapprendre à vivre après ça, et d’en reparler même 6 ans et demi après. Témoignage poignant, émouvant et drôle comme il l’est souvent au quotidien. La blessure est aujourd’hui invisible pour les gens, mais elle est encore bien ancrée en lui, à jamais… (par MEO)

Cyril sur le bouclier avec sa fille Lilou - Lavaur champion de France 2009

Cyril, pourquoi avoir accepté de répondre à cette interview aujourd’hui ?

Pour remercier toutes les personnes qui ont compté durant toutes ces années en tant que joueur. En commençant par les entraîneurs qui m’ont marqué, comme Eric Mercadier, dit «Merca » sans hésitation, et Nicolas Hallinger à Lavaur, deux passionnés, deux entraîneurs qui aiment le combat, comme moi. Avec eux, « ça cabossait » comme ils se plaisaient à le dire souvent. Je voulais aussi citer 2 joueurs : Hervé Couffignal, dit « Couffi » qui malgré sa carrière rugbystique est toujours resté simple et humble quand il est venu jouer avec nous à Verfeil, et Maxime Dacharry de Lavaur, dit « Le Dach », une véritable force de la nature. Moins il en faisait, plus il était bon. Hubert Véronèse est un dirigeant, ancien Président de Verfeil qui m’a vraiment marqué. « Cousin Hub » a toujours eu la volonté de nous faire avancer. Il véhicule des valeurs importantes et ses discours mémorables sous la Halle de Verfeil resteront dans nos têtes. Beaucoup de joueurs s’en rappelleront.

Toujours dans les airs, que ce soit à Verfeil
Dans les airs, avec Verfeil…

C’est toujours difficile pour toi de revenir sur ce qu’il t’est arrivé, mais peux-tu nous l’expliquer ?

Le 16 mars 2008, je joue mon match à Lannemezan en 1 en tant que seconde ligne. Il reste 5 minutes, je suis dans un maul qui s’écroule et moi avec. Je ne me relèverai plus. Je suis envoyé à Lannemezan pour des radios puis héliporté à l’hôpital Rangueil de Toulouse où le Professeur Christophe Sol m’opère pendant 5 heures d’une luxation avec déplacement des vertèbres cervicales C5 et C6 et d’un hématome à la moelle épinière. J’ai des plaques et des vis avec lesquelles je vivrais toujours. Au départ, il était très pessimiste et pensait que je resterais sur un fauteuil toute ma vie mais je m’en suis sorti. Je ne le remercierais jamais assez.

Comment vas-tu aujourd’hui, 6 ans plus tard ?

Bien, j’ai quelques douleurs assez souvent, avec des fourmillements dans les mains mais je m’interdis de me plaindre vu la chance que j’ai eue par rapport à d’autres. Je pense souvent à Alexandre Barrozzi, je suis son évolution et je pense qu’il a la force de s’en sortir.

Les meilleurs moments de ta carrière ?

Le top, ça a été de jouer toutes ces années avec mon frère c’est sûr, mais aussi avec une génération de joueurs avec lesquels on formait un super groupe : Didier Herrerias, Vincent Paladini, Bruno Bousse, Vincent Bertino, Cédric Ramond, Christophe Lannes, Calou, Maté, Monmi pour en citer quelques-uns et toute la bande. J’ai aussi apprécié jouer avec des personnes qui avaient aussi joué avec mon père. Après je me souviens aussi de bons moments avec Gérard Ségur qui nous amenait jouer avec la réserve Sénior alors que l’on avait joué en juniors la veille…

Des regrets ?

Ne pas avoir pu finir ma carrière à Verfeil. Et que mes co-équipiers de l’équipe 2 n’aient pas gagné la finale du Championnat de France de Fédérale 1  contre Marmande-Casteljaloux l’année où je me suis blessé. Après je n’ai pas de regrets, chaque match que j’ai joué, je me suis donné à fond donc de ce côté-là je n’en ai pas.

Est-ce que tu regardes encore les matchs à la télévision ou vas-tu au stade le dimanche ?

A la télé, jamais. Ca me stresse trop ! Je vais voir Verfeil ou Lavaur de temps en temps mais, ce qui me gonfle le plus c’est de voir certains joueurs qui marchent sur un terrain ou qui n’ont pas l’envie alors que moi et d’autres joueurs blessés ne pouvons plus jouer. Moi, je suis toujours entré sur un terrain avec l’envie de me donner à 100% et quand je vois ces joueurs-là, sans motivation, ça m’énerve. Ces mecs-là, ils peuvent jouer jusqu’à 50 ans sans problème. Le mieux pour eux ça serait qu’ils arrêtent tout de suite et qu’ils restent le dimanche après-midi sur leur canapé à regarder Drucker sur France 2 (rires). Tu les vois ces mecs-là qui marchent et qui s’y filent plus ? Il y en a peut-être qui se reconnaîtront… 

ou à Lavaur...
…dans les airs avec Lavaur…

Un dernier message ?

Je voulais encore remercier le club de Lavaur qui m’a soutenu durant cette longue épreuve, particulièrement Jean-Claude Bouchetout et Gilbert Fabriès, respectivement trésorier et président de l’époque, JP le kiné du club, Philippe Sirven, Jacques Gallardo, mais aussi mon chirurgien, le Professeur Christophe Sol qui même s’il dit que ce n’est pas que grâce à lui, je pense qu’il m’a sauvé. Issu du milieu agricole, ma musculature et mes os y sont aussi pour quelque chose mais sans lui je n’aurais peut-être jamais remarché. Je lui suis extrêmement reconnaissant. Les mots sont faibles. Je reviens le voir tous les ans les bras bien chargés. C’est vraiment une personne simple, hyper-compétente et experte dans son domaine. Merci à tous.

Témoignages :

« Toujours le premier et le dernier à sortir des vestiaires, un vrai passionné, un guerrier » – Jérôme V.

« Une personne qui compte beaucoup pour moi, un frère sur qui je peux compter dans n’importe quelle circonstance » – Pascal C.

« Cyril a beaucoup bossé pour en arriver jusqu’en Fédérale 1 à Lavaur. Il s’est accroché et a toujours eu envie de bien faire. C’était un bon joueur qui était aux 4 coins du terrain. Un gars adorable, serviable qu’on ne peut qu’aimer » – Gérard S.

PicturesFiche Cyril Mazas :

Né le 25/07/1979, 34 ans, employé coopérative agricole

1985-2005 : US VERFEIL

2005-2008 : ASV XV

2010-2014 : éducateur moins de 7 ans et co-responsable école de rugby. 

 

2 Commentaires

  1. Un grand BRAVO simple et efficace comme toi Cyril.
    Très fier d’avoir eu la chance et le plaisir de me retrouver à tes cotés pour un bon nombre de mêlée.
    Profite bien de la vie avec ta petite famille.
    C.Ramond

  2. Tout d’abord je tiens a vous remercier d’avoir mis en avant un joueur, qui ne s’y est jamais mis, par son tempérament et par son jeu de 2nd ligne de devoir.C’est un mec qui mérite d’être connu sur et dehors du terrain. Très fier d’avoir combattu à tes cotés pendant quelques années. Bruno Bousse

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