Régionale 2 : les murmures des demi-finalistes (22 juin)
Le championnat de France de Régionale 2, édition 2024/2025, s’approche de son dénouement. Ce dimanche 22 juin, deux équipes du Sud-Ouest sont confrontées à deux formations d’Auvergne Rhône-Alpes en demi, avec à la clé une place pour la grande finale, qui se déroulera le week-end suivant. À quelques jours de cette échéance, les entraineurs concernés se sont exprimés : on prend la température de ce dernier carré, déjà bouillante en ces derniers jours du printemps… (Par Loulou / Photo Une Adeline Faral -RugbyAmateur)
Entente Fleury-Salles-Coursan (11) – RC du Pays d’Ozon (69)
Au stade de la Plaine Sportive, à Sorgues (84), coup d’envoi 15 h.
Didier Acacio, co-entraineur de l’EFSC : « on vit une belle histoire »


« On aborde cette rencontre de la même façon que tous les matchs précédents, on se met en place pour tenter d’aller au bout, car ça serait dommage de s’arrêter là, si près du but. En 2022, notre équipe avait échoué aux portes de la finale, en demie face à Emak Hor qui termine champion (en Promotion d’Honneur, 9-5), et l’année suivante on perd une nouvelle fois face à Emak Hor, en quart de finale (Régionale 1, 22-12), donc on s’en est approché, mais on a jamais pu faire de finale du championnat de France.


On a vraiment un bon groupe encore une fois cette saison, qui monte en puissance à chaque tour, ça serait un échec pour nous si l’aventure se stoppait là. Notre effectif est composé de 95 % de joueurs issus de notre école de rugby. Il y a des anciens, des plus jeunes, il y a tous les profils. La mayonnaise a bien pris autour de notre capitaine exemplaire Pierre Pineda qui nous amène énormément, notamment dans la sérénité.


On a enchainé beaucoup de matchs couperets cette saison, entre les phases finales de terroirs, puis celle d’Occitanie (voir résumé) et maintenant les championnats de France. Malgré de bons résultats en notre faveur, on a dû sortir de gros matchs, notamment au tour précédent, en quart contre Sidobre, où on ne menait que 19 à 13 à la mi-temps et où l’on s’est fait pas mal secouer par leur défense.


Pour la demi, on ne connaît pas l’équipe adverse, on sait qu’ils ne sont pas là par hasard et que ça va être un gros morceau. Il va falloir prendre ce match par le bon bout en essayant d’imposer notre jeu. On insiste surtout sur la notion de solidarité entre nous, c’est le plus important. Et l’engouement autour est superbe. Ça fait chaud au cœur quand on entre sur le terrain, on sent que l’on est poussé par nos supporters, c’est prenant et les joueurs le ressentent aussi. On vit une belle histoire. »


Finale Régionale 2 Occitanie : Ô rage pour Lisle-sur-Tarn, Ô printemps « Fleury » pour l’EFSC
Eric Ballay, entraineur du RC Pays d’Ozon : « Notre projet autour du sportif et de l’humain colle vraiment à l’ADN du club »


Avec Serge Borie, le président du club, on est arrivé ici il y a trois ans avec un objectif précis sur le long terme : celui d’accéder à la Fédérale 3 en 6 saisons, un échelon que le RCPO n’a jamais connu. Les premières années, on tournait autour de cette montée en R1, donc l’obtenir cette saison, c’est un peu la consécration de tout le travail effectué. Maintenant, être en demi-finale du championnat de France, c’est la cerise sur le gâteau. On vit une belle aventure humaine et sportive tous ensemble.


On a bien construit le projet autour d’un superbe groupe qui mérite actuellement ce qui lui arrive. L’effectif est un mélange de jeunes et d’anciens, qui évoluent ensemble depuis un moment, et l’on rajoute chaque saison 2 ou 3 joueurs d’expérience de l’extérieur. La mayonnaise a pris et le groupe tourne bien collectivement.
Et en plus on a des individualités comme Ianis Abdallah, un jeune à fort potentiel qui n’est pas loin d’être le meilleur marqueur de Régionale 2 (186 points, 25 essais en 23 matchs). Notre projet autour du sportif et de l’humain colle vraiment à l’ADN du club et ça permet de conserver nos joueurs.


On a perdu que deux matchs cette saison, dont une lourde en finale Auvergne Rhône-Alpes face à Saint-Genès-Champanelle (50-21), qui est une équipe très intéressante, qui court beaucoup. Je pense que l’on est arrivé un peu émoussé physiquement et mentalement, car on avait énormément misé sur la montée en finale de secteur (en quart), donc on avait laissé pas mal d’énergie.
Durant les phases finales, les scénarios se sont ensuite souvent répétés : on mène assez largement et on se fait ensuite remonter pour finalement l’emporter de très peu. On baisse un peu pavillon, c’est notre défaut, je leur répète souvent que dans le sport, rien n’est fini tant que le coup de sifflet n’a pas retenti. On s’est fait peur, mais le groupe a mûri mentalement, il se rend compte de tout son potentiel et du travail effectué.


Maintenant en demi-finale, on sait que Fleury a fait de grosses performances et que ça va être très compliqué, mais on se focalise surtout sur nous. On est à une marche de la finale, on donnera tout pour l’atteindre, alors pourquoi pas ? On ne peut pas savoir ce qu’il peut se passer dans le sport. Il y a un engouement derrière nous, beaucoup de gens nous suivent, beaucoup d’enfants nous regardent. Cette épopée a donné davantage de vie au club, mais également de la visibilité. Reste désormais à confirmer et à s’affirmer, ce n’est que du bonheur de vivre tout ça.


Aspoise Bedous (64) – Saint-Genès-Champanelle (63)
Au stade Henri Cavalier, à Fumel (47) coup d’envoi 15 h.
Pierre Vigouroux, entraineur Saint-Genès-Champanelle (ex-pro passé par l’ASM, Lyon et le Stade Français): « Les émotions sont plus fortes en amateur qu’en Top14. »


« Notre objectif en début de saison était la montée en Régionale 1, la première dans l’histoire du club, et honnêtement, je ne suis pas vraiment étonné que l’on y soit parvenu. Le RC Saint-Genès-Champanelle est encore en construction, c’est un club qui est assez jeune (création en 1977), l’école de rugby existe depuis une vingtaine d’années, et les juniors encore moins (2015).


J’ai commencé par suivre les U14 en arrivant ici il y a 8 ans, puis les cadets et les juniors. C’est un travail de formation de longue haleine qui commence à payer. Maintenant le plus dur, c’est de conserver ces jeunes en seniors, car ce sont eux qui représentent le groupe, puisque la moyenne d’âge de notre effectif est de 21 ans.
Lorsque l’on fait un long parcours en phase finale, ça veut souvent dire que le club vit bien. Ces championnats de France, ça vous porte tellement qu’à chaque fois, on se dit que c’est du bonus. Mais maintenant qu’on est dans le dernier carré, forcément, tu commences à penser au titre, comme toutes les autres équipes à ce stade.


On entend souvent parler de différence de niveau entre le nord et le sud, et nous, on est un peu dans l’entre-deux, ni en haut ni en bas, on est collés à Clermont-Ferrand. Ça reste une petite fierté de voir deux équipes d’Auvergne Rhône-Alpes dans le dernier carré, avec deux duels entre équipes du sud et entre guillemets du nord, ça prouve que le niveau dans notre région progresse.


Vu qu’on tourne à 55-60 points de moyenne cette saison, j’imagine que l’on doit parler de nous comme étant l’un des favoris, mais pour moi, sur ces matchs couperets, tout est remis à zéro à chaque fois et tous les scénarios sont possibles. Je trouve que les écarts de points peuvent vite monter au score dans cette division alors que les rencontres sont équilibrées. On sait que l’on va affronter une solide équipe d’Aspoise ce dimanche.
J’ai arrêté ma carrière pro assez tôt, à 28 ans, à cause d’un accident de moto, mais il me semble que j’ai dû croiser Thibault Lassalle (joueur Aspoise Bedous) sur le terrain lors d’un match à Oyonnax en plein hiver. Il doit bien s’amuser avec ses frangins pour ces dernières saisons de rugby, chez lui, ça doit être prenant de vivre des phases finales en famille. Moi je ne joue plus, j’entraîne, mais je trouve que les émotions sont plus fortes en amateur qu’en Top 14.


Là, c’est de l’affectif, des sentiments que l’on partage avec des personnes que l’on côtoie depuis des années. Il y a un lien que l’on ne retrouve pas dans le monde professionnel. On est un club très familial, il y a une proximité avec le public, c’est les parents, les oncles, les grands-pères, donc humainement, c’est encore plus fort. Dimanche, on va jouer à Fumel, j’ai pas mal de famille qui est originaire d’Agen et des alentours, donc on va avoir quelques supporters en plus. »


Raphael Coury, co entraineur US Aspoise-Bedous : « En début de saison, au mois d’août, on était 9 à l’entrainement. »
« On est un petit club de montagne familial en fond de vallée, avec toutes les galères démographiques que ça représente (rires). On a une réserve, mais qui évolue souvent à 10 ou à 12, entre les bergers, les mecs qui bossent, c’est compliqué d’être nombreux. Au moins on ne nous pique pas beaucoup de joueurs, mais à l’inverse c’est difficile aussi d’en récupérer. On va monter en Régionale 1, donc on fait l’effort pour ajouter un peu de monde, mais on va devoir tourner à 50.


90 % des joueurs viennent de l’école de rugby, cette section de petits, on s’y accroche comme des fous, c’est un peu notre petit joyau qui nous permet de survivre. Après, on a quelques anciens qui encadrent le groupe, comme Fabien Rouglan qui est à la fois président et joueur ou encore Franck Ossau qui est éducateur joueur. Avoir un joueur comme Thibault Lassalle, qui a connu le très haut niveau, ça nous apporte aussi énormément. Il rassure les jeunes, physiquement, même s’il est en fin de course, il est encore présent et puissant. Il nous a surtout amené un discours autour de la culture de la gagne qu’on n’avait pas forcément à Bedous.


Ici, les dirigeants sont tous des anciens joueurs, il y a une forme de transmission qui est importante, les gamins montent avec nous dans le bus, c’est tout un club qui est représenté, on ne peut pas se dissocier les uns des autres.
On revient de loin, car en début de saison, au mois d’août, on était 9 à l’entrainement. Si on remonte un peu en arrière, on avait un projet sur plusieurs années quand je suis arrivé, on voulait être compétitifs en championnat de France au bout de trois ans. Mais dès la première année, en 2023, on termine champion de France de Challenge Régional 2 (ex 2ᵉ série). Du coup, tu finis ta saison fin juin, pour reprendre la suivante en aout, donc je pense qu’ils étaient un peu rincés la saison suivante et on perd en 8ᵉ contre nos voisins du Bassin Arthez Lagor.
Les gars trainaient un peu la patte pour rattaquer cette année, l’objectif était le maintien et d’essayer de jouer le haut de tableau pour faire les phases finales de R1. Mais finalement tout a bien marché, on a déroulé alors que l’on n’était pas du tout conditionné pour faire un tel parcours avec ces deux boucliers, de terroirs puis celui de Nouvelle-Aquitaine.


On est en mode phase finale depuis un moment avec toutes ces compétitions, on doit être à plus de 10 matchs couperets d’affilée. On a joué que des équipes que l’on connaissait en phase finale France, on est même un peu frustré d’ailleurs de recroiser les mêmes formations. En quart contre Saint-Martin, on est pas passé loin de sortir, on s’est inconsciemment un peu relâché après leur carton rouge. On gagne sur une pénalité victorieuse sur la dernière action par Peyroutou, j’étais très serein, car il a un sang-froid incroyable. On a vraiment explosé de joie, bien plus que d’habitude.


Maintenant, on est vraiment en mode bonus. On va partir la veille, c’est un peu le voyage de fin d’année, on y va très décontracté. On a un peu regardé les matchs de notre adversaire, on a vu que c’était une équipe qui déplaçait beaucoup le ballon, qui aimait jouer au rugby, je pense que ça va être un beau match. Ma seule crainte, c’est la météo, les corps vont souffrir avec ces 37 degrés. On pourra compter sur l’appui du public, car on est hyper suivi, deux bus sont déjà pleins pour faire le déplacement. Et puis, on est super content d’affronter une équipe que l’on ne connait pas, car on aime aussi le partage et les échanges.


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