Itinéraire bis – Matthieu, bons baisers de Russie

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Son nom évoque déjà le voyage lointain. Matthieu Salvador n’imaginait pas forcément son destin professionnel loin de la France, et pourtant, le voici a plus de 3 000km de l’hexagone. Lui qui a commencé le rugby à 11 ans en banlieue toulousaine, à la Vallée du Girou, se retrouve désormais à Moscou. Récit et explications avec la nouvelle « tsar » du rugby moscovite… 

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Tatoué, barbu et casqué, l’ancien pilier s’est mué en ouvreur-centre ou arrière loin de la France

Matthieu, tu as été un grand voyageur très tôt, puisque tu as changé souvent de poste. Notamment lors de tes jeunes années…

(Rires) C’est vrai oui, mais j’ai toujours joué devant je tiens à le souligner. Je suis passé par tous les postes au fur et à mesure des années, de Benjamin à Belascain. J’ai commencé talonneur, puis 3ème ligne, j’ai dépanné en seconde ligne, et j’ai fini pilier, en junior et Belascain.

Quels souvenirs gardes-tu de cette école de rugby et de la vie comme on le dit si souvent ?

Il y en a beaucoup, ceux qui me viennent à l’esprit en premier, c’est cette saison de folie avec la Vallée du Girou, un 1/4 de finale championnat de France Balandrade, suivie d’une finale Midi-Pyrénées. Le rugby, c’est la vie oui (sourire) et pas que pendant l’école de rugby. L’an dernier à cause de la pandémie, je suis resté bloqué en France, je faisais mes cours à distance. Par souci de proximité j’ai joué, enfin, je me suis surtout entraîné, avec Villemur-Fronton, club dans lequel je retrouvais des amis d’enfance, et j’y ai découvert des mecs vraiment extras aussi.

En parallèle, tu l’évoquais, tu t’es lancé dans des études, de médecine…

En 2016 oui. Et comme la majorité des étudiants, je n’ai pas réussi le concours, à deux reprises. Donc il a fallu regarder vers d’autres horizons si je voulais devenir médecin. Je me suis tourné vers des pays habituellement connus pour cela comme l’Espagne, la Roumanie ou la Belgique. Mais soit c’était beaucoup trop cher, soit le pays ne m’attirait pas.

Pourquoi la Russie alors ?

Tout simplement car ma fiancée, rencontrée au lycée je précise (rires), a un père russe, et de fait, parlait déjà la langue. Du coup, nous sommes partis ensemble en Russie pour étudier : elle, la médecine vétérinaire, et de mon côté, la médecine générale, avec une année d’apprentissage de la langue en plus pour moi, forcément.

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Un départ au pied levé

Comment en es tu arrivé à jouer au rugby une fois arrivé sur place ?

L’université, basée à Moscou, s’appelle RUDN ou Université russe de l’amitié des peuples, elle rassemble le plus d’étrangers de toute la Russie. C’est pour ça que je me suis retrouvé avec des Russes, des Libanais, des ouzbeks, des Égyptiens mais aussi des Sud-africains, un Ecossais et même un Espagnol. La plupart jouait au rugby. Comme c’était un gros changement dans ma vie, j ai décidé de changer également mon physique car le poste de pilier ne me plaisait absolument pas. Mais avec 95kg de gras, compliqué de jouer derrière ou au moins 3ème ligne. J’ai réussi à perdre 20kg, ce qui fait qu’ils m’ont tout de suite dit que j’allais jouer derrière d’abord, centre ensuite, puis numéro 10. J’ai dépanné à l’arrière aussi.

Passer de pilier à ouvreur ou arrière, même en Russie, ce n’est pas commun…
C’est sûr, et buteur en plus ! Je me suis toujours entraîné avant les entraînements que ce soit en France ou ici, mais vu mon poste et mon gabarit de l’époque, je n’avais jamais buté en match. Mon nouveau physique s’y prête plus depuis.

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Avec un 5 en plus dans le dos…

« Si tu ne veux pas trop plaquer, il faut changer de pays, car oui, il y a des beaux bébés ici ! »

Peux-tu nous décrire ce qu’est le rugby amateur russe ?

Il y a un championnat 100% étudiant auquel mon équipe participe. On y fait surtout du 7, et après du 15, mais j’ai aussi fait du rugby à 10, du rugby touché, du rugby tag et surtout du rugby dans la neige, à 5 contre 5 sur 1/4 de terrain, c’est quelque chose de surprenant et intense. Ensuite, en dehors de la première ligue, qui est professionnelle, tous les autres championnats sont amateurs. La 2ème ligue est semi-pro certes, mais reste à dominante amateur. En dessous, il y a la 1ère division amateur, la 2èeme et la 3ème.

Et ton équipe « civile » joue à quel niveau ?
Nous sommes en 1ère division grâce aux anciens élèves de l’université qui s’occupent du club comme nos bénévoles s’occupent des clubs amateurs en France. Le niveau est a peu près équivalent je pense à une équipe de niveau Honneur ou de fédérale 3, mais c’est le maximum.

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Photo estivale : 3ème en partant de la gauche debout.
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Photo hivernale : 3ème en partant de la gauche debout. Mieux que les poupées russes

Depuis la France, on voit le rugby russe, comme un rugby rugueux, avec des grands gaillards, c’est un cliché qui tient la route ou pas ?

Ca dépend. Les joueurs sont très respectueux, on salue l’équipe adverse en entrant sur le terrain et en sortant. Il n’y a pas de coups bas, pas de coups de poings, ou de manière très rare. En fait les russes sont surtout très rudes au contact, ça, ce n’est pas un cliché ! Il n’y a pas de bagarre mais ils sont très présents dans le combat, si tu ne veux pas trop plaquer, il faut changer de pays, car oui, il y a des beaux bébés ici (rires).

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Haie d’honneur avant le début du match

Chez RugbyAmateur, nous sommes toujours friands de quelques anecdotes. Tu peux nous en raconter quelques unes ? 

Bien sûr ! Il faut savoir que sur une feuille de match, en amateur évidemment, il n’y a pas de nombre maximum de joueurs à mettre. Une fois, nous étions juste 15 joueurs avec mon équipe. En face ils étaient 30 ! Du coup, à la mi-temps nous on était morts, et eux ils ont fait rentrer une autre équipe. Inutile de dire qu’on a perdu (rires). Il arrive souvent aussi que l’on commence un match avec un certain nombre de joueurs et qu’en cours de match, il y ait des mecs, en retard à cause du boulot ou autre, qui se changent sur le bord du terrain et rejoignent la partie en cours. C’est autorisé, et même bienvenu quand on manque parfois d effectif.

L’ancien pilier que tu étais en France marque des essais en Russie ?

Je peux même dire que je n’ai jamais autant marqué d’essais de toute ma vie oui !

Comment se passent les 3èmes mi-temps sur place ?

Elles se fêtent un peu moins qu’en France car il n’y a pas toujours de club house attitré aux équipes de rugby, qui se retrouvent donc dans un restaurant, souvent un sponsor du club, pour manger un bout et boire un coup… ou deux.

Impossible de ne pas aborder la situation sanitaire. Quelle est-elle ?

Elle est bien meilleure qu’en France. Nous n’avons pas de pass, on fait ce que l’on veut, quand on veut, pour être très clair. Il y a bien eu un QR Code, mais il a tenu 15 jours. Tout va bien donc, pour le moment, et on croise les doigts pour que ça continue.

On te laisse la conclusion de coup de projecteur moscovite…

Je passe un grand bonjour à tous mes potes de la Vallée du Girou et de Villemur-Fronton déjà, aux entraîneurs aussi, et à ma famille bien sûr. J’encourage tout le monde à venir en Russie, que ce soit pour étudier, ou pour visiter, c’est un pays extraordinaire, avec beaucoup de choses à découvrir. Les gens peuvent paraître froid au premier abord, mais quand on les connaît, ils sont géniaux. Donc n’ayez pas peur de la dictature, et venez en Russie ! (rires)

Tu pourrais travailler à l’office de Tourisme de Moscou avec un tel discours !

(Rires) On me le dit souvent ! Mais c’est vrai que j’adore ce pays, il n’a pas forcément une bonne réputation, mais il mérite le détour, croyez-moi !

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Une lecture réconfortante pour se tenir au courant de l’actualité du rugby amateur français depuis Moscou

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1 COMMENTAIRE

  1. Bonjour, merci pour ce super article ! Il se trouve que je suis également à Moscou et que, ancien joueur au LOU, je cherche également à jouer depuis que je suis arrivé ici, sans succès jusqu’à présent. Malheureusement je n’arrive pas à trouver le contact de Matthieu sur les réseaux sociaux… Je ne sais comment, mais serait-il possible que d’une manière où d’une autre vous me mettiez en relation avec lui ? Mon numéro russe est le suivant +79663375451.
    C’est une bouteille à la mer mais sait-on jamais. D’avance merci.
    Bonne année
    Victor du Repaire

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