Interview – Fanny Rougé-Thomas, confidences d’une soigneuse pas comme les autres

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Quand on s’appelle Rougé-Thomas, que votre parrain n’est autre que Denis Charvet, et que votre marraine est une certaine Madame Cazalbou, le rugby fait forcément partie de votre vie, même quand on est une fille. Fanny ne le pratique pas pour autant (elle préfère la danse), mais elle est malgré tout au bord des terrains chaque dimanche. En effet, étudiante ostéo, elle fait ses armes sur les corps meurtris des joueurs de la région comme soigneuse. Nous lui avons soumis un jeu de questions-réponses, et le moins que l’on puisse dire c’est que la soigneuse a bien soigné ses réponses. Au risque de balancer quelques secrets de vestiaires. Merci Fanny…

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Fanny est la première arrivée auprès des blessés (ici avec St Jory en 2015 – Photo RugbyAmateur.fr)

LA BLESSURE LA PLUS IMPRESSIONNANTE :
J’en ai deux qui qui me viennent en tête : la toute première, c’était un KO. J’ai commencé dans un club de rugby à XIII, j’ai du prendre en charge un joueur qui frôlait à peu près les 1,90 m voire les 2m (rires). Il a pris un mauvais un coup et est tombé de toute sa hauteur. Je l’ai sorti du terrain en titubant avec lui car je n’arrivais pas à le stabiliser. L’autre souvenir, alors que j’étais au club de Saint Jory-Bruguières, c’était à Seilh. Un de leurs joueurs s’est blessé gravement au genou, c’était très impressionnant. Les entraîneurs m’ont appelé pour intervenir, mais mis à part un médecin, personne ne pouvait intervenir. Je suis restée avec lui environ 20 bonnes minutes sur le terrain, il me serrait la main, ou plutôt il me la broyait. Lorsque les pompiers sont arrivés, ils l’ont perfusé sur le terrain avant de le transporter. Ils s’en est sorti avec une opération du genou, il me semble.

LA BLESSURE LA PLUS IMAGINAIRE :
Aaaaaah la fameuse blessure imaginaire ! Que dire, là aussi j’en ai eu un bon paquet, pour éviter le travail physique surtout je crois bien (rires). Il y a la crampe de l’échauffement d’avant match. Mais je suis devenue experte dans le massage du mollet grâce à un grand joueur de saint Jory, il se reconnaîtra. Et puis il y a la blessure imaginaire à l’épaule. Celle qui m’a fait rencontrer mon cher et tendre. Ne sachant pas comment m’aborder, je le soupçonne d’avoir simulé cette blessure à l’épaule. Après un strap et quelques massages, le tour était joué. Bon, je peux avouer qu’il avait un peu mal quand même ! Ah et j’allais oublier, le nez “cassé” d’Alexis Coumes, tout ça pour avoir sa photo sur RugbyAmateur dans la rubrique des maffrés !
LA BLESSURE LA PLUS RAPIDE : 
Pierre REDON-SARRAZY en réserve avec Balma, contre Millau à la maison : 30 secondes de jeu et une cuisse qui lâche. Sans doute un nid de poule sur le terrain synthétique…
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Face aux grands gabarits, il faut savoir ruser pour soigner les bobos
LES PLANS DRAGUE MODERNES : 

Il faut savoir que les plans drague sont toujours très fins, poétiques et délicats dans ce milieu. Cela va du supporter qui crie dans les tribunes de m’enlever le soutien-gorge, au joueur qui est sur le terrain et qui m’attend dans son vestiaire à la fin de la rencontre. Bizarrement quand tout le monde a retrouvé femme et enfant, plus personne ne la ramène. Ah, le courage masculin (rires). Puis il y a ceux qui me trouvent sur Facebook et m’envoient des petits messages, certains plus insistants que d’autres, ceux-là, mon copain se fait un plaisir de les retrouver sur le terrain (rires).

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Fanny en tenue de travail lors de ses études en osthéopathie

LES PLANS DRAGUE A L’ANCIENNE :
Les “anciens”, eux ce sont mes préférés, car il y a toujours du respect dans leur petites “dragouille” et c’est toujours très amusant, souvent c’est avec eux que je m’arrête pour discuter, je les adore ! De toute façon, pour avoir discuté avec d’autres femmes soigneuses d’équipes de rugby, nous avons toutes droit à nos petites anecdotes, certaines blessantes, d’autres beaucoup plus drôles. Il y a des avantages et des inconvénients d’être une femme dans ce milieu là, mais à force on se blinde et on prend toujours autant de plaisir à être aux petits soins de ces messieurs.

LE PLUS CHOCHOTTE :
Sans hésitation TABOU KALOMBOLA. Une vraie fillette quand il s’agit d’enlever son strap. Mais je l’aime comme un fils alors je fais toujours attention de ne pas lui faire trop mal. Que tous les lecteurs de Rugbyamateur le comprennent bien, je vais me faire tuer après cette réponse ! (rires)
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Serait-ce le plus chochotte ?
LE PLUS COURAGEUX :

Alors la, c’est assez difficile d’en évoquer un seul… à part mon homme, Jérémie, en toute objectivité bien sûr. Non plus sérieusement, j’ai plusieurs noms qui me viennent en tête. Je dirais Arnaud Esteves, Stéphane Lamonica : 2 générations différentes, mais 2 grands joueurs qui m’ont vraiment marquée. Il y en a pleins d’autres, comme Raoul Sapim par exemple, Arthur Dedieu, ou encore Rémy Jubert qui a eu l’ambition de faire un match au Ricard contre notre cher Nicolas Lacroix (entraîneur réserve Balma). Malheureusement un coach, reste un coach avec toute son expérience dans le domaine…

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Toujours sur le pied de guerre Fanny (photo RugbyAmateur.fr)
L’ANECDOTE
Un jour, un joueur adverse se retrouve KO sur le terrain. On me demande de l’accompagner dans les vestiaires pour appliquer le protocole commotion. Ce que je fais, le joueur retrouve ses esprits petit à petit, mais ne pouvait pas reprendre le jeu. Là, il me demande mon numéro en me disant que c’était pour vérifier si sa tête allait vraiment mieux. Sa copine, pas loin, l’a entendu et lui a mis une gifle d’un autre monde ! Je pense que j’aurais dû faire un deuxième protocole après cette gifle d’ailleurs. Malgré la situation, j’ai beaucoup ri !
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Fanny pour suivre ses protégés, sur le terrain, sur écran et même après les matchs (notez la tireuse au second plan)

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