Hommage à Christophe Dominici

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Passé le choc, cette annonce terrible, et à peine croyable pour tout dire, est survenue rapidement l’émotion. Des images qui remontent, celles dont on sait qu’au moment d’une nécrologie, elles tourneront en boucle dans tous les médias. Pour Christophe Dominici, c’est cet essai du 31 octobre 1999, face à l’armada All Black, prétendue invincible et promise au graal mondial. Et pourtant, un feu follet peroxydé d’1.72m, allait leur donner le tournis, au point de voler la vedette à un Jonah Lomu d’1.96m et superstar planétaire. Cette demi-finale mythique a ouvert en grand les portes d’une célébrité immédiate, imprévue, et parfois encombrante. Car si ces anciens partenaires de jeu et amis, évoquent unanimement et prioritairement depuis hier, le mec bien, passionné, et déterminé, suivent rapidement les mots « failles » et « excès »…
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L’essai de la gloire, sous le regard de Jonah Lomu en 1999 (photo AFP Archives)
Des failles qui remontent à l’adolescence du Varois, et la perte de sa sœur de 24 ans, de dix ans son aînée, dans un accident de la route. Un « bleu à l’âme » qu’il évoquera dans son livre éponyme, en guise de confession. Sans doute une façon d’exorciser ses démons, pour mettre des mots sur les maux. Ce bouquin dans lequel il ne cache pas non plus sa sévère dépression à la suite d’une séparation compliquée avec sa compagne. Un bouquin sorti en 2007, au crépuscule d’une carrière riche de cinq titres de champions de France, d’une finale et deux demi-finales de coupe du monde, de deux finales européennes avec le Stade Français, club de tous les excès. Son club de coeur, pour lui, le sudiste affirmé, footeux jusqu’à ses 17 ans avant de découvrir le rugby, et embrasser cette trajectoire incroyable. Un message d’espoir donc, de réussite, mais aussi un avertissement. Ce rugby semi professionnel, en passe de le devenir à 100%, a sûrement trompé son monde. Car il faut survivre dans cette jungle où chacun veut trouver une place au soleil, où l’on vous paye désormais pour courir, plaquer, et marquer des essais. « Domi » y est parvenu, et a grandi dans un club hors normes à l’époque donc, géré par un patron de radio novateur, visionnaire, créateur du calendrier des Dieux du Stade.
De dieu du stade justement, et digne héritier d’un french flair tenace, à retraité des terrains, il faut savoir appréhender cette fin de carrière, appelée « petite mort ». Cette première génération de professionnels se devait d’avoir les épaules larges pour l’affronter. Nombreux sont les exemples de ceux qui ont rebondi vers de nouveaux projets, en lien ou pas avec le rugby, en ouvrant un bar, un resto, en devenant entraîneur, dirigeant ou consultant. « Domi » a été un peu de tout ça en même temps. Entraîneur des arrières au Stade Français, consultant sur France Télévisions, sur RTL, et sur l’Equipe 21, pour commenter des matchs de… fédérale 1. Comme pour garder ce lien avec ce sport qui lui a tant appris, et tout donné. Sa tentative de rachat du club de Béziers en est une autre preuve évidente. Après des semaines d’informations contradictoires et rocambolesques, ce projet avorté a touché le bonhomme. Son cri de coeur chez l’ami Moscato au micro de RMC résonne encore plus comme un cri de détresse aujourd’hui. Le passionné, l’excessif même, a mal vécu ce conflit face à des habitués de la sphère médiatico-juridique. On l’entend encore jeter son désarroi à qui veut l’entendre, se faire railler pour cette gestion approximative d’un projet qui va rester à l’abandon. Comme lui. Les médias n’ont pas été tendre à ce moment-là, et révèlent sans complaisance que l’ancien international s’était isolé depuis, injoignable au téléphone. Ses amis de toujours le pleurent maintenant, la France du rugby aussi, mais ses amis eux, avaient son téléphone pour pouvoir prendre des nouvelles. Car le paradoxe et l’incompréhension s’entremêlent au moment d’imaginer, si tant est que ce soit possible, la détresse et la solitude ressenties pour envisager une telle issue.
Les All Blacks, via un communiqué officiel, ont eu leur classe habituelle : « Petit par la taille mais un Titan sur le terrain, Christophe Dominici nous ne t’oublierons jamais ». Voilà, tout est dit, notre champion nous plonge dans le deuil, mais il est drapé du noir le plus noble de l’histoire de notre sport. Il va refaire le match avec Jonah, évoquer ce rebond favorable qui vous change une vie, et un autre qui vous la reprend. Chacun de nous gardera une image de ce joueur, les nerfs à vif, à la carrière fulgurante, aux actions mémorables, bonnes ou mauvaises, avec un palmarès à faire pâlir bien des internationaux du monde entier. Christophe Dominici vient d’entrer au panthéon des légendes du rugby, il y sera bien accompagné et bien entouré cette fois. Il pourra évoquer le rugby d’hier et d’aujourd’hui, avec Camille Bonnet par exemple, parti lui aussi, mais avec le statut de doyen du rugby français. Avec ses 102 printemps au compteur, nul doute que l’ancien agenais tapera sur les doigts du Varois pour lui dire qu’il avait la vie devant lui, et qu’il avait le temps avant de nous plonger dans la tristesse.
Cette nouvelle tragique, dans un moment où notre société traverse une période sans précédent, nous rappelle aussi que la souffrance cachée a ceci de désarmant qu’elle est parfois proche de nous, sans le savoir. Alors si notre mission première est de vous informer, la seconde, toute aussi importante, est de vous distraire. La maison #RugbyAmateur s’y essaye tant bien que mal, mais sachez qu’elle reste grande ouverte, pour toutes et tous. Venez y trouver des infos, des sourires, des belles histoires, du bon temps, et trinquons à la vie. Au bord d’un terrain, ou à distance. En pensant à « Domi ».
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(©photo L’équipe – Une du 25 novembre 2020)

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