Billet d’humeur : rugby amateur, le bal masqué

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Vendredi dernier, 26 février. Le calendrier de la Coupe du Monde 2023 était dévoilé joliment et officiellement. Sans surprise, on y apprenait que le choc France-All Blacks ouvrirait le bal. Sans surprise non plus, celui du rugby amateur était fermé. Un bal masqué ohé ohé, clôturé dans un relatif anonymat. Car quelques heures plus tard, Bernard Laporte, invité de longue date par RMC pour parler justement de France 2023, était présent sur le plateau de l’ami Moscato. Mais l’actualité chaude du moment renvoyait à Fabien Galthié, ohé ohé ! On cherche le patient zéro, le coupable, celui qui a percé la bulle sanitaire, celui qui s’est tout permis. Devinez, devinez, devinez qui je suis. Les passionnés de grande musique, nous auront démasqué sur la façon dont nous nous sommes appropriés la chanson qui a couronnée la Compagnie Créole au milieu des années 80. Elle s’appliquerait presque à la situation du moment, celle du rugby français. Le bal masqué…

 

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 Le président de la FFR a fait le choix de répondre aux journalistes affamés par le manque d’actualité sportive, parler de ce cluster rugbystique, et de sa traçabilité. Eric Di Méco a tenté d’y prendre part, à sa façon, dans le Moscato Show, mais le footballeur marseillais a pris un énorme raffut d’entrée de jeu. Façon café du commerce du coin, vers 20 heures, coude sur le comptoir, verre à la main, qui dégénère au moment de s’en jeter un petit dernier pour la route au moment de la fermeture. L’émission où le populaire est justement, le fonds de commerce, a fait parler d’elle sur la forme, plus que sur le fonds. Les réseaux sociaux ont fait le reste du boulot. L’Equipe aussi, interrogeant Grill, Skrela, Lhermet et Champ, du pain béni pour les opposants donc. Et du rassis pour les autres, qui n’ont que les miettes pour pleurer sur le triste sort de notre rugby, alors que tout allait pour le mieux.

 
Bernard Laporte a décidé de s’en payer une bonne tranche, dans un semi marathon médiatique, qui l’a vu passer sur RMC donc, France Info et ce dimanche soir dans Stade 2. Il y a déclaré : « Chacun a le droit de parler, mais colporter des rumeurs quand on ne sait pas, ce serait manquer de solidarité. J’ai dit à tout le monde que la solidarité était importante, et je ferai en sorte qu’elle existe. » Voici ses propos après un entretien avec le groupe France, staff et joueurs compris, vendredi matin. Des propos qui, comme la bulle sanitaire, ont encore fuité, repris et transformés pour les rendre plus vendeurs encore : « Fabien Galthié, lui, fera la coupe du monde, vous, je ne sais pas. Si j’apprends que quelqu’un balance à l’extérieur, je le vire ! » C’est sûr que là, on passe en quelques mots de « Plus belle la vie » à « Games of Thrones ». Reste à savoir si les propos ont été travestis ou légèrement retouchés.
 
Ce climat pas franchement favorable à un apéro-zoom, installé à Marcatraz et sur le rugby français est de toute façon détestable. Exagéré aussi, malgré la triple couronne positive du XV de France, des U20 et de France 7. La chasse aux sorcières de la semaine passée, avec en point d’orgue, l’annulation du match contre les Ecossais, n’était déjà pas bien glorieuse. Les sorties médiatiques des hommes forts du rugby français, passés ou actuels, de tout bord, n’ont pas aidé non plus à éteindre le feu. Serge Simon, pourtant covid-manager des Bleus, y a même jeté de l’huile avec son patient zéro bien connu, dont on attend le nom. Et dont on se fout éperdument pour tout dire. N’importe qui peut attraper le virus aux variantes si variables, n’importe où et n’importe quand. La véritable bulle sanitaire aurait été de se couper du monde pendant huit semaines, et garder sous cloche les six équipes sur une seule ville, un seul stade. Pas glamour, mais testé et approuvé par ailleurs.
 
Au lieu de disserter sur les exploits de nos Bleus contre l’Ecosse, nous voilà ainsi à attendre l’épisode 59 d’une série aux trop nombreux rebondissements. A ne plus trop savoir qui est le gentil, qui est le méchant, qui va retourner sa veste… Alors que franchement, n’aurait-il pas été plus simple de dire : « Désolé, on a commis une erreur manifestement. Plusieurs même. Les joueurs sont allés acheter une gaufre en plein centre de Rome, au milieu de la foule, ils ont fêté leur victoire à Dublin, comme des jeunes qu’ils sont. Fabien Galthié, en bon père de famille qu’il est, est allé voir son fils disputer un match à Paris, après avoir fait quelques footings. » Bon d’accord, ça fait pas très sérieux, on vous l’accorde, ça fait même stage de fin de saison d’une équipe de série, mais au moins, on aurait compris de suite, et on aurait tourné la page. A part nos amis Ecossais, Gallois, et Anglais qui n’auraient pas aimé ce couplé… ohé ohé, et de french reparlé.
 
L’enquête chargée de démontrer les limites de la bulle, touche à sa fin. L’heure des sanctions va sonner, ou pas. Ce que nous allons retenir, nous, humbles correspondants du rugby amateur, c’est que les médias (les vrais, les nationaux, les beaux, les spécialistes) ont évoqué le calendrier de la coupe du monde 2023, l’affiche rêvée entre la France et les Blacks, un clash à la radio, le Galthié-gate, et les interventions d’un président de fédé quelque peu sous pression. Tout un weekend à ressasser le même contenu. En revanche, il n’y a pas grand monde pour tenter une analyse poussée, sur la saison blanche, deuxième du nom, annoncée officiellement elle aussi, de la fédérale 1 à la 4ème série. Ce rugby amateur laissé à son triste sort, vendredi dernier, vers 13h.
 
Alors mesdames et messieurs les décideurs du rugby, même s’il est redevenu beau et brillant, nous aurions envie de vous dire qu’il n’y a pas que le XV de France dans la vie. La vitrine est attractive certes, vitale, mais pour qu’elle soit rentable, il faut pousser les acheteurs à rentrer dans la boutique. Et les acheteurs, ces licenciés d’un rugby d’en bas en souffrance, s’éparpillent, façon puzzle, s’éloignent, et risquent de s’en désintéresser. Ils désespèrent d’entendre un plan d’accompagnement, de relance, ou juste quelques mots de soutien à la radio ou à la télé. Pour ressentir cette solidarité dont tout le monde parle si souvent dans le rugby. Enfin, pas tout le monde justement.
 
Qu’importe qui a fait quoi au final, nul doute que chacun en tirera les conséquences et en retiendra les leçons. L’important est ailleurs. Il y a de beaux objectifs à moyen et long terme pour le rugby français, masculin et féminin. Mais il y a un immense défi, à court terme : celui de relancer le rugby amateur. Le moteur de 1800 clubs est grippé. Alors Madame la Ministre déléguée des Sports, c’est très bien de demander une enquête, c’est très bien d’étudier le retour du public dans les stades de Top 14 et Pro D2 un jour ou l’autre, vous êtes dans votre rôle. Mais jetez juste un coup d’oeil vers le bas aussi, s’il vous plaît. Vous y verrez des sportifs amateurs, nombreux, passionnés, à l’arrêt, qui ne demandent qu’à rejouer… Ohé, ohé !

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