Alain Doucet : “Il fallait passer des paroles aux actes, c’est fait !”

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Notre article publié hier, sur les points de bonus attribués au soir de la dernière journée de championnat (le 22 mars prochain) en Occitanie, via le défi Mozaïc, le challenge du club vertueux et la charte de l’arbitrage, ont généré énormément de réactions. Le président de la Ligue Occitanie, Alain Doucet, souhaitait s’exprimer sur le sujet, pour répondre au plus grand nombre. Conscient que certains changements sont difficiles, mais nécessaires. Entretien… 

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Alain Doucet veut maintenir le cap fixé depuis le début de son mandat (photo Christope Fabriès – RugbyAmateur.fr)

“Nous avons entendu les clubs, qui demandaient une reconnaissance, nous les encourageons ainsi de manière concrète.”

Président, tout d’abord, il semblerait que certains clubs aient découvert l’existence du défi Mozaïc, du Challenge du club le plus vertueux, et de la Charte de l’arbitrage, suite à la diffusion de notre article hier ?

Votre article a suscité en effet bon nombre de réactions, et c’est pourquoi il me semblait important d’y apporter des éclairages et des précisions. En premier lieu, je veux souligner que le Défi Mozaïc et le challenge “club vertueux” sont spécifiques à la Ligue Occitanie, adoptés lors de notre Assemblée Générale en Juin 2019. Ces deux challenges ont fait l’objet d’un sondage envoyé à tous les clubs en début de saison, et ils ont recueilli entre 80% et 86% d’avis favorables parmi la centaine de clubs qui ont répondu (voir notre article). Quant à la charte Arbitrage et les points qui vont avec, c’est une mesure Fédérale, applicable sur l’ensemble du territoire, adoptée lors de l’AG de la FFR à Nantes, l’an dernier aussi. Nous avons communiqué à ce sujet en début de saison, avons envoyé des mails en février, mais dans toute communication, il y a l’émetteur et le récepteur, parfois ça ne passe pas toujours bien. Sans doute que par l’intermédiaire d’un média comme le vôtre, le message a eu plus d’impact oui.

Pourquoi avoir créé le Défi Mozaïc ?

A ceux qui pointent du doigt les clubs qui n’ont qu’un groupe de séniors, ou ceux qui ne sont pas spécialement satisfaits quand ils reçoivent trois ballons et des chasubles, le Mozaïc est un début de réponse. Ce n’est pas encore parfait peut être, mais il a le mérite d’avoir été lancé. Il y aura des points à améliorer, c’est évident, mais on récompense les clubs formateurs, ce qui nous était demandé depuis des années. Il fallait passer des paroles aux actes, c’est fait.

Des clubs éloignés des grandes villes ou simplement dans des zones reculées, considèrent qu’ils ne peuvent pas répondre à certains critères du Mozaïc, et qu’ils sont, de fait, désavantagés…

C’est un argument que je peux attendre. Mais un club de rugby proche d’une grande ville est confronté par définition à plus de concurrence aussi, car il y a beaucoup plus d’associations à Albi ou Toulouse qu’à Lunel ou Mauvezin. Je suis bien conscient des difficultés d’un club situé dans une zone reculée, j’en ai été dirigeant pendant des années, mais il y a aussi des avantages, et donc, des inconvénients pour tout le monde. Je citais Lunel et Mauvezin, mais j’aurais pu dire Lectoure, Bretenoux, ou Maubourguet, en Honneur qui sont à 3 ou 4 points de bonus, alors qu’il me semble bien que ce ne sont pas des grandes villes. Dans les autres niveaux, Espalion, Rabastens, Luzech, Mauguio Carnon, Montech, Villemur-Fronton, Adé, Montréal du Gers, Sibobre Montagne, récoltent 5 points, et ne sont pas spécialement proches de grands bassins économiques ou de grandes villes. Dans le pays catalan, le RC Salanque ou Cerdagne Capcir sont récompensés, alors que certains de leurs proches voisins ne le sont pas, car ils n’ont pas choisi les mêmes orientations. C’est pareil ailleurs dans la région pour des clubs séparés de quelques dizaines de kilomètres, certains ont glané 3, 4 ou 5 points, d’autres aucun. Ce n’est pas simple pour tout le monde, oui, on le sait bien, mais certains misent sur l’humain, d’autres sur le financier.

Que voulez-vous dire ?

Une équipe cadets, juniors ou féminine, ce n’est pas évident d’en avoir une dans certains villages qui n’ont pas assez de monde, je le sais bien. Et puis, une équipe de jeunes par exemple, coûte environ 15 000€ par an. Pourtant, les clubs que j’ai cités précédemment, ont choisi cette option, celle d’attirer des jeunes au rugby, au prix d’un incroyable effort parfois, de les former, des les accompagner avec des éducateurs compétents et diplômés. Que ces clubs qui ne sont pas dans des zones très peuplés, soient récompensés de leurs efforts me semble juste. A l’inverse, un club qui n’a pas d’équipe cadets ou juniors par choix, économise en quelque sorte de l’argent, et peut le dépenser en achetant des joueurs à côté, pour renforcer son équipe fanion. Est-ce juste ? Je ne le crois pas, mais c’est possible. Je ne vise personne en particulier, mais prenons le cas de Boulogne sur Gesse, qui est tant décrié, ce club n’a qu’un point de bonus avec le Mozaïc, et leurs dirigeants trouvent cela normal, sans se plaindre. C’est en cela que je parle d’un investissement humain et financier différent. Et c’est en cela que le Mozaïc est un réponse aussi. Nous avons entendu les clubs, qui demandaient une reconnaissance, nous les encourageons ainsi de manière concrète. Et pour tout vous dire, je suis sûr que cela va permettre aussi à certains clubs, en entente, de se poser les bonnes questions.

Lesquelles ?

Il y a des rassemblement entre certains clubs, qui n’en ont que le nom. Il y a des ententes factices, il faut dépoussiérer tout cela, faire un vrai travail d’introspection, et le Mozaïc doit permettre aux clubs de se régénérer. Je sors de Pouyastruc, tout le monde le sait, c’est un village de 800 habitants, et pourtant, l’équipe première joue en Honneur, sans entente, et c’est un club formateur depuis toujours. Il y a des ententes qui ne servent les intérêts que d’un village parfois, et qui ne cherchent pas à créer une école de rugby pour autant. C’est dommageable. On veut aussi ouvrir les yeux à ce niveau là.

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Lors de l’AG de la Ligue Occitanie à Castelnau-Montratier (photo C. Estève)

“C’est un test grandeur nature, et je suis convaincu que la prise de conscience est réelle.”

Pierre Mico, co-entraîneur de Laroque-Belesta nous a dit :”Nous avons environ 80 gamins à l’école de rugby, en entente avec Lavelanet et Kercorb. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas 200 enfants à l’école de rugby, que cela signifie qu’on ne travaille pas. C’est juste le signe qu’on assiste à un déclin de la population en Pays d’Olmes, l’activité économique est loin d’y être florissante. De ce fait, les gens partent chercher du travail ailleurs. Il est ainsi très difficile de garder les enfants à l’école de rugby. Je peux vous assurer qu’on se bat tous les jours, mais que c’est compliqué.”. Que lui répondez-vous dans la mesure où son club ne récoltera aucun point de bonus avec le Mozaïc et qu’il peut se faire dépasser par un club qui en profiterait ?

Je sais bien que ce club travaille dur, que des personnes s’activent pour le faire vivre. Mais je crois aussi que les plus bougons dans cette histoire, sont en effet les entraîneurs séniors, car ils se sentent lésés du travail et des résultats obtenus, et c’est normal. Ceci étant, je constate que dans la même poule, et dans une zone identique ou presque, Tarascon récolte 4 points de bonus. Alors ? Chaque cas est différent mais la règle était connue de tous en début de saison. J’entends les critiques formulées par certains, mais j’entends aussi les remerciements et les encouragements d’une grande majorité, qui ont enfin, le sentiment d’être reconnus pour leurs efforts. Je reste très attentif à ce que disent les gens, qu’ils en soient sûrs, mais on est dans le vrai, et on ne va pas changer un règlement en cours de route. Les gens sont sensibilisés désormais, c’est un premier pas. C’est un test grandeur nature, et je suis convaincu que la prise de conscience est réelle.

La Ligue Occitanie fait office de laboratoire d’essai avec ce défi Mozaïc, mais aussi avec le challenge des clubs vertueux…

Oui, les malus ont été remplacés par un système à bonus. Soyons clairs, je n’y étais pas très favorable. Car il me semble qu’on ne peut pas associer les sanctions individuelles aux sanctions collectives. Mais après consultation, certains clubs étaient très attachés à ces sanctions. Il est nécessaire de poser un cadre, ce challenge du club vertueux en est un. Avec une prime au bonus, plus qu’au malus…

Jusqu’à l’an dernier, les clubs avaient une épée de Damoclès au dessus de leur tête s’ils dépassaient 12 semaines de suspension, avec notamment, l’impossibilité de participer aux phases finales. Cette année, on voit des clubs, qui jouent le haut du tableau, cumulant 15, 20, 30 voire 40 semaines de suspension ! N’est-ce pas la limite à votre système ?

On fait le même constat que vous, oui. Ce système de bonus-malus devra sûrement faire l’objet d’un ajustement et de nouvelles contraintes pour éviter ces dérives. Nous y sommes attentifs et allons y travailler pour la saison prochaine.

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L’arbitrage, la prévention, la discipline, le respect restent au centre des débats (photo Christophe Fabriès)

Défi Mozaïc, Challenge du club vertueux, plus la charte de l’arbitrage, que de changements…

Oui, c’est vrai, mais c’était nécessaire, on a répondu à une forte demande. Maintenant, la France est un pays où il est compliqué de faire bouger les lignes, on le sait. Il y a, et il y aura toujours, quelques grincheux pour faire entendre leurs voix. Et je les entends, car je ne suis pas contre eux. Mais j’entends aussi la majorité des dirigeants satisfaits, je le répète ici, qui me font savoir qu’ils sont enfin entendus. Qu’enfin, on récompense les clubs formateurs, qu’enfin les initiatives sont reconnues. Et cette reconnaissance des clubs qui travaillent avec les jeunes est un signal fort, y compris pour ceux qui ne misent que sur leur équipe première. Tout n’est pas parfait sans doute, mais nous avons enclenché un mouvement, celui de récompenser les clubs respectueux des règles du jeu et de la discipline. Et je me réjouis de constater que cette démarche est majoritairement bien perçue et acceptée.

1 COMMENTAIRE

  1. Alain a oublié de dire que son club de cœur est en entente avec Trie sur Baïse pour les catégories U14,U16 et U19 depuis longtemps c’est une nécessité pour nos canton ruraux
    Car sans cette entente les deux clubs auraient disparu

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