Avec une semaine de retard, à cause de la canicule, la finale du championnat de France de Régionale 2 était au programme de ce dimanche 5 juillet. La nouvelle vague de chaleur a poussé les instances à la programmer à 10h. C’est donc à côté de Toulouse, sur la pelouse de Balma, que l’opposition très alléchante et 100% occitane, entre Rabastens-Couffouleux et l’US Lézadoise allait se jouer. Le Tarn ou l’Ariège : dans quel département le bouclier passera-t-il ses prochaines vacances ? (Photo Christophe Fabriès – Pascal Villalba – Régis Combis – RugbyAmateur)
Une belle et grande fête du rugby amateur à Balma ce dimanche 5 juillet 2026
Le parcours des deux équipes pour arriver en finale
Après Fleury-Salles-Coursan en 2025, le bouclier de champion de France 2026 de Régionale était donc promis à nouveau pour une équipe occitane. D’un côté, le Stade Athlétique Rabastens-Couffouleux, et ses 18 victoires en autant de rencontres durant la phase régulière régionale, n’avait connu qu’une seule défaite, en quart de finale régional d’Occitanie face à Labarthe-sur-Lèze. Les Tarnais ont su tourner la page de cette grosse déception en se mobilisant pour une campagne nationale plus que maîtrisée. Victoire contre le RC Bazeillais en 32es (42-17), puis contre l’US Grenadoise en 16es (35-12).
Maîtres de leur sujet, les joueurs d’Éric Goze et Pierre-Jean Miquel ont ensuite écarté Masseube XV en 8es (34-20) avant de s’offrir un règlement de comptes savoureux à leur seul et unique bourreau de la saison, Labarthe-sur-Lèze, en quart de finale du championnat de France, les Tarnais ont lavé l’affront avec brio (26-14). La canicule, qui a ensuite bousculé le calendrier en repoussant la demi-finale d’une semaine, n’a pas refroidi leur soif de victoires : dimanche dernier, Rabastens a écarté Ribérac (37-23) en dominant les débats de bout en bout, pour s’ouvrir en grand les portes d’une première finale nationale.
Deuxième de sa poule régionale derrière l’Étoile Sportive Laroquaise (12 victoires pour 3 défaites), l’US Lézadoise a pourtant bien failli voir sa saison s’achever dans d’immenses regrets. Terrassés en finale du Terroir de l’Ariège par ces mêmes Laroquais (20-10), puis éjectés dès les huitièmes de finale d’Occitanie par Labarthe-sur-Lèze, les Sang et Or ont vu le billet pour la Régionale 1 leur filer entre les doigts, avant de le conquérir quelques semaines plus tard.
Les joueurs de Christophe Baudot et Michel Rieux ont dominé Fos-sur-Mer en 32es (31-22) puis d’Albertville en 16es (30-22), les partenaires du capitaine Vincent Abril ont signé un véritable coup de maître en faisant tomber l’ARCOL Rugby, le champion d’Auvergne-Rhône-Alpes (29-27), puis le grand favori, Hyères-Carqueiranne, champion de France en titre de Régionale 3 (18-14). Ils n’ont laissé aucune chance à Puteaux (38-17), le champion d’Île-de-France qui débarquait pourtant avec un statut d’invaincu. Désormais qualifiée pour la toute première finale nationale de son histoire, le néo promu en Régionale 1 voulait prendre du plaisir pour cette grande finale. Même son de cloche côté tarnais. Profiter de ce moment unique, même à 10h du matin, et marquer l’histoire du club
C’était la foule des grands jours à Balma, des très grands jours même (on parle de 4 000 personnes !), puisque le coup d’envoi était retardé de 25 minutes pour laisser entrer des supporters qui n’avaient pas mis le réveil assez tôt. Il était donc 10h25 quand le coup d’envoi était donné sous 30 degrés et sur un terrain particulièrement sec. A la réception de coup d’envoi, les Tarnais commettent une faute de main, et se font sanctionner d’une pénalité, passée par Donini. Lézat ouvrait le score dès la première minute, mais allait subir ensuite une véritable tornade rouge et noire.
Les intentions de jeu tarnaises envoient le ballon toucher les ailes, avant de concentrer la défense lézatoise sur du jeu à une passe près de la ligne, et un premier essai signé du très actif deuxième ligne Rieugnie, transformé par Rochas (3-7, 10ème). 6 minutes plus tard, L’ouvreur rabastinois se charge lui-même d’aller derrière la ligne à la sortie d’une mêlée à cinq mètres, et bonifie le tout de deux points de plus (3-14, 16ème). La pause fraîcheur arrivait à point nommé pour l’USL, réellement malmenée.
Mais sitôt la reprise du jeu, les Sang et Or perdaient un ballon en touche, actionnant un contre fulgurant des Rabastinois, qui n’en demandaient pas tant. Le talonneur Florian Boyer récupère, tape une grosse chandelle (oui, oui), ses trois quarts sont à la retombée et le ballon finit derrière la ligne après un nouveau mouvement d’envergure converti par le demi de mêlée Valentin Roux (3-21, 24ème).
Lézat est dans les cordes, et pose même un genou à terre 5 minutes plus tard, avec un quatrième essai de Tarnais en état de grâce, enchaînant les passes avant et après contact dans le bon timing. L’arrière Carme profite du décalage final pour marquer, et Rochas de poursuivre son festival face aux perches. 3-28 à la demi-heure de jeu !
Les têtes blondes peroxydées de Lézat, restent levées, en jouant une pénalité rapidement à la main par le centre Donini. Une initiative récompensée par un essai de Bayle, une transformation, et un carton jaune contre Hugo Boyer, auteur d’une cuillère interdite. 10-28, à 15 contre 14, les supporters ariégeois se remettent à y croire.
Mais ils déchantent vite quand, cinq minutes plus tard, le petit rasant de Rochas trompe la défense avec un rebond favorable à Pagès, entré en jeu à la 30ème, qui pointe sous les perches. Ladet, deuxième ligne de Lézat, sortira blessé de cette action. Rabastens poursuit sur sa lancée, mais vendange deux nouvelles occasions de marquer, et rentre au vestiaire avec un 10-35 à la pause, qui ressemblait fort à un KO magistral.
Une deuxième période complètement folle
Les joueurs de Baudot et Rieux revenaient pourtant avec de bien meilleures intentions dès la reprise du jeu. Et concrétisaient par un essai du centre Bossard à la 45ème. S’en suivait un sérieux accrochage, qui obligeait M. Capelle à sanctionner. Un jaune de chaque côté (Bossart pour Lézat, et Florian Boyer pour Rabastens, qui ne devrait pas passer ses vacances sur les bords de la Lèze), mais surtout un rouge pour le Pagès.
A 17-35, et en supériorité numérique, Lézat retrouvait des couleurs. D’autant plus que le remuant centre Donini marquait un nouvel essai (22-35, 52ème). Comme si c’était nécessaire, la chaleur montait d’un cran, les trois quarts de Lézat ont du feu dans les jambes, et les « gros » remportent les collisions.
A l’image du surpuissant Arnaud, qui s’écroule dans l’en but après une nouvelle percussion. Donini n’a pas de mal à transformer et voilà Lézat revenu à 29-35, à l’heure de jeu. Les organismes souffrent, il fait chaud, très chaud, « Rabas » se pose des questions, et n’arrive pas à enrayer les déferlantes jaunes et rouges. Après de multiples changements pour amener du sang… chaud, l’USL trouve une nouvelle fois la faille grâce à son centre Bossard, toujours dans les bons coups décidément. 34-35, Donini a ici l’occasion de faire passer son équipe devant, mais sa transformation frôle le poteau gauche.
Dans la foulée, le match va se jouer en deux actions. La première avec un ballon tombé aux 50 mètres par Rochas, qui offre une mêlée à Lézat. Rien ne va plus pour Rabastens, la combinaison en première main, avec une passe au cordeau, est gagnante, mais elle est signalée en-avant par l’arbitre. Sur l’action suivante, Rabastens joue aussi derrière sa mêlée par le demi de mêlée remplaçant Sempé, alias « Binbin ».
Ce dernier prend l’espace sur une passe à hauteur, s’engouffre, accélère, peut jouer intérieur, mais préfère taper à suivre. Mauvais choix ? Non, car sa vitesse et un rebond très favorable lui permettent de récupérer le ballon dans l’en-but, et de l’aplatir à temps. Rochas s’applique pour la transformation, et met son équipe à deux marques (34-42, 77ème).
La folle chevauchée de « Binbin » va se terminer victorieusement
On pense la cause entendue, mais Lézat a du coeur, revient dans le camp adverse aussitôt, et obtient une pénalité face aux poteaux. Il reste deux minutes, décision est prise de la taper. 37-42, les supporters suffoquent, et pas seulement à cause de la météo. Les deux équipes vont avoir le ballon tout à tour, Rabastens, au lieu de le mettre au chaud, se le fait gratter. Lézat, au lieu de la garder, joue au pied. Un dernier point de rendez-vous, à la faveur des Tarnais, et l’arbitre siffle la fin d’un match complètement fou.
Rabastens remporte pour la première fois de son histoire plus que centenaire, un titre de champion de France ! Et peut se targuer d’avoir aligné 21 des 26 joueurs présents sur cette finale, formés au club. Une autre forme de couronnement pour une saison marquée par une seule défaite, une montée, et un titre de champion de France, bien fêté sur les bords du Tarn. Lézat pourra regretter son entame complètement ratée, mais se rappellera aussi son parcours incroyable durant ces phases finales 2026, et une montée en Régionale 1 aussi. Bravo aux deux équipes pour le spectacle porposé malgré des conditions de jeu compliquées.
Eric Goze (co-entraîneur Rabastens, très ému) : Je remercie tous mes proches de m’avoir permis de vivre cette émotion, et tout ce groupe formidable, on se sent privilégiés d’entraîner ces super mecs. On s’est ressaisis après notre défaite en quart d’Occitanie, les joueurs se sont remobilisés pour effectuer ce parcours. Bravo à eux !
Eric Goze avait les larmes aux yeux au coup de sifflet final
Julien Rochas (ouvreur Rabastens) : On avait coché cette date en début de saison, on nous prenait pour des fous, et nous voilà champions de France. On récompense tout un club, les anciens, les jeunes, les dirigeants, la famille, les amis, les copains de la réserve aussi. On est montés en puissance durant ces phases finales, on a pris le match par le bon bout, mais on savait que ce serait dur jusqu’au bout.
Julien Rochas, avec son frère, sa maman, et mamie Yvette, 99 ans, fière de son petit-fils
Michel Rieux (co-entraîneur Lézat) : On se rate sur l’entame, c’est dommage. A la mi-temps, on a dit aux joueurs que bon nombre d’équipes étaient revenues de loin en seconde période, puisqu’on l’avait vécu nous-mêmes. Alors l’idée était de tout donner, et que 25 points à remonter, ce n’est pas insurmontable, on l’a prouvé. Le sentiment est mitigé, mais je suis content d’avoir montré notre vrai visage. On peut discuter quelques décisions d’arbitrage, ça se joue à quelques détails. On va garder cette belle aventure, la montée, ce qui va nous permettre de garder les joueurs.
Michel Rieux très lucide sur le comportement de ses joueurs, et sur leur magnifique parcours 2026
Clément Mansouri (3ème ligne centre Rabastens) : Une énorme émotion ! Quand on voit l’engouement de tout un village, l’implication du staff, du club, je suis vraiment très heureux de vivre cette aventure pour ma première année ici, et la dernière de ma carrière. C’était dur en seconde période, mais on restés soudés.
Clément Mansouri a fait valoir son expérience. Le troisième ligne centre devrait rac crocher les crampons sur ce titre, à 35 ans
Vincent Abril (2ème ligne et capitaine Lézat) : Beaucoup de déception évidemment, car on les regarde jouer en début de match, peut-être que l’enjeu nous a coupé les jambes. Face à une équipe comme Rabastens, ça ne pardonne pas. En deuxième mi-temps, on s’est dit qu’il ne fallait pas passer pour des cons, et tout donner. Comme j’ai dit aux jeunes, ce sont des moments exceptionnels, qu’on vit une ou deux fois dans une carrière, je suis très fier du groupe, de cette saison, personne ne nous attendait à ce niveau, nous oui. On meurt à quelques points du titre, mais on a tout donné, c’est la loi du sport, bravo à Rabastens.
Captain Abril au coeur du combat, exemplaire comme toujours
Loïc Golse (Pilier Rabastens) : C’est génial, c’est un sentiment très fort. Je repense à tous ces sacrifices faits depuis ces dernières semaines, ces derniers mois, et plus encore, par le club, pour nous, avec nous, et là, on se paye par ce titre, ça fait beaucoup de bien. C’est le graal.
Loïc Golze, soutenu par sa dulcinée Emeline Saux, joueuse de Gaillac. Le rouge et le noir, toujours
Feuille de match
Dimanche 5 juillet 2026 à Balma (stade municipal), SA Rabastens-Couffouleux – US Lezadoise 42-37 (mi-temps : 35-10) Arbitre : Florian Capelle
Année de fondation : 1977 (Le rugby naît à Lézat en 1924 avant de s’endormir en 1936. C’est en 1977 qu’une poignée de passionnés relance définitivement la machine)
Surnom : USL
Couleurs : Sang et Or
Le capitaine : Vincent Abril
Les entraîneurs : Christophe Baudot – Michel Rieux
Saison prochaine : promu en Régionale 1
Palmarès : champion des Pyrénées 3e Série (1982), Champion des Pyrénées Promotion d’Honneur (2001, 2004), Vice-champion des Pyrénées 1re Série (2014), champion d’Occitanie Réserves Régionale 2 (2023).