Kevin Ansermier (président Rives d’Orb) : « Il y aurait pu avoir un drame, il faut réagir et vite ! »

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Kévin Ansermier est le président unique des Rives d’Orb. Dimanche dernier, il a eu la fierté de voir son équipe réserve titrée en championnat Promotion Honneur d’Occitanie. Mais il n’a pas profité pleinement de grand moment à cause de certains agissements et incidents, l’obligeant à gérer en partie la sécurité, avant et pendant la rencontre. Pointé du doigt, il revient pour nous sur cette après-midi qui lui laisse un goût amer, et défend son club avec ardeur et passion. Ce président-éducateur évoque sa vision du rugby, avec ses nouvelles dérives qu’il veut mettre en lumière… 

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Un bouclier qui restera dans les mémoires du club et de Kévin Ansermier

Président, vous teniez à réagir après la diffusion de notre article sur les incidents survenus dimanche lors de votre finale contre la réserve de Maubourguet…
Oui, car il y a eu deux finales avec deux incidents, mais bien distincts, et je ne veux pas qu’il y ait d’amalgames avec les problèmes rencontrés par Fleury lors du second match, et je n’ai rien contre ce club que ce soit bien clair.

Que souhaitez-vous donc rajouter ?
Il faut déjà évoquer l’organisation de cet évènement. Maubourguet ayant ses deux équipes qualifiées, a souhaité les faire jouer le même jour sur un même terrain, ce qui est compréhensible. J’ai été prévenu, mais j’ai dit « attention », car avec un match qui commence à 14h et un autre à 16h, je savais que les supporters des trois équipes seraient éparpillés à l’intérieur du stade, que ça ferait beaucoup du monde à gérer.

La sécurité terrain est là pour ça normalement ?
Tout à fait. Nous étions invités par Foix pour le repas d’avant match des cravatés comme on dit comme on dit, ce qui était très appréciable et apprécié, et je remercie le club de Foix pour son très bel accueil. Mais quand je suis arrivé, je me suis étonné de ne pas voir de sécurité, à part un homme assez âgé à l’entrée du stade. J’ai dit que c’était un peu léger selon moi. Et quand un peu plus tard, il y a eu une altercation entre les supporters, il a fallu faire la police…

« Je pressentais de gros problèmes pour le suivant… »

Que s’est-il passé alors ?
J’ai vu qu’il y avait des tensions dans la tribune opposée. J’y suis allé aussitôt, il y a eu des insultes puis une altercation, que nous avons vite calmé avec le monsieur de la sécurité, et le président de Maubourguet aussi. En clair, nous avons fait la police… que nous avons appelée et qui, en arrivant rapidement, a très bien fait son boulot, et je les félicite sincèrement. Tout est rentré dans l’ordre, il n’y a plus eu d’autres soucis, tout est redevenu calme pendant et après le match. Voilà les faits qui nous concernent, rien de plus. Mais les gens nous ont mis dans le même sac que ce qu’il s’est passé ensuite. Il est de mon devoir de le préciser. Rives d’Orb est un club formateur, 97% de nos joueurs sont issus de notre école de rugby, personne n’est payé, nous ne sommes pas des voyous irresponsables. Je n’ai pas pour habitude de fuir mes responsabilités, je crois que je suis connu et respecté dans mon secteur. Dimanche il y a eu une altercation entre supporters des Rives et de Maubourguet oui, mais ce ne sont pas de vrais supporters.

Que voulez-vous dire ?
Ceux que j’appelle des vrais supporters sont ceux qui nous suivent à longueur d’année, pas seulement quand on joue une finale. Les jeunes qui étaient là, on ne les connaissait pas et pourtant, ils supportaient notre équipe. Il y a forcément et manifestement des abrutis dans le lot, mais comme partout, à commencer par Maubourguet. Vous savez, pour se battre, il faut être deux paraît-il. Je peux vous dire que certains de leurs « supporters » ne sont pas des saints non plus. J’en ai vu en train de cracher sur nos joueurs, faire des doigts d’honneur, chambrer et insulter à chaque fois que leur équipe marquait des points. Je veux bien prendre mes responsabilités, je le répète, mais que chacun en fasse autant.

On vous sent encore remonté…
A propos du match oui, car je n’ai pas profité de notre finale. C’est un beau moment normalement, assez rare, et j’ai passé plus de temps à faire la sécurité qu’à regarder le match. Je n’ai pas pris de plaisir à voir mes joueurs, j’étais vraiment stressé. C’est ainsi, les joueurs ont gagné, ont pu soulever le bouclier en tribunes, partager ce bonheur avec les supporters, les vrais donc, et c’est l’essentiel. En revanche, à la fin de notre match, j‘ai dit que je pressentais de gros problèmes pour le suivant et c’est ce qu’il s’est passé.

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La levée du bouclier dans la joie et l’allégresse, sans tension (photo Fabienne Ferrer)

« Chacun a ses responsabilités, je ne fuis pas les miennes, mais je demande juste à ce qu’il n’y ait pas d’amalgame… »

Pourtant, vous le dîtes, tout était rentré dans l’ordre pendant votre match, y compris à la fin pour la remise de votre bouclier ?
C’est vrai oui, mais les tensions entre groupes de jeunes ne pouvaient pas en rester là. Il faisait une chaleur étouffante, ils étaient alcoolisés, énervés, et il n’y avait que trois personnes à la sécurité, trois hommes de 70 ans ! C’est trop peu. Je n’en veux pas aux dirigeants de Foix qui nous ont superbement accueilli, et qui ont des installations appropriées, mais pour ce genre d’évènement, dans son organisation et sa gestion, il faut plus de monde, c’est évident. Fleury est venu avec 5 bus remplis, Maubourguet a déplacé du monde aussi, il fallait agir en conséquence. Je n’ai donc pas été surpris quand j’ai appris les incidents de fin de match lors de la finale entre Fleury et Maubourguet. Chacun a ses responsabilités, et je ne fuis pas les miennes, les gens ont massivement réagi à votre article, qui relatait des faits certes, mais je demande juste à ce qu’il n’y ait pas d’amalgame avec notre club. L’image des Rives d’Orb est irréprochable, nos joueurs, nos dirigeants et nos vrais supporters sont exemplaires. Je précise que j’ai reçu les remerciements du président de Foix pour notre comportement, et j’ai félicité la police locale pour leur professionnalisme aussi. Car sans eux, il y aurait pu avoir un drame. Il faut vraiment réagir, et vite, car à force, il y aura un drame un jour. 

Au-delà de ces incidents que tout le monde condamne, comment les expliquez-vous ?
Comme je le disais, l’alcool est déjà un facteur aggravant. Il y en a toujours eu, mais avec les nouvelles générations, j’ai vraiment l’impression que nous sommes souvent dans l’excès. Il faisait très chaud, pas d’air, ça monte vite à la tête. J’ai vu des comportements agressifs, qui n’ont rien à faire sur un terrain de rugby, ni ailleurs. Attention il ne faut pas mettre tous les supporters dans le même sac bien sûr, car il y a toujours celles et ceux qui viennent par passion, par envie de supporter vraiment son équipe, sans avoir besoin de boire 10 bières avant un match. Mais là, je tire la sonnette d’alarme ! 

L’alcool est donc la cause de ces incidents ?
Consommé à l’excès de bon matin, et toute la journée, oui, c’est une cause identifiée chez les jeunes en tout cas. Les anciens boivent aussi, ne soyons pas hypocrites, mais entre une ou deux bières et des alcools forts bus en forte quantité, il y a une différence. Dimanche, j’ai vu des gens rentrer avec des sacs, des bouteilles et même des glacières, je pense que ce n’est pas normal.

Que préconisez-vous ?
Je ne suis pas décideur dans les instances, je suis juste un président d’un club amateur, mais à mon niveau je penser qu’il faudrait arrêter de vendre de l’alcool dans les stades peut-être. Le problème, c’est que nous savons tous pourquoi un club amateur veut accueillir des matchs importants : pour faire des recettes, et elles se font grâce aux buvettes. Et ce n’est pas en vendant un oasis ou un coca que l’on en fait. Ce sont évidemment les ventes de bières qui génèrent des recettes. Donc je n’ai pas de solution idéale, je constate et j’alerte via votre média.

D’autant plus que les supporters peuvent boire à l’extérieur du stade et rentrer ensuite…
Justement oui, voilà un autre point important. On laisse rentrer tout le monde dans un stade, sans aucune vérification, sans fouille, sans vérifier qu’un déséquilibré rentre avec un couteau ou autre. C’est terrible de penser comme ça, je le sais bien, mais quand on voit les actualités, on est obligés d’y penser. La société a changé, les gens ont changé, et le rugby aussi. Le rugby est un sport d’ouverture vers l’autre alors que notre société nous conditionne à nous replier sur soi, et les évènements que l’on subit n’aident pas. Aujourd’hui, on peut mourir pour un regard de travers, prendre un coup de couteau dans la rue par un déséquilibré. Dimanche, il y a un jeune qui est rentré à poil sur le terrain, c’était marrant. Mais quand un jeune veut frapper un arbitre, ça l’est beaucoup moins ! On est tous impuissants face aux cons, aux fous, et face à quelqu’un de trop alcoolisé. Tout peut arriver dans la rue, pourquoi ça ne pourrait pas arriver dans un stade de rugby amateur ?

Il faudrait donc instaurer une fouille à l’entrée des stades amateurs ?
Pour les gros matchs oui, je le pense. Il faut pouvoir faire appel à des sociétés spécialisées et mandatées car nous n’avons pas le droit de faire de fouille corporelle. Pour les matchs professionnels il y a une fouille systématique, personne ne s’en offusque, pourquoi pas pour les matchs qui font venir 1000 à 2000 personnes lors des derbys ou des phases finales ? A notre petit niveau, on a organisé une demi-finale entre Fleury et Poussan, deux clubs qui ne s’aiment pas vraiment et dont on connait la ferveur des supporters. Pourtant, ce match que beaucoup considéraient à risques, s’est très bien passé. J’ai fait vérifier les sacs, et répété que les fumigènes, les bouteilles en verre ou des bouteilles de mélange d’alcool étaient interdits. Un jeune est rentré avec une « despé », je lui ai dit de la jeter devant moi. Il n’y a eu aucun problème, mais j’avais mis un responsable de la sécurité sur la feuille de match, plus 15 autres tout autour du terrain ! Il faut savoir agir en conséquence parfois. Je ne pense pas être le seul à penser ainsi, je l’espère en tout cas. La ligue Occitanie a pris des mesures et des sanctions exemplaires ces derniers mois, il faut continuer à frapper fort. Il en va de l’avenir de notre rugby

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2 Commentaires

  1. Merci M. Ansermier, mais oui bien sûr et quel beau et long discours moraliste!!!…et quelle belle remise en question vraiment !!!!! Bravo!!!! c’est tellement facile de parler et d’accuser…cela peut fonctionner pour ceux qui n’ont pas assisté aux événements à Foix et on aurait presque (et je dis bien presque)…envie de vous croire…sauf que non…vu ce qui s’est réellement passé là bas et à la vue de cette vidéo (et là ce ne sont pas des supporters!!!) nous voyons bien que les valeurs du rugby n’existent pas chez vous…j’espère que vous appréciez la vidéo de vos chers protégés! quelle honte et quelle tristesse!!!

  2. Sur le fond je trouve cela lamentable de ces trois clubs.
    Beaucoup de partis pris dans ces propos en se dédouanant de tout et se revendiquant « responsable ». Un seul club nommé en précisant des soit disant faits, l’autre cité pour son bon comportement, pas très objectif tout ça, qui ne reflètent pas l’exacte réalité. Il aurait été intéressant de préciser l’origine du supporter qui a agressé le policier (info connue de tous). Quant aux propos « L’image des Rives d’Orb est irréprochable, nos joueurs, nos dirigeants et nos vrais supporters sont exemplaires », je vous invite à aller voir la vidéo sur la page FB Rives d’Orb XV, https://www.facebook.com/groups/197600443692219/posts/5065081480277400/
    que penser de cette poésie « exemplaire », ce n’est pas « L’encantade ».

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