Finale TOP 14 – Stade Toulousain – Montpellier, un quadruplé, excuses, et nous
Sur la touche qui amène le premier essai de Mauvaka, Antoine Dupont n’est pas à 5m. Sur le 3ème essai du Stade Toulousain, la passe de Teddy Thomas est en avant. Montpellier aurait dû bénéficier d’un essai de pénalité. L’arbitre est toujours en faveur de Toulouse, en plus il s’appelait Ramos samedi. Et puis, marre de ces commentateurs qui sont pro-toulousains. Voilà quelques uns des commentaires qui reviennent régulièrement après le nouveau sacre et ce deuxième quadruplé du Stade Toulousain, qui passe mal auprès de certains…
Alors pour les contestataires, « haters », jaloux, rageux, aigris, arbitres de comptoir, experts sur canapé, trop jeunes ou trop anciens, qui n’ont que la mauvaise foi ou l’arbitrage comme défense, rappelez-vous que les (mauvais) perdants se cherchent des excuses, les gagnants, des solutions. De notre côté; nous allons essayer de répondre avec objectivité à chacune des objections.


« Le Stade Toulousain est protégé »
Montpellier a dominé territorialement la finale de samedi, c’est un fait. Mais les hommes de Joan Caudullo, qui ont pourtant bénéficié de 13 pénalités, (contre 8 pour Toulouse), ont privilégié la pénal-touche à 5 reprises, finalement mal négociée, contrée, ou grattée. 3 pénalités étaient pourtant à portée de tir, face aux perches, soit 9 points perdus en cours de route. Dans le même temps, le Stade Toulousain a fait dans le pragmatisme en première période, en prenant le score rapidement, et de réalisme durant le deuxième acte, en inscrivant ses seuls points, à 14 contre 15, sur pénalité.
Ne pas oublier non plus ce 5 contre 2 assurément gagnant, en seconde mi-temps, que le canadien Tyler Duguid vendange en repiquant intérieur pour aller défier physiquement sans regarder à sa gauche le surnombre. La culture du l’affrontement pour le bûcheron de 2 mètres, formé au foot américain, sans doute ?
Toujours est-il que l’arbitre n’est donc en rien responsable de ces faits. Ni même de l’essai de pénalité réclamé par la vindicte populaire après la sortie du ballon volontaire de Mathis Lebel, justement sorti sur carton jaune. Mais l’essai de pénalité n’aurait pu être accordé que si un joueur du MHR aurait été en position d’aplatir le ballon. Or ce n’est pas le cas, ce qu’a reconnu Joan Caudullo après le match


« Avec un arbitre étranger, les Toulousains n’auraient pas gagné »
Quels que soient les arbitres français en finale de top 14, tous différents lors des quatre dernières finales, il semblerait que chacun ait un membre de sa famille qui travaille chez Airbus ou connaisse l’oncle de la tante du cousin d’un ancien joueur. Mais vec un arbitre britannique, Florian Verhaeghe, qui avait chambré Meafu lors d’un premier regroupement en lui caressant amicalement la tête, et qui n’a pas apprécié le même geste quelques instants plus tard, n’aurait-il pas pris un carton pour ses deux mains posées sur le visage du deuxième ligne stadiste ? Même si ce dernier en a rajouté de trop ?


Côté jeu, la Coupe d’Europe a démontré que l’arbitrage y était plus tolérant, favorisant le jeu d’attaque, l’UBB ne pourra pas dire le contraire avec ses deux titres consécutifs, mais une 8ème place au classement dans ce Top 14 2026. En la matière, les hommes d’Ugo Mola ont quelques qualités à faire valoir dans le jeu d’attaque, pas certain donc qu’un arbitrage australien, néo-zélandais, anglais ou même géorgien eut aidé une bonne nouvelle pour les Héraultais.
« Les finales sont inintéressantes »
L’an dernier, la finale s’est pourtant jouée en prolongations, elle est présentée encore à ce jour comme une des plus intenses de ces dernières années. La Rochelle avait une main sur le Brennus en 2023, avant de céder sur la dernière action et la percée de Romain Ntamack. Si l’UBB et le Stade Rochelais l’avaient emporté, parlerions-nous de quadruplé aujourd’hui ? Ou de finale inintéressante ? Et puis, il ne faut pas chercher bien loin pour se souvenir de finales fermées, où l’enjeu prenait le pas sur le jeu. Et quitte à faire dans le dicton caricatural, ne dit-on pas qu’une finale ne se joue pas, elle se gagne…


« Romain Ntamack, est en dessous de Jalibert, il joue grâce à son papa, il est surcoté »
Au Stade Toulousain depuis l’âge de 6 ans, champion de France Alamercery, le jeune ouvreur n’aurait jamais été doublement surclassé pour jouer avec les moins de 20 ans français, et devenir champion du monde, en 2018 sans quelques qualités. Il a gagné depuis 2 coupes d’Europe, 2 Tournois dont un Grand Chelem, et désormais 6 Brennus (comme son papa), dont le dernier en étant infranchissable en défense, malgré des un contre un, face à Tuisova ou Vunipola. Pas si mal quand même à 27 ans seulement non ?
C’est ce que doit se dire Mathieu Jalibert, qui lui aussi, a 27 ans, et 2 coupes d’Europe à son palmarès. En espérant avoir les deux ouvreurs en 2027, pas comme en 2023…


« Ugo Mola et les Toulousains ont le melon »
Supporter son équipe, la voir gagner des titres depuis 40 ans, avec une philosophie de jeu portée sur l’attaque, connue et reconnue, appréciée par le plus grand nombre, avec des joueurs entrés dans la légende du rugby, oui, ça rend heureux et fier. Le dire ne signifie pas pour autant avoir le melon. Ca facilite le chambrage, certes, mais qui marche dans les deux sens non ? Laurent Marty en a fait son fonds de commerce depuis deux ans aussi.


« C’est un club de riches ! »
1.5 millions d’euros, voilà le déficit du Stade Toulousain en 1994, quand Guy Novès, entraîneur des Reichel champions de France, prend l’équipe Une. Il mise alors sur la formation, fait confiance aux jeunes, tout en s’appuyant sur les… juniors (Berty, Miorin, Cazalbou) qui avaient remporté le Brennus en 1989, encadré par quelques anciens comme Deylaud. Les jeunes Lacroix, Ntamack, Castaignède, Califano, et autres Mola seront de la conquête du quadruplé 94, 95, 96, 97, avec une Coupe d’Europe au milieu, alors que le rugby était encore amateur.
Les joueurs d’hier, devenus dirigeants d’aujourd’hui, ne se sont pas enrichis, mais ont enrichi le palmarès de leur club de coeur, dont ils assurent la continuité et le modèle économique. Sponsoring (Airbus, Nike, Peugeot…), billetterie (matchs à domicile à guichets fermés, y compris lors des délocalisations au stadium), vente de maillots (près de 60 000 par an), restaurants, boutiques, espaces évènementiels, une académie qui sillonne la France métropolitaine et d’outre mer, qui permet de dénicher des futurs talents. Qui alimentent aussi les autres clubs de Top 14 (Vehraege en est un exemple). Pas de mécène non plus, ni milliardaire comme à Montpellier ou au Stade Français, mais un modèle économique rentable…


Le Stade ne respecte pas le salary cap, et recrute à tour de bras les meilleurs joueurs
Plafonner une masse salariale, pour éviter trop écarts entre les clubs, telle est la règle de base théorique du Top 14. Ce sont les contrats publicitaires personnels, et donc le droit à l’image des joueurs les plus connus pour gagner plus, qui fait débat. Discutable, et discuté donc depuis l’avènement des stars telles que Dupont, Bielle-Biarrey, Ntamack, et en leur temps, Chabal et Michalak. Le combat mené par Didier Lacroix sur ce dossier, n’est étonnamment pas critiqué publiquement par d’autres présidents de Top 14.
Yan Rouvert, le nouveau patron de la LNR, ancien président de Lyon, soutenu par GL Events, dont il a été le directeur général, reste figé sur ses positions de plafonnement. Et remet en question l’aide aux clubs qui fournissent le plus d’internationaux. En voilà un autre de problème tiens…
Côté recrutement, pendant que les prêts (Delpy, Cramont, Boubila. Tolfua et Vignères…), et les ventes (Delibes) aident à alléger la masse salariale, le départ de Pita Akhi, correspond à la seule arrivée de Tommaso Menoncello, centre italien. Prolonger ses meilleurs joueurs et ses jeunes pousses reste le recrutement le plus judicieux sans doute.


« Ah, la formation à la Toulousaine »
La formation justement, toujours priorisée avec l’éclosion des Poitrenaud, Bouilhou, Garbajosa, JeanJean, et de la première « star » française au début des années 2000 : Frédéric Michalak. Les 12 titres remportés entre 1985 et 2012 doivent pour beaucoup à ces jeunes talents, et ne sont sûrement pas étrangers à l’attractivité toulousaine, pour attirer des joueurs et des partenaires. Le renouveau depuis 2019, non plus, avec une nouvelle génération dorée, dont 14 formés chez les Rouge et Noir étaient de la finale samedi : Neti, Mauvaka, Merkler, Meafou, Brennan, Cros, Ntamack, Lebel, Marchand, Ainu’u, Vergé, Gourgues, Ramos, Aldegheri. Une véritable chaîne de production dans toutes les lignes. Contre 5 joueurs formés à Montpellier.
Qui connaissait le « belge » Thibaut Flament ? Quant à Jack Willis, « racheté » aux Wasps après le dépôt de bilan du club anglais, qui aurait misé sur l’anglais avant qu’il ne soit élu meilleur joueur du Top 14, et devienne capitaine des Rouge et Noir ? Mallia et Chocobares, jokers médicaux de Pita Ahki (autre révélation), sont devenus des titulaires en puissance, mais étaient les moins connus des Pumas. Qui voulait de Sofiane Guitoune en 2019, d’Alexandre Roumat en 2021, et de Teddy Thomas l’an dernier ? Seuls les amis d’enfance Jelonch et Dupont, ou Colombes, étaient des valeurs sûres avant d’enfiler la tunique stadiste. Hormis Jérôme Kaino, rares ont été les joueurs internationaux confirmés à rejoindre la ville rose depuis 2019…


Le Stade Toulousain fausse le championnat
Le Stade fausse le championnat car il a trop d’internationaux : faut-il limiter le nombre de joueurs par club ? Est-ce la faute du club de former des joueurs qui deviennent internationaux ? Neti, Mauvaka, Brennan, Cros, Ntamack, Lebel, Marchand, Vergé, Gourgues, ou encore Ramos, faisaient partie des 11 Bleus sur les 23 présents lors de la victoire finale contre les Anglais en mars dernier. On imagine le dilemme pour les anti-toulousains de supporter le XV de France dans ces conditions
Les équipes font l’impasse à Ernest Wallon – La responsabilité incombe d’abord aux clubs visiteurs non ?
Le Stade fausse le championnat en faisant jouer ses espoirs à Perpignan – Entre les matchs de Top 14, de Coupe d’Europe et du XV de France, un joueur ne peut pas jouer plus de 6 matchs d’affilée
Le Stade fausse le championnat en perdant à domicile contre Clermont au Stadium après avoir mené 21-0 ; le Stade fausse le championnat en gagnant à Clermont, à Lyon, au Stade Français, à Castres, ou à Toulon ; le Stade fausse le championnat à cause des doublons… où comment dire tout et son contraire pour critiquer gratuitement.
Le Stade peut aligner 3 équipes
En alignant ses espoirs chaque saison oui. Ceux qui ont été champions de France en 2021 (Delibes, Nelson Epée, Théo Ntamak, Joshua Brennan, Clément Vergé, Paul Mallez, Guillaume Cramont, Hugo Reilhes, Joël Merkler), en 2023 (Reilhes, Boubila, Hawkes, Vergé, Castro-Ferreira, Théo Ntamak, Costes, Pouzelgues, Gourgues) et en 2024 (Lacombre, Bertrand, Lichardis, Vignères, Pouzelgues, Hawkes..). Le plan de succession est permanent, le plan de jeu est identique dès les catégories les plus jeunes, elles aussi souvent titrées, finalistes ou dans le dernier carré. Pourquoi ce modèle, connu et reconnu, n’est-il pas appliqué à Bordeaux, Montpellier, au Racing, au Stade Français, à Toulon, à la Rochelle, à Clermont ou Lyon par exemple ?


Stade Toulousain : Benjamin Bertrand, en rouge et noir depuis ses 6 ans et à minima jusqu’en 2030
« Le Stade Toulousain va encore gagner dans les année à venir ! »
C’est possible, surtout si les autres clubs ne progressent pas. Certains anciens finalistes, avec leur génération dorée de l’époque, ne sont plus en top 14 (Bourgoin, Biarritz, Brive). Le Stade Français, La Rochelle, l’UBB, et maintenant Montpellier, sont légitimement présentés comme des prétendants sérieux au Brennus. A eux de trouver la parade, Bordeaux l’a trouvée en Coupe d’Europe, sur 8 matchs, pourquoi pas en Top 14, sur 28 ?
CONCLUSION
En France, on aime les seconds, on préfère les « Poulidor », pas les premiers. Le succès irrite, dérange. Et comme les médias en font des tonnes autour du Stade Toulousain, cela n’arrange rien. Les documentaires de Canal +, signés Guilhem Garrigues, très bons au demeurant, sur Dupont, Ntamack et Ramos, pourraient être alternés avec des Jalibert, Bielle-Biarrey, Ollivon, ou Attissogbe. On ne s’en plaindra pas. Comme de moins parler d’Antoine Dupont sur les réseaux, qu’il soit à Cannes, avec sa miss, ou autre. Mais que voulez-vous, de manière générale, le Stade Toulousain fait vendre et réagir, donc la « presse du rugby » écrit à l’encre rouge et noire.















