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De la 1ère série à la Fédérale 1 : l’incroyable parcours de « Jérém » et « JC », les Corsaires de Saint-Malo

Le XV Corsaire de Saint-Malo vient d’être promu en Fédérale 1 pour la première fois de son histoire, en écartant le PUC d’un tout petit point le week-end dernier en 8ᵉ de finale. Une consécration pour ce club breton, qui n’a cessé de gravir les échelons depuis la 1ʳᵉ série en 2013 (ex-Régionale 2), jusqu’à cette montée au plus haut niveau fédéral, douze ans plus tard. Une épopée magique que Jérémy Mouhoubi et Jean-Charles Georgelin ont vécue dans son intégralité. Les deux amis, derniers rescapés formés au club, reviennent sur ce parcours aussi incroyable qu’inespéré… (Par Jonah Lomu et Loulou, photos club Saint-Malo). 

De la 1ère série à la Fédérale 1 : l'incroyable parcours de "Jérém" et "JC", les Corsaires de Saint-Malo
Le pilier Jérémy à gauche et le deuxième ligne Jean-Charles, accompagnent Saint-Malo en Fédérale combien ?

À Saint-Malo, Jérémy Mouhoubi et Jean-Charles Georgelin font partie des meubles

Dans le paquet d’avants du XV Corsaire, deux figures sont gravées dans le marbre. Jérémy Mouhoubi, alias « Mouby » ou « Moub’s », pousse à droite de la mêlée malouine depuis son arrivée en senior, en 2013. Il compte toujours sur son compère Jean-Charles Georgelin, pour assurer ses arrières dans la cage, et en dehors du terrain où le grand gaillard avait déjà fait parler de lui en 2022. Sur la Côte d’Emeraude, ce duo fait donc partie des meubles depuis un long moment.

Dimanche dernier sur le terrain du PUC, les amis Bretilliens ont connu une nouvelle montée en Fédérale 1, leur 4ᵉ avec l’écusson malouin sur le cœur. Ces émotions fortes ont au fil des années créé un lien fort entre les deux hommes, à tel point que Jérémy sera le témoin de mariage de « JC » début septembre. Un « amour ouf » parsemé de beaux souvenirs sur le pré, qu’ils nous retracent ici, quelques heures après ce nouveau moment d’allégresse…

De la 1ère série à la Fédérale 1 l'incroyable parcours de Jérém et JC les Corsaires de Saint-Malo
Les deux amis ont réalisé un sacré parcours du combattant

L’interview de Jérémy Mouhoubi

Jérémy, raconte nous ton arrivée au club ?

J’étais un footeux à la base, mon rêve d’enfant était de devenir footballeur professionnel (rires). Mais je n’avais pas le niveau et mes copains commençaient à partir dans d’autres clubs, alors j’ai voulu aller voir ailleurs à l’âge de 12 ans. Il y avait la Coupe du monde de rugby 2007 à ce moment-là, ça m’a donné envie de tester, d’autant plus que mes frères et mon père jouaient déjà au rugby à Saint-Malo. Mon physique a rapidement plu, j’ai tout de suite compris que j’avais un profil plus adapté au rugby qu’au foot.

De la 1ère série à la Fédérale 1 l'incroyable parcours de Jérém et JC les Corsaires de Saint-Malo
Seriez-vous retrouver Jérémy et Jean-Charles sur cette archive de jeunes malouins ?

« Rien que d’atteindre la Fédérale 3, ça nous paraissait si loin et inaccessible à l’époque. »

Comment se sont passés tes débuts en senior et ces premières montées vers la Promotion et l’Honneur ?

J’ai continué l’école de rugby au club en cadets puis en juniors, mais sur ma dernière année, notre entente avec Dinan s’est arrêtée, donc on s’est vite retrouvés, avec Jean-Charles notamment, à devoir s’entrainer avec le groupe senior. Il fallait attendre d’avoir 18 ans pour pouvoir faire nos premières feuilles de match. La première épopée en 2013 avec le titre de champion de Bretagne 1re série et la finale France (défaite 20-5 face à Capbreton Hossegor), on trouvait ça dingue qu’un petit club comme le nôtre fasse un parcours pareil.

Impressionné ?

On n’était pas encore majeurs, donc un peu oui. On suivait ça de loin, mon grand frère était sur le terrain, mais on n’a pas pu la vivre directement. On a attaqué dans le vif du sujet l’année suivante, en Promotion Honneur/Honneur à 18 ans. On devait se déplacer dans toute la Bretagne, c’était pour nous déjà incroyable de vivre ça.

De la 1ère série à la Fédérale 1 l'incroyable parcours de Jérém et JC les Corsaires de Saint-Malo
Les deux compères commencent à toucher du bois

En gagnant du temps de jeu ?

On a commencé notre histoire sur le banc et petit à petit, on s’est installé dans l’équipe oui, en se faisant notre place. On se disait surtout : ça pourrait être bien d’accrocher quelques feuilles en première, mais être titulaire, c’était le Graal pour nous à cet âge. Rien que d’atteindre la Fédérale 3, ça nous paraissait si loin et inaccessible à l’époque.

De la 1ère série à la Fédérale 1 l'incroyable parcours de Jérém et JC les Corsaires de Saint-Malo
Le duo malouin continue son périple magique, qui ne fait que commencer…

La Fédérale 3 justement, comment avez-vous atteint ce palier ?

C’est l’arrivée de Jordi Rougé (ex Dax, Massy, Nevers, Tyrosse) en tant qu’entraineur qui a vraiment impulsé la belle dynamique. On venait de faire l’ascenseur en Fédérale 3 après une première expérience difficile et on repartait en Honneur. Il est arrivé avec son bagage d’ancien joueur de haut niveau et il a su pérenniser le groupe tout en stabilisant un effectif qui jusque-là changeait énormément chaque année. On termine champion de Bretagne et on remonte illico en Fédérale 3.

De la 1ère série à la Fédérale 1 l'incroyable parcours de Jérém et JC les Corsaires de Saint-Malo
Les deux inséparables ont franchi chaque échelon ensemble sur le pré

Et après le Covid, la montée en Fédérale 2 ?

Après les deux années de pause COVID, on reprend sur une grosse saison oui, en terminant premier de poule avec un paquet de bonus offensif. On s’est qualifié pour nos premières phases finales qu’on abordait en se disant « Allons-y à fond, on verra bien. » En 16ᵉ, on passe Roubaix avant de jouer notre montée face à Amiens. À l’aller chez eux, on prend deux rouges en une mi-temps, mais on arrive quand même à l’emporter d’un ou deux points.

On avait pris l’ascendant psychologique et on avait plus qu’à assurer au retour à domicile (19-3). C’était une vraie surprise de rejoindre si vite la Fédérale 2, c’était totalement imprévu. À chaque fois, on voulait prendre le temps de bien s’installer dans une division, mais au final, on arrivait à monter plus vite que prévu.

De la 1ère série à la Fédérale 1 l'incroyable parcours de Jérém et JC les Corsaires de Saint-Malo
Malgré un parcours semé d’embûches, les gaillards ne se sont (presque) jamais pris les pieds dans le tapis…

« C’était la délivrance, la joie, les pleurs, les cris…j’en ai encore la voix qui tremble rien que d’en reparler »

Raconte-nous cette dernière montée, dimanche face au PUC ?

On ne se voyait pas monter, une fois de plus. L’objectif était d’atteindre les phases finales. On se retrouve à deux matchs de l’accession en huitième face au PUC, un club historique qui a l’habitude de jouer à haut niveau. À l’aller, on met beaucoup d’intensité et on vire avec un avantage de 5 points terrains et 22 longueurs d’avance (43-21). On entamait le retour avec un écart conséquent, mais on savait qu’ils étaient invaincus chez eux sur leur synthétique et qu’on pouvait se faire bousculer. On résiste en première mi-temps, mais on craque un peu en deuxième en concédant plusieurs essais, dont un à la toute dernière minute.

J’étais persuadé qu’ils venaient de passer devant et que c’était mort pour nous. Il restait le coup d’envoi à assurer et je demandais à tout le monde : « Vous êtes sûrs que c’est bon, on est toujours devant ? » (Oui, pour un petit point 40-19.) Il ne fallait pas faire de fautes, mais on en fait deux d’affilée, dont une aux 50 mètres que le buteur adverse, qui avait pourtant enquillé de loin, n’a pas osé prendre. Ils vont en touche et on arrive à coffrer le maul tant bien que mal.

L’arbitre siffle la fin du match après un long moment d’hésitation, et là, c’est la délivrance, c’est la joie, les pleurs, les cris, nos supporters qui envahissent le terrain. C’était un moment exceptionnel, j’en ai encore la voix qui en tremble rien que d’en reparler. C’est un truc de fou, moi gamin qui débutait en senior, je ne m’imaginais jamais connaître un jour un tel destin. Quand j’ai commencé, Vannes, le club numéro un de la région, était justement en Fédérale 1, et je peux désormais me dire que je vais connaître le même niveau, c’est fou.

De la 1ère série à la Fédérale 1 l'incroyable parcours de Jérém et JC les Corsaires de Saint-Malo
Deux mousses devenus capitaines du navire.

La 3ème mi-temps a-t-elle été à la hauteur du résultat ? 

Déjà, j’ai commencé par me faire recoudre le visage de trois points de suture, une bière à la main (rires). Ensuite, leurs vestiaires au PUC sont tout en long, alors on a mis du savon partout et on s’est mis à se jeter par terre pour faire du « ventriglisse ». Derrière, on a fait la fête avec l’équipe adverse, qui avait organisé une belle réception. Ambiance au top avec un DJ, mais il fallait bien rentrer chez nous. On a fait un retour en bus comme on ne l’avait jamais fait. Certains fêtent encore cette montée ce matin sans s’arrêter (mardi matin).

De la 1ère série à la Fédérale 1 l'incroyable parcours de Jérém et JC les Corsaires de Saint-Malo
Les Corsaires glissent vers la Fédérale 1

Comment vois-tu la suite ?

Je m’étais déjà posé la question l’an dernier, d’arrêter ou non, entre le boulot et ma petite fille de 3 ans, c’est compliqué de tout gérer. Je visais surtout les matchs à domicile, mais au final j’ai réussi une belle saison en essayant de m’entrainer le plus possible. Je pense repartir sur le même schéma. Je voulais m’arrêter sur de la Fédérale 1, donc ce sera possiblement la dernière.

« En regardant tout ce parcours, on ne peut être que fier »

Quelle est la recette secrète pour toujours s’adapter si vite au niveau du dessus ? 

On fait beaucoup d’efforts, beaucoup de sacrifices en s’entrainant énormément. Avec JC, on se disait déjà que c’était exceptionnel de jouer en Fédérale 3 et d’y rester. Pour continuer l’aventure en première, on a dû garder une sacrée exigence, car le plus dur n’est pas de se faire sa place, mais de la tenir sur le long terme. Maintenant, en regardant tout ce parcours, on ne peut être que fier. Les jeunes nous appellent les Tontons, parce qu’on est là depuis longtemps. On a l’expérience des matchs importants, mais on n’est pas des hommes de grands discours. Par contre, on a ce rôle de montrer l’exemple aux autres sur le terrain et d’être performant.

Comment le club a t-il réussi une telle ascension ? 

Il y a eu un énorme travail de tous les dirigeants, de tous les bénévoles et de tous les anciens joueurs pour nous permettre d’en arriver là. Et l’arrivée de Jordi Rougé, je le répète, a vraiment eu un impact dans la ville de Saint-Malo : il s’est implanté dans les collèges, les lycées, il a commencé à parler de rugby un peu partout et, petit à petit, les gens aux alentours voulaient venir jouer ici.

Le club s’est structuré, avoir des gens qui ne comptent pas leurs heures pour nous aider à performer, c’est exceptionnel. On a juste deux petits conteneurs en guise de tribunes, il doit y avoir à tout casser 50 places assises, c’est quand même toujours la débrouille ici.

Et côté effectif ?

Avant de venir à Saint-Malo, Jordi était coach des trois quarts à Rennes. Et l’année de la montée du REC en Nationale, ils ont demandé à plusieurs joueurs non conservés ou à ceux qui ne voulaient pas jouer si haut de venir en Fédérale 2 avec nous. On essaye quand même de garder un ADN breton, mais le club donne aussi sa chance à des joueurs du Pacifique, il y a une passerelle avec la Nouvelle-Calédonie. On garde l’âme du club également avec plusieurs joueurs formés ici, à Saint-Malo. 

De la 1ère série à la Fédérale 1 : l'incroyable parcours de "Jérém" et "JC", les Corsaires de Saint-Malo
Le vestiaire multiculturel malouin tourne à plein régime.

L’interview de Jean-Charles Georgelin

Jean-Charles Georgelin, 1.92m, 117 kg (en été), 29 ans, aura donc tout connu avec Saint-Malo, dont il connaît les moindres recoins et bars pour les après matchs. Il nous l’avait démontré en 2022 déjà, pour la montée en Fédérale 2. Le grand gaillard, par ailleurs très impliqué dans la vie du club, méritait d’avoir la parole sur RugbyAmateur. C’est pourquoi, à peine remis d’une troisième mi-temps longue durée, « JC » a répondu à toutes nos questions, et nous gratifie de quelques belles anecdotes…

Insolite : JC, le Alex Goode des Corsaires

De la 1ère série à la Fédérale 1 : l'incroyable parcours de "Jérém" et "JC", les Corsaires de Saint-Malo

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