Reportage – Le Havre AC : une double descente mais « un devoir de sauver le club doyen de France »
Le Havre Athletic Club Rugby traverse un exercice 2025/2026 délicat en Fédérale 2, avec 14 défaites en autant de rencontres assorties d’une inévitable place de lanterne rouge de la poule 8. Pour rappel, le doyen des clubs français (né en 1872) avait lui-même demandé sa relégation l’été dernier suite au départ de son président Olivier Doutreleau, entrainant une baisse conséquente de son budget. Tandis qu’une nouvelle descente se dessine, le HAC se mobilise en coulisse pour se reconstruire autour d’un projet fédérateur basé sur l’humain et sur sa formation. Bertrand Lécureur, secrétaire général, nous a retracé ces derniers mois de tempête sur la côte normande, avant de nous présenter l’avenir des Ciel et Marine, où de belles éclaircies apparaissent à l’horizon… (Par Loulou / Photos @Spinning Production)


« Le club du Havre est le plus ancien de France, il y a une histoire, un patrimoine, on ne pouvait pas arrêter tout ça »
Après huit ans de présidence, qui auront vu le HAC passer de la division d’Honneur à la Fédérale 1, Olivier Doutreleau décida en mai dernier de « jeter l’éponge », émoussé par des problématiques internes et par le modèle économique actuel des clubs amateurs. « Il était usé, comme beaucoup au sein du club », souffle Bertrand Lécureur, ancien joueur de la maison dans les années 80-90 et présent au sein du bureau depuis un long moment, avant de reprendre :
« Dans le même temps, on perd sept dirigeants qui décidaient d’arrêter, des bénévoles fatigués par les efforts consentis. À ce moment, on est en plein cœur d’une grosse tempête. On se pose plein de questions, notamment de savoir si ça vaut le coup de continuer, on en dort mal la nuit… »
Mais pour Bertrand Lécureur et les fidèles du HAC, le défi valait le coup d’être relevé : « Ce club on l’aime, alors on ne lâche rien. On a donc décidé de repartir sur un autre projet, plus raisonnable et plus proche des valeurs du rugby. C’est quand même le plus ancien club de France, il y a une histoire, un patrimoine. Quand on regarde dans le rétroviseur, on se dit que l’on ne peut pas arrêter tout ça, c’est un carburant supplémentaire pour ne pas abandonner. Combien de clubs auraient mis la clé sous la porte ? Pas au HAC ! C’est peut-être le devoir et la détermination de sauver le club doyen… »


« 35 joueurs sur le départ à l’intersaison »
Pourtant en pleine progression, le bateau normand s’est donc mis à chavirer, notamment à cause du contexte économique, comme le rappelle le secrétaire général : « Quand un club du nord de la Loire réussit l’exploit de se hisser jusqu’en Fédérale 1, il se doit d’avoir un budget élevé, ce qui peut paraitre hallucinant pour certains, mais une réalité liée tout d’abord aux longs déplacements.
L’an dernier on devait aller jusqu’à Issoire, Limoges, Cognac ou encore Tulle. Il fallait partir la veille, loger les deux équipes à l’hôtel, assurer les repas. Les factures sont à chaque fois colossales. Et puis il faut dire que l’on a aussi un vivier de joueurs moins fourni que dans le sud. Pour rester en Fédérale 1, nous avons dû prendre des joueurs sous contrat et ça aussi ça coute. »
Avec le départ de l’ancien président, le budget du club havrais a été divisé de moitié. « On a donc demandé une rétrogradation en Fédérale 2, un souhait du staff sportif pour ne pas perdre trop de joueurs », précise le dirigeant, avant d’ajouter : « Tous ces changements ont finalement conduit au départ de 35 joueurs durant l’intersaison. Seuls les gamins du club sont restés, plus quelques anciens qui venaient de raccrocher les crampons, qui ont décidé de revenir jouer le rôle de papa dans l’équipe car la grande majorité de l’effectif est composée de jeunes plutôt inexpérimentés. »


« Les joueurs se battent avec leurs moyens et tout le club est extrêmement fier de leur investissement »
Avec ce groupe rajeuni et néophyte à ce niveau, les défaites se sont enchainées, autant pour la Une que pour la B, avec souvent plus de 100 points dans la musette pour les réservistes. Toutefois, les Havrais s’accrochent tant bien que mal, comme le révèle Bertrand Lécureur. « Certes, les résultats sportifs actuels sont ce qu’ils sont mais nos joueurs seniors ont remporté la plus belle des victoires : aligner deux équipes complètes depuis le mois d’octobre en ne lâchant rien sur le terrain.
C’est un exploit. Ils se battent avec leurs moyens et tout le club est extrêmement fier et reconnaissant envers eux pour leur investissement. Il faut avoir du courage pour y retourner et continuer de porter haut les couleurs du club malgré la série de défaites. Humainement, c’est fort. »


« Un nouveau projet éminemment humain, plus raisonnable financièrement, qui colle aux valeurs du rugby amateur »
Ces résultats négatifs laisseraient penser que le navire est en train de couler, mais il n’en est rien, bien au contraire : « C’est dur à vivre, mais en même temps, les joueurs retrouvent une cohésion et une bonne ambiance interne qui avaient un peu disparu ces derniers temps. Il y a beaucoup plus de moments de convivialité, un groupe est en train de se reconstruire. On va se battre jusqu’au bout, mais on ne se le cache pas, il est très probable que l’on descende en Fédérale 3 et ce n’est pas grave, » admet le bénévole, avant de se projeter sur l’avenir du HAC :
« On prendra le temps qu’il faut pour bien rebâtir sur notre nouveau projet, qui s’appelle Horizon 2032, date du 160ᵉ anniversaire du HAC, avec l’objectif de le fêter en retrouvant le plus haut niveau amateur avec un club bien structuré autour de l’insertion professionnelle et de la formation des jeunes. » Ce nouveau programme rassembleur, Bertrand Lécureur nous en a présenté les grandes lignes : « C’est un projet éminemment humain, plus raisonnable financièrement, qui colle fondamentalement aux valeurs du rugby amateur. Nous voulons être plus fédérateurs, en essayant de donner un accès à l’emploi et à la formation à nos joueurs. »


Alain Renaut à la présidence, un staff composé d’anciens joueurs : le HAC mise sur un ADN très local
« On souhaite développer au maximum la formation de nos jeunes joueurs en interne, mais sur notre territoire, on a une très grosse concurrence du foot et de la voile. Pour rester attractif, on met en place des cycles « École ovale » dans les écoles primaires, on passe des partenariats avec des collèges et des lycées, mais aussi avec les universités. »
Pour ouvrir ce nouveau chapitre, le HAC s’appuie sur un ADN local, avec la nomination récente d’Alain Renaut à la présidence : « Un fidèle parmi les fidèles, présent depuis les années 80, comme joueur puis dirigeant. Il s’est dévoué, car depuis six mois, c’est un comité directeur qui dirigeait le club. Il s’investit énormément et on essaye de l’épauler au maximum. » Mais aussi avec des entraîneurs au cœur Ciel et Marine. « Le staff s’est reformé autour d’un autre historique, David Frémont, au club depuis toujours, et deux adjoints anciens joueurs, avec Gambo Adamou et William Takaï, ainsi qu’Ahmed Djaé en préparateur physique. Côté staff, on a vite retrouvé de la qualité, ça n’a pas été un problème. »
Soyez-en sûr, le doyen des clubs français n’est donc pas à la dérive. Il s’acclimate juste à la situation actuelle et sur le littoral de la Manche, ce n’est jamais simple, comme le conclut Bertrand Lécureur avec humour et passion : « Sur la côte normande, on dit que l’on peut vivre les quatre saisons en une journée, et bien au Havre Athlétic Club, c’est pareil. »
















