Itinéraire bis – Van der Westhuizen, “Pellow” bon moment

0

Un champion du monde qui signe dans le Tarn-et-Garonne, même si c’était en catégorie U19, ça a de la gueule, et c’est peu courant. Montauban l’avait bien fait en 2016, mais c’était en Pro D2. Castelsarrasin vient de réussir ce joli coup pour sa montée en fédérale 1. Avec 38 matches de Currie Cup, 8 de Currie Cup First Division, 41 de Vodacom Cup, 20 de Top 14, 2 de Coupe d’Europe et 168 de ProD2, Pellow van der Westhuizen présente un bien beau CV, et va amener un poids (au propre comme au figuré) non négligeable dans les rangs du CAC pour la prochaine saison. Et même si le talonneur « sud af » songe à sa reconversion, « Castel » n’a rien d’une maison de retraite à ses yeux, qu’on se le dise. Son parcours, ses souvenirs marquants, ses projets, le gaillard s’est confié longuement pendant plus d’une heure avec son sourire habituel. A 36 ans, c’était “Pellow” bon moment… (par Wildon)

1714275 36283884 2560 1440
Talon d’or (©photo Rugbyrama)

RA: Pellow, tout d’abord, quand est-ce que tu as commencé à jouer au rugby?

PW : J’ai commencé à l’âge de 6 ans, très jeune donc, en U7, la première catégorie en Afrique du Sud. Chez nous, le rugby est une tradition. On vit pour le rugby et c’est aussi le sport principal du pays. C’est une culture. Il rassemble toutes les personnes de la communauté. Après, je viens d’une famille pauvre, le rugby est le meilleur moyen de se construire un meilleur avenir et il m’a en effet permis d’ouvrir des portes, notamment celles de l’université de Pukke.

Tu es devenu joueur professionnel très tôt aussi. C’était un soulagement ?

Oui, je suis devenu pro à l’âge de 17 ans. Mais je crois surtout que le rugby apporte du respect et de l’amitié. En Afrique du Sud, en tant que joueur, vous avez de l’influence sur les jeunes. On doit être un exemple et des inspirateurs. Le rugby continue de s’y développer, surtout dans ses moyens et ses infrastructures, alors que vous avez déjà quasiment tout en France.

1547
Sous les couleurs des Léopards (©Zimbio.com)

Tu as été sélectionné en équipe d’Af’Sud U18, U19 et U21, pour le Royals XV (2010) et même avec les Barbarians Sud africains (2011, contre l’Angleterre) mais jamais en équipe A. Comment est-ce possible ?

J’ai préféré passé pro pour gagner de l’argent et payer mes études à l’université de Pukke. J’ai préféré aller directement au cœur du rugby pro. Je n’ai pas été sélectionné parce que je n’ai pas joué en Super Rugby. Si tu joues en ligue mineure, tu ne seras jamais sélectionné en équipe nationale. C’est comme ça. J’aurai pu jouer pour les Sharks ou les Cheetahs mais j’ai préféré revenir dans l’équipe où je jouais, en ligue inférieure. Comme je l’ai dit, si tu n’es pas dans les grandes équipes de Super Rugby, tu ne joueras pas en équipe nationale. (il marque une pause)… J’étais jeune, j’étais fou à cette époque. Aujourd’hui j’écouterais un peu plus les autres et je penserais différemment.

Tu regrettes ton choix de l’époque ?

Je ne peux pas dire que j’ai des regrets, car je ne changerais rien de ma vie. Mais j’écouterais un peu plus, c’est certain…

image (1)
Premiers pas en France, avec Colomiers (©photo La Dépêche)

Comment es-tu arrivé en France ?

Je suis arrivé en France en 2012. J’avais plusieurs options. Mon agent m’a fait venir à Colomiers pour un contrat de trois mois… Trois mois ! J’ai dit à ma femme de ne pas s’inquiéter. En quinze jours, ils m’ont proposé un contrat de trois ans (sourire). A la fin de mon contrat avec Colomiers, j’ai eu pas mal de problèmes avec mon agent qui m’a un peu “baladé”. Il ne me contactait plus et dès que je l’appelais, il me disait “oui, j’ai appelé tel ou tel club”, mais il n’appelait personne. En 2015, j’ai eu un contact avec Lille. J’y suis resté sept semaines. J’ai adoré la région, mais le club n’avait plus d’argent. Alors Clermont m’a fait venir, je n’avais plus de contrat, mais j’ai fait des tests médicaux. Le lundi suivant, ils m’ont dit d’être présent pour commencer l’entraînement ! Au bout d’un mois, ils m’ont fait signer pour toute la saison. J’ai joué 20 matches de championnat et 2 de Coupe d’Europe (contre Exeter et le Munster). Ensuite, j’ai signé à Montauban. A cette époque, j’avais plusieurs options et j’avais besoin d’un agent. J’avais des contacts avec Brive mais cela ne s’est pas fait, mais aussi avec Dax et Mont-de-Marsan. Et puis il y a eu Montauban qui n’est pas loin de Toulouse, de son aéroport et on adore aussi la région. Donc, j’ai signé à Montauban.

62cff6e6 8250 4005 86b0 497646c57cc9
Ca pique à Sapiac (©photo SFR presse)

Quelles sont les différences majeure entre le rugby de club joué en France et en Afrique du Sud ?

Pour commencer, le rugby sud-africain est nettement plus discipliné. Cela se retrouve dans le travail : tu travailles bien, tu es payé, tu ne travailles pas bien, tu n’es pas payé. En France, tout est plus facile, on te donne tout. A Colomiers et Montauban, ce n’est pas pareil non plus. Tu essaies d’être pro mais les structures de Clermont ou de Lyon, c’est énorme. Il y a de grosses différences entre le Top 14 et la proD2. Le tempo est également différent. Dans l’hémisphère sud, tout est basé sur la vitesse. Dans l’hémisphère nord, on est plus dans l’impact. La mentalité sud-africaine est plus forte que la française. C’est à dire que cette mentalité et cette discipline naissent dans la nécessité de se battre tous les jours pour réussir en Afrique du Sud. Tout y est plus difficile. La mentalité française n’est pas aussi résistante je trouve. Le rugby français est capable de faire une super performance sur un match mais de s’effondrer le match d’après. Le XV de France l’a prouvé cette année en Tournoi en battant l’Angleterre. Hormis le match contre l’Ecosse, qui a été un “shitty game”, les Français étaient plus forts mentalement. Le rugby de club français est également supérieur en termes d’équipements et d’encadrements. Y compris dans les protocoles médicaux. Et puis, en France, vous avez la 3e mi-temps (rires !)

Ce n’est pas le cas en Afrique du Sud ?

En fait, quand le match est fini, tu prends tes affaires et tu t’en vas. Le lendemain, en France, tu as le décrassage, la récupération et la mise en forme. Pas en Afrique du Sud. Ce n’est pas aussi régulier. Dans l’entraînement personnel, je fais toujours plus. En France, ce n’est pas toujours le cas. Et c’est très dommage. Je fais toujours en sorte de donner le meilleur de moi-même. Tu dois rester actif. Y compris si je vais me promener avec mes enfants. Pendant le confinement je me suis entraîné tous les jours. Je fais très attention sur la diététique. En Af’Sud, mes « légumes », c’était du poulet (rires).

Tu as joué à Colomiers, Clermont et Montauban. Quel est ton meilleur souvenir au sujet de ces clubs ?

Pour moi, il y a d’abord Clermont, avec qui j’ai joué la 1/2e finale de Top14 en 2016 contre le Racing Métro, et quand on a joué pour la première fois de l’histoire du championnat une prolongation (perdue 33-34 après prolongations). Ensuite quand j’ai joué la finale d’accession contre Agen en 2017, perdue 41-20. Malgré la défaite, j’ai donné le meilleur de moi et ça reste un souvenir très fort.

151125 vdw
Yellow Pellow Army (©photo ASM)

Tu quittes Montauban en fin de contrat. Pourquoi avoir choisi Castelsarrasin ?

De nombreuses personnes me le demandent (sourire). En fait, je vis à Nègrepelisse où j’ai acheté une maison. Ma famille s’est intégrée dans la région, ma femme travaille ici et mes enfants [son fils aîné est né à Toulouse, sa petite fille est née à Montauban] y sont scolarisés. Les gens me connaissent bien ici, c’est plus facile pour la communication et jouer au rugby. Je ne voulais pas bouger pour bouger et tout recommencer. Valence-Romans m’a offert un contrat de deux ans, Suresnes et Mâcon un an, Rouen s’est aussi intéressé à moi. Mais si je signe à Valence Romans, dans deux ans, je me retrouve dans la même situation qu’aujourd’hui.

Ce n’est donc pas une régression sportive à tes yeux ?

Mon corps peut me permettre de jouer trois ou quatre ans de plus je pense. Mais la Fédérale 1 est peut-être le plus adaptée actuellement car c’est plus lent mais tu gardes tous les contacts du rugby que j’ai pu connaître. Signer dans un club plus bas, cela n’aura pas été bon. Mais la Fédérale 1, si tu as un bon coach, tu peux y jouer un excellent rugby, rapide, fait de mouvements et de contacts. Tu « bouffes » beaucoup d’énergie, c’est du haut niveau quand même, mais on a le temps de récupérer. En plus, quand j’ai été contacté par Castelsarrasin, j’y ai trouvé un club familial, bien organisé, avec des jeunes. Le discours des dirigeants et l’aspect familial du club ont compté dans ma décision. Et je sais que je peux apporter au club et aux jeunes mon expérience et mes valeurs.

Les supporters de Montauban t’ont témoigné beaucoup d’affection au moment de l’annonce…

Je veux d’ailleurs en profiter ici pour les remercier, les remercier de tous ces supers messages que j’ai reçus lorsque j’ai annoncé que je signais à Castelsarrasin. Je les en remercie vraiment beaucoup.

A la fin de ta carrière, est-ce que tu comptes retourner en Afrique du Sud ou rester en France ?

Je vais rester en France, car mes enfants y sont nés et ma femme travaille ici. Quant à moi, je travaille déjà à ma reconversion. Castelsarrasin m’offre la perspective de penser à l’après-carrière. J’ai un bac +3 en Management Centre de Profit, passé à la Toulouse Business School. J’ai un gros réseau avec l’Afrique du Sud donc c’est une bonne base pour lancer de l’import/export avec mon pays d’origine et ici. En parallèle, je continue également d’apprendre par de nouvelles études. Je considère qu’on apprend tous les jours de toute manière. C’est une belle opportunité et je suis content que cela se fasse ici. De plus, j’ai fait ma demande de nationalité française. Dès que le déconfinement a été prononcé, j’ai posté ma demande (rires). Et puis, sincèrement, le pays est joli, j’ai de bons amis ici et il ne fait pas froid ! (rires)

Une dernière question. Ton nom de famille complet est Marthinus Riaan Stefanus Van der Westhuizen. D’où vient alors ton surnom « Pellow » ?

En afrikaans, quand j’étais gosse, on me saluait toujours en me disant “Hello my Pel”, ce qui veut dire “salut mon pote”. Pellow, c’est phonétiquement l’inversion de “Pel” et “hello”… “Pellow” est arrivé comme ça, et c’est resté (rires)

ee9c9ab4 b12e 4600 918f fff4b7013388
C’est signé, Pellow rejoint le clan très fermé des sud africains interviewés par RugbyAmateur

EN RÉSUMÉ

Pellow van der Westhuizen : né le 3 février 1984 (36 ans) à Uitenhage (province orientale du Cap)

Poste : Talonneur (1.79m, 103kg)

Clubs : Léopards (AFS, 2006-2010), Sharks (2007-2008), Steval Pumas (AFS, 2010-2012), Colomiers (2012-2015), Clermont (2015-2016), Montauban (2016-2020), (2020….) Castelsarrasin

Sélections : Afrique du Sud U18, U19 et U21, Royals XV, South African Barbarians (2012)

Palmarès : Champion du Monde U19 2003 avec l’Afrique du Sud, Finaliste de la Currie Cup First Division 2012 avec les Steval Pumas, ½ finaliste Top 14 2016 avec ASM Clermont.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here