Portrait féminin – À la découverte de Léa Pladys, la triple championne de France des TUC’ettes (Fédérale 1)
Coup de projecteur sur le rugby féminin, à travers une série de portraits de joueuses seniors. Pour ce septième volet, nous partons à la découverte de Léa Pladys, la trois-quarts centre solaire des TUC’ettes (Fédérale 1). Championne de France pour la troisième fois de sa jeune carrière l’an passé avec les Bleu et Rouge, cette grande passionnée de ballon ovale venue du Nord nous retrace ici son riche parcours, de Gravelines au TUC, en passant par le Stade Toulousain ou encore le Stade Bordelais. Durant cet échange, la joueuse de 26 ans livre également son avis sur le développement du rugby féminin, puis se prête avec beaucoup d’humour et d’autodérision au jeu de l’interview décalée… (Photos @raynal_lea_photographie)


Comment ta passion pour le ballon ovale a-t-elle commencé ?
Ma passion a commencé très jeune, à l’âge de 5 ans. J’ai grandi dans un environnement familial où le sport et particulièrement le rugby avaient une place forte, et le rugby m’a tout de suite attirée, premièrement car je suivais mon père tous les week-ends lors de ses matchs, mais aussi par son côté collectif, intense, et les valeurs qu’il véhicule.
Peux-tu retracer ton parcours rugbystique ?
J’ai intégré le pôle espoir de Lille pendant une saison à l’âge de 15 ans et ensuite celui de Toulouse, ce qui m’a permis de structurer mon projet sportif très tôt. Ensuite, j’ai eu la chance d’évoluer dans de grands clubs comme le Stade Bordelais, puis le Stade Toulousain, et depuis 2 ans au TUC Rugby. J’ai été championne de France à trois reprises, et chaque titre a marqué une étape différente de ma progression. Mon parcours m’a forgée autant humainement que sportivement.


Finale Fédérale 2 Féminine – Le TUC s’offre les Black Simones et le titre 2025
Comment juges-tu la saison en cours de ton équipe ? Et quelles sont vos ambitions à l’aube du sprint final ?
La saison est intense. Physiquement, c’est bien plus rude que l’an dernier. On traverse des moments très forts collectivement, mais aussi des passages où il a fallu se remettre en question. Le groupe vit bien, il y a de la qualité, du caractère, et surtout une vraie envie de progresser. Pour le moment on est deuxième au classement, mais nos ambitions sont claires : rester dans le haut de tableau, continuer à élever notre niveau d’exigence, faire les phases finales et pourquoi pas aller chercher quelque chose de grand ensemble.


Que penses-tu de l’évolution du rugby féminin ces dernières années ?
Ces dernières années, l’évolution est énorme. La médiatisation, le niveau physique, la structuration des clubs… on sent que ça avance vraiment. Des compétitions comme le Tournoi des Six Nations féminin ont donné une visibilité incroyable, et des événements comme la Coupe du monde féminine ont montré que le public est au rendez-vous. Il reste du travail sur la professionnalisation, la reconnaissance financière, et la structuration dès les catégories jeunes. Mais pour moi, on est clairement sur la bonne voie.
Qu’aimerais-tu dire aux jeunes filles qui hésitent à se lancer dans le rugby ? (Ainsi qu’aux parents craintifs) ?
Aux jeunes filles, je leur dirai d’oser, que le rugby n’est pas “un sport de garçons”. C’est une discipline pour celles qui ont envie de se dépasser, de partager, de grandir. Et aux parents, le rugby apprend le respect, la solidarité, la discipline et la confiance en soi. Et contrairement aux idées reçues, c’est un sport très encadré.


L’interview décalée
Côté terrain et vestiaire des TUC’ettes
Ton rituel d’avant match ?
Toujours le même : je bois ma canette de Monster (sans sucre évidemment) en mangeant tranquille mes pâtes avec mes knackis. Ensuite, on me fait les tresses et après j’aime bien discuter avec les filles du match qui arrive. On parle des premières actions, des détails à régler, mais aussi un peu de tout et de rien pour faire redescendre la pression, ou plutôt ma pression (rires).
Ton plus beau souvenir sur un terrain ? Et en dehors ?
Sur le terrain : mon titre de championne de France en cadettes avec le Stade Toulousain contre Bordeaux. Parce que c’était bien plus qu’un titre. Pour l’anecdote, la saison d’avant, je perds la finale avec Bordeaux contre ce même Stade Toulousain. L’année d’après je change de club mais la victoire reste Rouge et Noir. On avait un groupe incroyable. Une vraie bande de copines. On travaillait dur, on se tirait vers le haut, on se disait les choses, mais on riait énormément aussi. Il y avait une cohésion rare, que je n’ai jamais retrouver ailleurs. Gagner avec ce groupe-là, c’était spécial. C’était mérité, c’était fort et ça reste un souvenir gravé.
En dehors du terrain : toutes les 3ᵉ mi-temps en général. Peu importe le résultat, il y a toujours quelque chose de beau dans ces moments-là. Les chants, les debriefs d’après-match.


Le ou la coach qui t’a marqué(e), et pourquoi ?
J’en ai deux, je ne peux pas en citer qu’un seul. Pour commencer, Fred Bonnafous, mon coach en cadettes. Un entraîneur que j’admire énormément. Il m’a appris l’exigence, la rigueur, mais surtout il a toujours cru en moi. Il m’a fait confiance très tôt et m’a responsabilisée. Il m’a fait grandir en tant que joueuse, mais aussi en tant que personne. C’est le genre de coach qui laisse une trace.
Ensuite : Camille Boudaud. Après ma fracture de la clavicule, j’avais pris un gros coup au moral. Revenir physiquement est une chose, mais mentalement en est une autre. Camille m’a énormément aidée à me relever. Elle venait en dehors des entraînements, sur ses journées off, pour travailler avec moi le contact, la technique, les plaquages… mais surtout la confiance.
Elle pensait toujours à m’adresser un petit mot avant mes matchs. J’ai même gardé une photo avec un message qu’elle m’a laissé et je pense qu’elle s’en rappellera : « ta seule limite c’est toi-même ». Je m’en sers encore aujourd’hui. Elle a cru en moi à un moment où je doutais et elle m’a aidée à reprendre confiance en mon corps, dans mes impacts ainsi que dans mon jeu.


Une anecdote insolite ou un fou rire mémorable à nous raconter ?
Pour l’anecdote et faire plaisir aux Tuc’ettes, j’ai une petite tradition (pas très sympas) chaque saison, je fais au moins un en-avant dans l’en-but. Ce n’est pas très glorieux, mais elles ne m’en veulent pas. Elles ont l’habitude apparemment ! Cette année, j’ai d’ailleurs inauguré ma petite tradition dès le début de match contre Pau… Heureusement, ce n’était pas l’essai de la victoire ! En seconde mi-temps, sur une belle action collective, je pars à l’essai… et là, je peux vous dire que je n’ai jamais serré autant le ballon de ma vie pour ne pas le perdre ! (rires)
Chez les TUC’ettes, qui est la comique de l’équipe ?
Donner un seul nom serait compliqué parce qu’on a plusieurs sacrées clowns dans l’équipe… mais Chloé Declaux fait clairement partie des meilleures : toujours une réflexion au bon (ou mauvais) moment, une tête qui dit tout avant même qu’elle ne parle… Elle a ce talent pour détendre l’atmosphère, il faut la connaître, son second degré pourrait des fois être mal compris.
La plus fêtarde ?
Là aussi, difficile de donner un seul nom. Au TUC, il y a un petit groupe qui aime bien sortir et boire un verre (ou deux). On va dire que certaines sont très investies dans la cohésion d’équipe… version nocturne.
La meilleure danseuse ?
On a quelques talents cachés, mais Camille Barral, quand elle a le verre de trop, elle invente des pas complètement bizarres. Des pas qui sont totalement en accord avec sa personnalité Un peu imprévisible, un peu décalé… (rires).
La plus grosse mangeuse ?
Je ne balancerai pas, pour être solidaire chez les Tuc’ettes ont mangent toutes bien à la cantine.
La plus râleuse ?
Donner un nom à un groupe de 60 filles, c’est compliqué… On est connues pour être de grandes râleuses. Les coachs ont beaucoup de courage à nous supporter, mais je peux le dire sans problème : je fais partie du lot.
La plus ponctuelle ?
On est un petit groupe à arriver très tôt à l’entraînement. Mais s’il faut donner un nom : Maeva Satorra est toujours là en avance.
Celle qui ne l’est jamais ?
Je ne jouerai sûrement pas le prochain match en donnant son nom, mais la coach Laura Escande n’est pas en retard, mais vraiment pile à l’heure. On va dire qu’elle maîtrise parfaitement le timing. Départ à 9 h 30, elle se gare à 9 h 29 Si je peux me permettre, elle travaille à La Poste… donc forcément, la précision des horaires, ça la connaît.
Celle que tu préfères avoir avec toi plutôt qu’en face ?
Domi. Toute petite, hyper solide, des petits pas rapides, des courses tranchantes, c’est vraiment relou à défendre. Clairement, je préfère l’avoir dans mon équipe.
La meilleure plaqueuse ?
Au TUC, on a plusieurs filles qui défendent très très fort. Devant, je dirais Emma Gibbs. Je ne l’ai jamais vue manquer un seul plaquage. Quand elle est à côté de toi, tu es rassurée. Derrière on a des spécimens aussi, Lydie, Domi, Myrtille… Sur les plaquages offensifs, c’est vraiment pas mal. Ça pique. On a aussi Léa Mahé qui plonge aux chevilles, parfois elle sort de nulle part mais c’est efficace !
Et enfin la meilleure joueuse de l’équipe ?
Je n’aime pas parler de “meilleure”. Chaque fille a ses qualités, ses défauts, et c’est justement parce qu’on se complète qu’on en est là aujourd’hui. Le rugby, ce n’est jamais une seule joueuse.















