Esprit rugby – vous en rêvez, ils l’ont fait : un jubilé géant entre copains pour soigner sa sortie
Choisir le moment de ranger ses crampons pour de bon est un luxe que le rugby accorde rarement. Faire sa sortie sous les vivats, entouré d’une horde de copains, l’est encore plus. Ce privilège, David Bolla, 36 ans et Mathieu Lopez, 37 ans, joueurs du RC Ollioulais dans le Var, l’ont saisi à pleines mains le 4 avril dernier, en réunissant un paquet d’anciens coéquipiers venus de tout le pays pour un ultime match de gala. Sur la pelouse du stade Marquet de La Seyne-sur-Mer, les 2 « gaziers » ont en effet pu célébrer leur jubilé lors d’une toute dernière partie de manivelles, là où l’amitié pèse plus lourd que le score… (Photos Philippe Duperray)




« La Meute » de David Bolla et Mathieu Lopez, un XV de rêve face aux Barbarians Seynois
Il vient un temps où les bougies sur le gâteau sont plus nombreuses que la pointure des crampons. Pour ces deux piliers du club varois, l’heure était venue de rendre le tablier — et de sauver ce qu’il reste de leurs ménisques. Pour sortir par la grande porte (avant de rejoindre définitivement la buvette), ils ont convoqué l’histoire : une armée de « soldats » croisés aux quatre coins de l’Hexagone, réunis pour former deux équipes de légendes, plus ou moins affûtées.
« La Meute », c’est une équipe de copains composée d’anciens joueurs de La Seyne-sur-Mer et de bien d’autres contrées. En première ligne, le mâle Alpha se nomme Mathieu Lopez. Talonneur de métier et figure locale au répertoire téléphonique plus épais que le règlement de la FFR. De La Seyne au RC Six Fours – Le Brusc, en passant par Le Beausset ou encore Brignoles, Mathieu a eu l’honneur de boucler la boucle sur ses terres, rameutant pour l’occasion une bande de brigands prêts à tout, surtout à ne pas respecter le moindre plan de jeu.


À ses côtés au sein de cette « Meute » : David Bolla. Un deuxième ligne à l’ancienne, bâti pour porter des pianos et distribuer les pains (de glace), qui s’apprête enfin à sortir de la cage du cinq de devant. D’Angers à Biarritz, de Nice à Six-Fours-les-Plages, puis Ollioules, le grand costaud au cœur tendre a laissé une trace indélébile partout où sa carcasse de guerrier des rucks et sa gouaille de vestiaire ont traîné. Certains de ses potes ont d’ailleurs enquillé 2 000 bornes aller-retour juste pour trottiner une dernière fois à ses côtés et l’aider à enfin tourner la page…
En face se dressaient « Les Barbarians Seynois », un groupe d’amis et de joueurs locaux, venus pour accompagner les vieux loups vers la sortie.


Genoux qui grincent et cœur qui swinguent pour un dernier baroud d’honneur entre copains
Dans une ambiance de phase finale — la peur des coups de casque en moins (quoique ?) — tout ce beau monde s’en est donné à cœur joie sous l’œil expert des coachs d’un jour, Lolo Tuifua et Félix Mendy. Le score ? 8 essais à 5 pour la Meute. Anecdotique. Ce qu’on retiendra, c’est le bruit des genoux qui grincent à chaque impact et le souffle court de ceux qui n’avaient pas vu un terrain depuis l’ère Jacques Chirac.
Passé le coup de sifflet final, place à la véritable épreuve de force : la troisième mi-temps. Entre l’odeur du camphre qui s’efface devant celle de la bière fraîche, les discours vibrants et les chants plus ou moins justes, la fête a duré jusqu’au bout de la nuit. Pour certains, l’émotion ne suffisait pas : ils ont choisi de graver cet instant dans leur chair, se faisant tatouer un loup en hommage à « La Meute ».
Parce que si les souvenirs s’embrument parfois au fil des tournées, le tatouage, lui, reste le témoin immuable d’une vie passée dans les rucks. David et Mathieu peuvent ranger les crampons : la relève est en place, et ce match de légende, lui, est ancré entre les deux oreilles pour l’éternité (et tatoué sur la peau, du coup…).




« On ne pouvait pas rêver d’une plus belle journée pour arrêter ce sport »
Le mot de la fin pour David Bolla, qui revient sur cette journée fantastique : « C’était un match qui me tenait à cœur, une belle façon de tourner la page de ce sport que je pratiquais depuis l’âge de 7 ans. Je souhaitais rejouer une dernière fois avec toutes les personnes avec qui j’ai fait tant de guerres sur ce rectangle vert qu’on aime tant. Pour certains, j’avais commencé le rugby avec eux au SCO Angers, pour plus tard s’éparpiller un peu partout en France, mais nous ne nous sommes jamais lâchés malgré la distance qui nous séparait.
Jouer au rugby crée des liens très forts et cette façon de tourner la page était juste parfaite. L’émotion était présente lors de la remise des maillots par leurs familles, et grâce à l’équipe d’en face, le combat était au rendez-vous. On ne pouvait pas rêver d’une plus belle journée pour arrêter ce sport et ces sensations que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Quand on vieillit, on a envie de continuer, mais le corps vous rappelle que vous n’avez plus 20 ans ; il faut savoir l’écouter et laisser la place aux autres générations. »













