Ugo Benhamada (Espoir Stado Tarbais) : « Je suis conscient d’avoir évité le pire »

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16 février dernier. Ugo Benhamada (20 ans), deuxième ligne du groupe espoirs du Stado Tarbais, ne se sent pas bien pendant une séance d’entraînement. Il a mal à la tête, sent sa nuque se raidir, transpire et vomit. Des symptômes qui poussent ses entraîneurs à appeler les pompiers immédiatement. Le scanner effectué à l’hôpital de Tarbes, révèle que le jeune homme est victime d’une rupture d’anévrisme. Il est transféré en hélicoptère sur Toulouse…

Originaire du pays basque, Ugo a découvert le rugby dès l’âge de 6 ans, dans le club d’Ustaritz Jatxou. Il y restera jusqu’à ses 19 ans, quand il doit partir sur Tarbes pour poursuivre ses études de prépa scientifique. Le rugby n’est qu’un plaisir pour lui, mais un copain parvient à le convaincre de participer à une journée de détection organisée par le Stado Tarbais. Motivé mais sans véritable espoir, il va pourtant se faire remarquer pour sa détermination à terminer tous les exercices, et recevoir une demande pour signer chez les Rouge et Blanc. Tout se passait bien depuis. Jusqu’au 16 février dernier donc. Ugo a bien voulu revenir sur cet instant, où sa vie a failli basculer. Le garçon est posé, ses mots pesés, bien conscient d’avoir frôlé la mort. Entretien…

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Ugo, dimanche dernier pour son retour au stade… (photo perso ©L. Dard NP)

RugbyAmateur : Ugo, première question, simple : comment vas-tu ?
Ugo Benhamada : Je vais bien, merci, mieux en tout cas. J’ai encore des maux de tête, mais je prends des médicaments pour me soigner. J’ai été alité pendant 20 jours à l’hôpital, j’ai perdu 10 kilos. Mais je retrouve peu à peu un rythme de vie normal, j’arrive à me déplacer, même si je me fatigue plus vite.

Aucune séquelle ?
Les médecins m’ont dit qu’il n’y a pas de séquelle, et qu’il n’y en aurait pas.

Peut-on revenir sur cet entraînement du 16 février dernier ?
C’était une séance classique, muscu, un peu de physique, puis on a répété des lancements de jeu. On a augmenté l’intensité, avec contacts, équivalents à ceux du weekend. Sur une action, je marque un essai et je me replace. J’ai ressenti un léger mal de tête, mais j’ai mis ça sur le compte de la fatigue. Et puis, sur l’action suivante, le mal de tête s’est intensifié, et là, j’ai mis un genou à terre. J’ai rapidement eu une sensation bizarre, de frais, comme si on m’avait plongé la tête dans une seau de glace. Je voyais flou au loin, j’avais mal à la nuque. Les coéquipiers ont tout de suite compris que ce n’était pas normal, mes coachs aussi.

Ils ont été très réactifs pour appeler les urgences…
Oui, ils ont stoppé l’exercice de suite quand ils m’ont vu poser le genou à terre. J’ai pu me relever, aller sur le banc pour m’asseoir, on a discuté, mais j’étais très pâle, et j’avais envie de vomir. Là, je me suis dit que quelque chose n’allait vraiment pas. Je n’ai jamais été blessé, jamais eu de KO, donc ce n’était pas normal. Je me suis mis à transpirer, et je disais aux coachs que j’avais envie de dormir en plus. Ils ont appelé les pompiers de suite, qui leurs disaient qu’il ne fallait surtout pas que je m’endorme. Ils pensaient qu’on les appelait pour un KO, ils ont pris beaucoup de précaution avant de me transporter aux urgences de l’hôpital de Tarbes. Sur place, j’ai eu la chance de tomber sur un urgentiste spécialisé en neurologie. Il a immédiatement compris qu’il y avait une anomalie. Il m’a fait passer un scanner qui a révélé une hémorragie au cerveau. Tarbes n’étant pas équipé pour opérer à ce niveau, l’urgentiste a appelé Toulouse, qui a dépêché un hélicoptère avec un neurologue à l’intérieur prêt à m’opérer au cas où. Je suis resté conscient tout le long, même si j’ai quelques absences. J’ai été opéré le lendemain après-midi car l’hémorragie était maîtrisée. L’opération a été plus longue que prévue, plus de trois heures. Et je suis resté au bloc neuro avant de passer aux soins intensifs. 24 heures intensives aussi ! 

« On m’a dit que je faisais une rupture d’anévrisme. Mais je ne savais pas ce que c’était… »

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Les premiers pas d’Ugo à l’hôpital (photo perso)

Quand as-tu pris conscience de la gravité de ce qui t’arrivait ?
A Tarbes on m’a dit que je faisais une rupture d’anévrisme. Mais je ne savais pas ce que c’était. Je n’ai pas l’habitude de me plaindre donc je me suis laissé porter en quelque sorte. Mais j’ai vraiment réalisé la gravité de tout, la semaine dernière. J’ai compris que j’avais évité le pire et que je m’en sortais bien. Maintenant, je sais parfaitement ce qu’est une rupture d’anévrisme, et je sais que j’ai eu de la chance que ça m’arrive sur un terrain, entouré de plein de gens. Car si j’avais été seul…

Quel est ton objectif désormais, à court et moyen terme ?
Faire une bonne rééducation, avec deux séances de kiné par semaine, des massages. J’ai interdiction de faire du sport, pour éviter la pression artérielle, donc c’est repos forcé, tantôt allongé, tantôt assis. Mais je compte bien retrouver tous mes moyens, progresser et surtout rejouer au rugby. J

Tu n’as pas peur de rejouer au rugby ?
Non. Je dois passer une IRM de contrôle fin juin à Toulouse. Si tout est ok, les médecins me donneront le feu vert pour reprendre. Je leur fais confiance. 

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Repos forcé au pays basque certes, mais tout en continuant à se tenir informé (photo RA)

Tu étais au bord du terrain dimanche dernier pour soutenir tes copains (victoire 20-15 contre Suresnes). Quel a été ton sentiment ?
Beaucoup de joie déjà, ça ma fait très plaisir de les revoir. Ils n’étaient pas au courant que je venais, ils étaient très surpris, et émus. Moi aussi… Je sais qu’ils n’avaient pas le coeur à jouer contre Dax après ce qui m’était arrivé, mais je sais aussi qu’ils pensaient fort à moi. J

Tu as été très soutenu pendant ton séjour à l’hôpital…
Oh oui, et pas seulement à l’hôpital. Je peux vous dire que c’est très important. J’en profite ici pour remercier tout le monde. Les présidents, de l’asso et de la section professionnelle, les joueurs pro, mes coéquipiers bien sûr, les dirigeants, les éducateurs des autres équipes du Stado. Tous m’ont appelé, écrit, soutenu, ça m’a beaucoup aidé. Et puis, je tiens à saluer les médecins et les infirmières qui m’ont permis d’aller de mieux en mieux. Leurs actes et leurs paroles ont compté pour moi. J’ai une pensée pour les supporters du Stado, qui ont écrit un mot de soutien chaque jour pour moi sur leur page, ça faisait vraiment chaud au coeur. Et je remercie bien sûr et très particulièrement ma famille et mes amis d’enfance du pays basque. A tous, je dis un grand merci, car c’est aussi grâce à eux que je me suis accroché, j’ai senti leur soutien, et croyez-moi, je le répète, mais dans ces moments-là, c’est précieux.

On te retrouve pour la reprise des entraînements de la prochaine saison alors ?
Oui, oui, vous pouvez compter sur moi ! Plus motivé que jamais (sourire).


La réaction de Jérôme Teilh (co-entraîneur des Espoirs du Stado) : « Nous avons vécu un moment difficile ce soir-là oui, forcément. Nous avons suivi, avec les joueurs, de très près l’évolution des choses grâce à la maman d’Ugo au début. On a gardé le contact en permanence. Après avoir craint le pire, on a vu que la convalescence était bonne, on pouvait imaginer que ça irait mieux. Et ça s’est confirmé, ce qui a redonné le moral à tout le monde. Ugo est courageux, déterminé, quand il se fixe un objectif, il l’atteint. Il nous avait dit qu’il viendrait nous encourager pour le match de Blagnac, et il était déjà là dimanche dernier face à Suresnes. Il est proche de notre ouvreur Dorian Guillaume, on a parlé de l’idée de lui faire remettre les maillots avant le match, et on l’a préparé sans prévenir le reste du groupe. Quand les joueurs l’ont vu, il y a eu beaucoup, beaucoup d’émotion. Un moment de partage dont chacun se souviendra, c’est certain. Et je suis certain aussi que la présence de Ugo a donné un supplément d’âme à l’équipe. Son mental son courage, ses ressources, on les connaissait sur le terrain, il en a fait encore plus étalage dans cette douloureuse épreuve. C’est inspirant pour nos jeunes, et je suis convaincu que ça l’est aussi pour tout le monde. C’est une belle leçon en tout cas, il mérite les louanges, il n’a jamais lâché, ne s’est pas plaint, il est resté positif. Maintenant, nous savons qu’il veut revenir, il s’en donne les moyens, je lui fais confiance. J’admire sa volonté, car au delà de la reconstruction physique, il y a la reconstruction mentale. Bravo Ugo ! »

 


Rupture d’anévrisme, qu’est-ce que c’est exactement ?
Un anévrisme cérébral est un renflement ou une dilation d’une artère du cerveau résultant d’une faiblesse de la paroi des vaisseaux sanguins. Les anévrismes cérébraux non traités présentent un risque de rupture, ce qui se traduit par un Accident Vasculaire Cérébrale (AVC) hémorragique.

Il est légèrement plus fréquent chez les femmes que chez les hommes, en particulier chez les femmes entre 48 à 55 ans. Toutefois, un anévrisme peut se produire à tout âge.
On estime que la prévalence mondiale des anévrismes non rompus est de 3,2%.2 Ce qui représenterait entre 335 595 et 4 millions de Français sur la base de 67, 18 millions d’habitants au 1er janvier 2018. Un quart des AVC sont liés à une rupture d’anévrisme. Il s’agit d’AVC hémorragiques, qui ont touché 27 526 personnes en 2017 (l’incidence du risque de rupture en France par habitant est de 0,01%).4,5

La rupture d’anévrisme est une urgence médicale absolue. Elle se traduit par une irruption de sang au sein des méninges, les enveloppes qui entourent le cerveau (hémorragie méningée ou sous arachnoïdienne). Cela entraîne une augmentation brutale de la pression intracrânienne pouvant aller jusqu’à la perte de connaissance (coma). En cas de rupture et d’hémorragie méningée, on dénombre 10% de mortalité immédiate2.
Une prise en charge par divers traitements thérapeutiques est à envisager afin de prévenir les risques de rupture.

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