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Stéphanie Coudert : un cri du cœur pour améliorer les conditions du rugby féminin

Il y a quelques semaines, Stéphanie Coudert, ancienne joueuse et éducatrice en école de rugby, publiait sur les réseaux sociaux une lettre ouverte aux instances du rugby. En cause ? Le manque de vestiaires pour ses joueuses de moins de 14 ans, reléguées aux toilettes pour se changer et à devoir attendre après les garçons pour essayer de se doucher. De quoi secouer le microcosme du rugby amateur, ouvrant la voie à d’autres témoignages sur ce même sujet. Après de nombreux partages de la lettre, Stéphanie s’est posée chez RugbyAmateur le temps de la pause hivernale. Interview long format, pour faire le point complet sur la situation du rugby féminin « d’en bas »… (par Jeremy VdC)

Stéphanie Coudert : un cri du cœur pour améliorer les conditions du rugby féminin
Après une longue carrière de joueuse (et plusieurs titres comme ici avec l’entente Rugby des Monts Folles-Ambazac), Stéphanie gère désormais les M14 du CAPO Limoges (crédit photo Rugby des Monts)

« Ni intimité, ni confort, ni dignité. »

RugbyAamateur : Afin que les gens te découvrent un peu plus, quel est ton parcours rugbystique en tant que joueuse ?

Stéphanie Couderc : J’ai 40 ans et je pratique le rugby en compétition depuis 22 ans. J’ai évolué dans plusieurs clubs en Île-de-France et en Limousin, avec la chance de jouer à haut niveau, de participer à des stages de sélection et de porter les couleurs de l’équipe d’Île-de-France lorsque j’avais une vingtaine d’années. Au fil des saisons, j’ai remporté plusieurs titres de championne de France, à XV, à V et en beach rugby, ainsi que des titres régionaux en Île-de-France, en Limousin et du Sud-Ouest, à XV et à 7. Mais au-delà des résultats, c’est surtout une longue expérience du terrain, dans des contextes très variés, qui a façonné mon regard sur ce sport. 

RA : Et comment es tu passée de l’autre côté de la ligne de touche, en tant qu’éducatrice ?

Ma première expérience d’entraîneure remonte à la saison 2015-2016. Enceinte de ma fille à ce moment-là, je ne voulais pas quitter les terrains. J’ai donc passé mon brevet fédéral pour entraîner les cadettes du CA Brive. J’ai ensuite repris ma carrière de joueuse, avant d’y mettre un terme cette année, sur avis médical. Aujourd’hui, je me consacre pleinement à l’encadrement et au développement du rugby.

J’entraîne les M14 du club du CAPO Rugby Limoges, et j’interviens également pour le comité départemental de la Haute-Vienne auprès de la sélection féminine M15. Ce double regard, de joueuse pendant plus de vingt ans et désormais d’éducatrice, nourrit profondément mon engagement et explique pourquoi certaines situations vécues par les jeunes joueuses ne me semblent plus acceptables.

RA : Justement, abordons le sujet de ta lettre ouverte aux instances. Quel problème, récurrent depuis un moment, a été rencontré par tes jeunes joueuses ?

Le problème rencontré lors du dernier tournoi avec nos joueuses M14 n’est malheureusement pas un cas isolé. Depuis le début de la saison, nous sommes confrontés de manière répétée à des conditions d’accueil inadaptées pour les filles. Concrètement, lors de ce plateau, nos huit joueuses, sur un groupe total de vingt jeunes, n’ont pas eu accès à un vestiaire. Elles ont dû se changer dans une infirmerie de quelques mètres carrés, sans chaises, sans espace, et sans possibilité de prendre une douche après les matchs.

À la fin des rencontres, elles ont attendu que les garçons libèrent leurs vestiaires pour pouvoir enfin se changer, parfois en espérant simplement avoir de l’eau chaude. Et le pire c’est qu’on nous demande avant la rencontre s’il y aura des filles et combien ! Ce type de situation se répète régulièrement, où elles sont orientées vers une infirmerie, un local arbitre, ou d’autres espaces non prévus pour cet usage. À chaque fois, ce sont des solutions de fortune, qui ne garantissent ni intimité, ni confort, ni dignité.

« Ce type de situation est tout simplement inacceptable… »

Je tiens cependant à préciser que ce n’est heureusement pas le cas dans tous les clubs. Certains font l’effort d’anticiper et de prévoir un vestiaire dédié aux filles, pour l’ensemble des équipes concernées. Il est important de le souligner, même si cela ne devrait pas être une exception, mais simplement la norme. Ce qui pose problème, ce n’est donc pas la mauvaise volonté généralisée, mais l’absence de cadre clair et partagé. Les clubs qui agissent montrent que des solutions simples existent. Entre-temps, et depuis la publication de ma lettre ouverte, une autre éducatrice m’a également fait part d’une situation vécue le même week-end : ses quatre joueuses de moins de 8 ans ont dû se changer dans des toilettes.

Ce sont des enfants, et ce type de situation est tout simplement inacceptable. Ce qui est préoccupant, au-delà de l’inconfort matériel, c’est le message envoyé à ces jeunes joueuses : celui d’être accueillies comme une variable d’ajustement. À long terme, cela fragilise leur engagement, leur sentiment de légitimité et leur envie de poursuivre dans le rugby. Les nombreux témoignages reçus ces derniers jours montrent que ces situations ne sont ni isolées ni anecdotiques. Elles révèlent un problème structurel qui mérite d’être regardé collectivement et traité avec sérieux.

RA : Et pourtant, après vérification, pour être une école de rugby labellisée, la présence de vestiaires pour les filles est un des critères… Penses-tu que c’est le manque d’envie qui l’emporte chez certains clubs pourtant labellisés, ou vraiment un manque d’infrastructures proposées par les communes ?

Il serait trop simple de répondre uniquement par la “flemme”, tout comme il serait réducteur de tout mettre sur le dos des infrastructures communales. La réalité est souvent plus nuancée. Il est vrai que certaines communes ne disposent pas d’installations suffisantes ou parfaitement adaptées. Mais dans de nombreux cas, les équipements existent. Le problème se situe alors davantage dans les choix organisationnels et les priorités fixées le jour des plateaux. Le référentiel de labellisation des écoles de rugby est pourtant clair : l’accueil des filles, avec des vestiaires adaptés, fait partie des critères. Cela signifie que le cadre réglementaire existe déjà.

Ce qui pose question, c’est son application concrète et homogène sur le terrain. Lorsqu’un club ne dispose que de deux vestiaires, la solution est pourtant simple et relève du bon sens : un vestiaire pour les filles, un vestiaire pour les garçons, quel que soit le nombre. Cela peut impliquer de mélanger les catégories d’âge chez les filles, comme on le fait déjà parfois dans d’autres contextes, et cela demande effectivement de l’anticipation et de l’organisation.

RA : As-tu un exemple en tête ?

Prenons un plateau au stade de Beaublanc à Limoges (ndlr : dont le grand stade et la tribune de la piste d’athlétisme disposent de vestiaires, utilisés par les différents clubs de foot, d’athlétisme et de rugby). Les infrastructures sont conséquentes, et pourtant, quatre joueuses de moins de 8 ans ont dû se changer dans des toilettes. Avec plusieurs catégories présentes ce jour-là (M8, M10, M12), il est difficile de croire qu’aucune solution n’était possible pour regrouper les filles dans un ou plusieurs vestiaires dédiés. Ce n’est donc pas uniquement une question de moyens, mais bien de choix organisationnels.

À partir du moment où un club estime ne pas être en capacité d’accueillir un plateau dans des conditions dignes et équitables pour tous les publics, la question de l’attribution des plateaux et, plus largement, du maintien du label « Ecole de Rugby » doit se poser. Non pas dans une logique punitive, mais dans une logique de cohérence entre les critères affichés et la réalité vécue. Le respect de ces critères ne devrait pas être perçu comme une contrainte supplémentaire, mais comme une responsabilité éducative. Accueillir des jeunes, filles comme garçons, c’est aussi leur transmettre des valeurs d’égalité, de respect et de considération, dès les premières années de pratique.

Stéphanie Coudert : un cri du cœur pour améliorer les conditions du rugby féminin
Sur tous les fronts, Stéphanie reste également attentive à la mise en avant des jeunes

RA : On voit également que ce n’est pas toujours simple pour les autres catégories féminines de notre sport (cas des vestiaires pour les arbitres, les soigneuses, la dépréciation/non mise en valeur de certains matchs féminins régionaux notamment), penses-tu qu’il y a encore un décalage entre les paroles et les actes pour l’avancée du rugby féminin ?

Oui, je pense qu’il existe encore un décalage entre les discours et certaines réalités de terrain, même si des avancées importantes ont été réalisées ces dernières années. Le rugby féminin a clairement progressé : la médiatisation est plus forte, les joueuses internationales sont mieux reconnues, les compétitions sont mieux identifiées, les effectifs augmentent et les instances affichent une réelle volonté de développement. À haut niveau et dans certaines structures, les conditions se sont nettement améliorées, et il serait injuste de ne pas le reconnaître.

« Une reconnaissance incomplète »

En revanche, le fossé reste particulièrement visible au niveau amateur, et c’est là que se joue l’essentiel de l’avenir du rugby dont le rugby féminin. Dans les clubs, les compétitions régionales, et surtout au sein des écoles de rugby, les écarts entre les intentions affichées et la réalité vécue sont encore très marqués. On le constate à travers des situations récurrentes : des équipes féminines orientées vers des vestiaires arbitres ou des locaux annexes, des éducatrices ou soigneuses contraintes de travailler dans des conditions précaires, ou encore des matchs féminins peu valorisés en termes d’horaires, d’organisation ou de communication.

Ce sont des éléments qui peuvent sembler secondaires, mais qui, mis bout à bout, traduisent une reconnaissance incomplète. Il ne s’agit pas, dans la majorité des cas, de discriminations volontaires. Ce sont souvent des réflexes organisationnels hérités d’un rugby historiquement masculin, où le féminin est encore parfois pensé comme une pratique « en plus », et non comme une pratique à part entière.

Le véritable enjeu aujourd’hui n’est donc pas seulement de multiplier les discours ou les dispositifs, mais de traduire les ambitions dans le quotidien des clubs, dès le plus jeune âge : l’accueil dans les écoles de rugby, l’accès à des vestiaires dignes, des conditions de pratique et de soin correctes, et une valorisation équitable des matchs. C’est à ce niveau-là que se joue la crédibilité réelle des politiques de développement. Et c’est aussi là que les marges de progression sont les plus importantes.

Je reste convaincue que le rugby peut être exemplaire sur ces sujets. Mais cela suppose une vigilance quotidienne, un cadre clair et partagé, et une volonté collective de faire évoluer les pratiques et les mentalités, au-delà des intentions affichées.

RA : Et suite à ta lettre ouverte qui a notamment beaucoup tourné sur les réseaux sociaux et chez certains confrères médiatiques, tu as déjà eu des retours de la part de clubs, de la ligue régionale ou de la fédération ?

Depuis la publication de la lettre ouverte, j’ai surtout reçu de nombreux retours du terrain. Des éducatrices, des éducateurs, des parents, issus de clubs et de territoires différents, m’ont écrit pour partager des situations similaires à celles que je décris. Ces retours confirment que le problème ne se limite pas à un club ou à un week-end précis, mais qu’il concerne plus largement le rugby amateur, et parfois dès les écoles de rugby. C’est sans doute ce qui explique pourquoi la lettre a autant circulé : beaucoup de personnes s’y sont reconnues.

Concernant les instances, à ce stade, il n’y a pas encore eu de prise de position officielle ou de retour formalisé de la part de la Ligue ou de la Fédération. En revanche, je sais que le sujet est regardé et qu’il suscite des échanges en interne, ce qui est déjà un premier pas. Bruno Bancaud (ndlr : le président du comité départemental de Haute-Vienne) m’a contacté pour me remercier de mettre ce sujet en lumière dont il n’avait pas connaissance tellement ça lui semblait une évidence ! I

Il m’a dit que désormais le Comité imposerait systématiquement qu’un vestiaire soit à disposition des filles pour chaque plateau, et ce quelque soit le nombre. Il va y avoir une communication là-dessus et les CTC présents sur place seront garants du respect de cette règle. C’est tout ce que je réclamais, c’est donc déjà une première victoire au niveau local! Je reste évidemment ouverte à la discussion avec le reste des instances pour échanger à ce sujet, et merci de mettre en lumière cette problématique !

La lettre ouverte publiée au grand public

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