Reportage – Section Chailloise, et Paloise, l’état d’esprit du rugby amateur dans un « Pau » commun
Quels points commun partagent la Section Paloise et la Section Chailloise, qui évolue en Régionale 3, de la Ligue Centre-Val-de-Loire ? Beaucoup plus que vous ne l’imaginez, malgré les 600km qui séparent la préfecture des Pyrénées-Atlantiques, aux 2700 habitants de Chailles, petit village du Loir-et-cher. Un lien que seul le rugby pouvait tisser. Découvrez l’histoire étonnante et les belles conséquences qui en découlent…
Rugby, bonne bouffe et une passerelle nommée Yves Camdeborde…
C’est l’histoire d’un club, né il y a 3 ans, composé d’anciens joueurs de fédérale 3 (à Blois notamment), mais surtout de nouveaux, débutants, tous guidés par l’envie de prendre du plaisir sur un terrain, sans les contraintes du plus haut niveau. La fine équipe s’installe alors dans la proche banlieue de Blois, à Chailles exactement. Un terrain de foot à l’abandon leur tend les bras gracieusement par la Mairie. Un terrain occupé alors par des… moutons ! « On a tout retapé avec les premiers licenciés » nous dit fièrement Thibault Vernier, co-président et co-fondateur du club : « de la main courante aux poteaux, achetés et installés par nos soins, à la buvette bien sûr. »
Car oui, les gars du Loir-et-Cher sont de bons vivants. Il faut dire qu’il y a des 6 restaurateurs et chefs cuisiniers dans l’équipe, dont le président en personne. Pas étonnant de voir au menu des jours de match ou des soirs d’entraînements, des côtes de boeuf, des tartiflettes, du hachis parmentier, des lasagnes et autres plats biens préparés pour tenir aux corps athlétiques des avants… et des trois quarts ! « Jamais de sandwich » s’exclame Julien, centre de l’équipe, qui a joué en Crabos à Pau. Ah, voici donc le lien entre Pau et Chailles ? Pas exactement.


Tout est parti d’un membre du bureau, palois d’origine, qui au moment de trouver un nom au club, a proposé la Section Chailloise : « On se retrouvait dans les valeurs de ce club qui véhicule la transmission, la famille, la proximité. On a donc validé immédiatement » rappelle Thibault, qui poursuit avec une anecdote assez incroyable : « Yves Camdeborde, le papa d’une amie, a entendu parler de nous. Lui le Béarnais de naissance, nous a alors mis en contact avec Monsieur Bernard Pontneau, président de la section paloise, et Monsieur Lahore, le directeur général. »
Ces derniers, conscients des moyens financiers très limités du club naissant, ont offert un jeu de maillots complet, celui des espoirs, envoyé en express pour les premiers pas en Régionale 3. « On sait d’où l’on vient » avait alors clamé le président béarnais à son homologue de régionale 3. « Cet attachement au rugby amateur, ce parrainage en quelque sorte, nous a beaucoup touchés, et par votre article, je tiens au nom de tout notre club, à les remercier encore pour leurs gestes. » Des gestes au pluriel en effet, car la Section Chailloise a été invitée à venir au Hameau pour voir un match, ainsi qu’à la Défense, pour assister à l’In Extenso Seven.


Boue, huîtres et… bouclier
Ces premiers matchs avec les maillots de la Section Paloise sur les épaules, resteront gravés dans les mémoires de tous. Les couleurs vertes et blanches sont de rigueur pour la vie d’un club qui entretient l’esprit rugby amateur.
Il faut notamment du mental pour jouer sur le terrain du Cosson, qui dès les premières pluies devient un joyeux bourbier. Mais les joueurs du Loir-et-Cher n’en changeraient pas pour tout l’or du monde. Ils y sont attachés, et pas seulement par la boue automnale. Il est même de tradition, pour la « der » de l’année à domicile, de sortir des huîtres et de les partager avec les adversaires du jour sur le terrain. En l’occurrence ici, Saint-Amand Orval, battu dimanche dernier dans les dernières secondes de la partie…98-10. Dans la boue donc, et la bonne humeur surtout, car l’état d’esprit y est présent tout le temps, à l’inverse des brins d’herbe sur l’ex terrain de foot.




Des adversaires choyés au moment de trinquer et manger un bout : « On fait régulièrement un cochon à la broche. Les adversaires sont contents aussi de manger chaud, on fait des grandes tablées avec le vin de nos 3 vignerons qui jouent avec nous, donc tout ça va bien ensemble » sourit Thibault, qui précise : « Généralement, nos adversaires ne veulent pas rater le match à Chailles, même si ça fait un peu de route » (rires)
Cet état d’esprit, cultivé aux quatre coins de la France, est central pour prendre du plaisir sur et en dehors du terrain. Il débouche même sur un développement étonnant : « La bonne humeur et le bien vivre ensemble, à notre niveau, c’est fondamental. On a des mecs qui bossent le lendemain, des pères de familles qui viennent s’y filer, il faut au moins qu’au coup de sifflet final, ce soit convivial. D’ailleurs, les autres clubs s’y mettent, au point d’assister à un petit championnat parallèle des réceptions, c’est vraiment sympa ! »
Pour ce qui est de l’autre championnat, celui de Régionale 3, les résultats sont plutôt très bons aussi cette année. Comme sa grande soeur en Top 14, la Section Chailloise pointe à la deuxième place de sa poule, et vise un premier bouclier régional pour écrire l’histoire de ce club : « Un bouclier qu’on irait présenter aux dirigeants de Pau évidemment, ce serait vraiment fantastique ! » conclut président Thibaut.
Les 400 supporters en moyenne pour chaque match à domicile ne seraient pas contre cette belle issue. Le bureau, comme certains ventres, s’est étoffé. De quoi appréhender les prochains défis avec sérénité, comme de créer une école de rugby. Une petite section dans la grande, encore…
















