Reportage Régionale 1 – Le SC Rhétais fait « Ré »yonner son île
Le Sporting Club Rhétais, seul club présent sur l’île de Ré, a été promu cette saison en Régionale 1 Nouvelle-Aquitaine. La formation marichentaise, en plein essor, espère se pérenniser à cet échelon, mais doit faire face à des soucis d’effectif liés à sa position géographique. Antoine Trellu, l’entraineur de l’équipe fanion, nous emmène à la découverte du SCR, une structure atypique avec une identité locale bien ancrée. Appareillez pour un beau voyage, vers le grand large… (Par Loulou / Photos @Stéphane Gautron)

Le SC Rhétais fait partie intégrante du paysage local de l’île
Dans le golfe de Gascogne, au large de La Rochelle, se trouve la quatrième plus grande ile de la France métropolitaine : l’île de Ré. Ce lieu très prisé des vacanciers est réputé pour ses belles plages, ses marais salants ou encore sa douceur de vivre incomparable. Pour les milliers de touristes qui se rendent chaque année sur Ré la Blanche (surnom donné en raison de la teinte caractéristique des maisons traditionnelles), le phare des Baleines et le port de Saint-Martin-de-Ré sont des sites incontournables, tout comme les longues pistes cyclables en bord de forêt. Mais savent-ils que l’île héberge également un club de rugby depuis 1970, qui se nomme le SC Rhétais ? C’est moins sûr.


Le phare RugbyAmateur se charge donc de mettre en lumière cette association sportive rhétaise, à travers les explications d’Antoine Trellu, l’entraineur de l’équipe fanion depuis trois saisons. Alors on referme le guide touristique de l’île de Ré et on prend la direction de la commune de La Flotte, où se trouve le lieu de vie du SCR, avec le seul et unique terrain de rugby de la contrée. Le jeune coach de 33 ans, originaire de Catalogne, commence par nous pousser les portes de son vestiaire, promu cette année au plus haut niveau régional néo-aquitain :
“On a environ 60 licenciés sur l’effectif senior, ce qui pourrait laisser penser que c’est suffisant pour aligner deux équipes tous les dimanches, mais finalement ça s’avère être un peu juste. On a un groupe assez diversifié avec des gars qui jouent au rugby depuis tout petit et qui font de la compétition une priorité et d’autres qui sont venus sur le tard, voire même des débutants pour qui c’est plus un loisir. Il peut donc m’arriver d’avoir 25 absents sur un week-end, ce qui complique les choses pour aligner une équipe B complète. On a dû faire un forfait en réserve (au Pays Médoc lors de la 3ᵉ journée), on a grillé notre joker. »


« On perd pas mal de joueurs saisonniers en fin de saison »
On pouvait s’en douter, ce côté insulaire avait de grandes chances de limiter la profondeur d’effectif du SCR, et ça n’a pas loupé. Mais ce n’est pas tout, en plus d’avoir un groupe limité en nombre dû à l’isolement géographique, Antoine Trellu est confronté à un autre problème majeur« L’une des principales difficultés au SC Rhétais, c’est que l’on a pas mal de joueurs qui sont saisonniers sur l’ile. Du coup, à partir de mi-avril jusqu’à la Toussaint, tu perds une bonne dizaine de gars. Et l’an dernier en Régionale 2, on l’a payé. Après une phase qualificative très aboutie, où l’on ne perd que trois matchs, on n’a ensuite pas pu exister en phase finale avec une équipe amoindrie », regrette l’entraineur, avant d’aller plus loin :
« Même si l’on avait déjà assuré la montée, c’est un peu frustrant de ne pas pouvoir se récompenser en alignant l’équipe la plus compétitive possible au printemps. On a du mal à stabiliser l’effectif, donc du mal à se pérenniser sur le long terme en compétition. Résultat, on fait souvent la navette entre la Régionale 2 et la Régionale 1. » Comme beaucoup d’autres formations de l’Hexagone, cette marche de la R1 est délicate à enjamber, car présenter une équipe réserve complète tous les dimanches est rendue obligatoire. Avec cette difficulté d’effectif trimballé comme un coquillage dans sa chaussure, le SCR a forcément plus de mal à tenir en équilibre.


« Casser cette idée que c’est loin pour venir jusqu’à nous »
Pour exister à cet échelon, pas le choix, il faut plus de monde à La Flotte. Et pour ce faire, le Catalan brise un mythe : « Il faut vraiment casser cette idée que c’est loin pour venir jusqu’à nous. Depuis La Rochelle, ce n’est pas plus long de se rendre ici que vers les autres clubs aux alentours comme Surgères, Rochefort ou bien Marans. En plus, les joueurs ont la carte pour emprunter le pont sans avoir à payer. » Un avantage intéressant, mais pour l’heure insuffisant pour le SC Rhétais, comme l’indique Antoine Trellu.
« C’est dur d’attirer du monde car il y a pas mal de clubs de régionale autour de La Rochelle, même si l’on est désormais le seul du secteur à évoluer en R1. On a un peu recruté, mais on espère que l’on va pouvoir continuer à agrandir notre effectif. Aujourd’hui, une majorité de nos licenciés viennent du continent, mais il y a toujours une quinzaine de purs Rétais, qui vivent sur l’ile. »


« L’ambiance est superbe et le club attachant, on retrouve une vraie identité locale »
L’entraineur venu du sud de la France ne promet pas de gros chèque, comme on peut le voir ici ou là dans d’autres clubs de cette division, mais un décor exceptionnel agrémenté d’un ADN rhétais séduisant. « Le cadre est vraiment sympa ici. La vie est agréable, tu as l’impression d’être tout le temps en vacances. Le complexe est top, avec une équipe de bénévoles aux petits soins, l’ambiance est superbe et le club attachant.
Il y a un engouement les jours de matchs, même si je pense qu’il y a du potentiel pour faire encore mieux. On retrouve une vraie identité locale, pour certains gravée dans la peau, car pas mal de joueurs ont fait le tatouage du petit crabe qui est l’emblème du club. »


Entouré d’un staff complet, Antoine Trellu forme un binôme en équipe première avec Rémi Delavallée, un ancien joueur pro passé par Montauban, Pau ou encore La Rochelle dans les années 2000. « Rémi gère les avants et moi la partie trois-quarts tout en chapeautant le tout. En réserve, on a également un duo de coachs », détaille le Catalan d’origine, avant de nous livrer les ambitions sportives du SCR:
« On est des compétiteurs, on veut viser le plus haut possible en essayant de rivaliser avec les autres équipes de la poule. Notre objectif, c’est de montrer que l’on est mesure de lancer une dynamique sportive sur l’ile et que l’on est capable d’avoir un effectif suffisant pour se pérenniser au plus haut niveau régional. On est convaincu du potentiel. »


Le promu débute son exercice 2025/2026 par six déplacements de suite
Pas de complexe d’infériorité pour le promu rhétais, qui cherche donc à regarder droit dans les yeux ses adversaires aguerries du groupe 1 de Nouvelle-Aquitaine. Toutefois, les retrouvailles avec le plus haut niveau régional ont été confrontées à un autre souci d’ordre logistique :
“On connaît une autre difficulté en ce début de saison, c’est que l’arrosage de notre terrain a été refait cet été, ce qui nous a bloqué l’accès à la pelouse jusqu’à aujourd’hui. Et comme il n’y a pas d’autres stades de rugby sur l’ile, on a dû aller sur un petit terrain sans lumières, on a fait avec des poteaux de chantier, bref ce n’était vraiment pas l’idéal. On a dû galérer quelque temps à s’entrainer dans de mauvaises conditions et surtout, on doit commencer par six déplacements consécutifs, donc ça complique les choses. »


Le Sporting Club Réthais vient de boucler ses six voyages de suite, pour une seule victoire, sur le terrain d’un autre promu, le RC Lège Cap Ferret (succès 18-17 lors de la 4ᵉ journée). « On a enfin lancé notre saison avec cette victoire à l’arrachée. J’espère que l’on va pouvoir enchainer avant d’avoir enfin nos réceptions à domicile. C’est un succès important qui va permettre de souder le groupe. Moi qui suis ici depuis trois saisons, je pense que c’est l’un de nos meilleurs matchs au niveau du contenu produit. »
La semaine suivante, le SCR a tenu tête au leader du RC de la Pimpine, sans toutefois ramener de points de son déplacement (défaite 20-10). Pour finir, la série de six déplacements consécutifs s’est terminée par une lourde défaite sur le terrain de Cestas, en Gironde (41-10). Les Rhétais pointent actuellement à la 9ᵉ place de la poule et vont pouvoir, enfin, évoluer à domicile à partir de ce dimanche 16 novembre.
Et c’est une réception déjà décisive pour le maintien qui se profile face à la lanterne rouge de Chauray. Sur les neuf prochaines rencontres, les Charentais en disputeront huit dans leur jardin. Une période profitable pour les joueurs d’Antoine Trellu, qui auront l’occasion de faire « ré »yonner leur ile, avant l’arrivée du printemps et de ses écueils saisonniers…


Le parcours d’Antoine Trellu, l’histoire d’un Catalan expatrié sur l’île de Ré :
Originaire de Catalogne, Antoine débute le rugby à la Jeunesse olympique pradéenne Conflent Canigou. Son parcours scolaire l’emmène ensuite un peu plus au nord, à Albi, une période durant laquelle il évolue du côté de Gaillac, en Bélascain, puis avec les seniors. Le jeune homme poursuit ses études à Toulouse et participe à des tournois avec l’équipe d’Airbus. Quelque temps plus tard, après avoir bouclé son cursus, il prend la direction de La Rochelle, mais un problème de genou le contraint à sortir du rectangle vert.
Au sein de l’Ovalie Club Villeneuvois-La Rochelle, il fait la rencontre de Florian Bougerol, aujourd’hui pilier au RC Niort en Nationale. C’est ce dernier qui a fait traverser Antoine Trellu du côté de l’île de Ré : « Je ne pouvais plus jouer, mais je voulais à tout prix rester dans le milieu, donc je suis passé entraineur avec Florian. Il a eu une opportunité de partir sur l’ile de Ré et je l’ai suivi. » Depuis trois ans maintenant, le Catalan a posé ses valises sur Ré la Blanche, pour son plus grand bonheur et celui du SCR.














