Reportage – Jonathan Michalak : “XV et XIII, deux cultures très différentes.”

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Jonathan Michalak, formé à l’école quinziste depuis son plus jeune âge, est un homme de défis. Pour preuve, à la fin de la saison passée, il n’a pas hésité, à 30 ans, à quitter l’Isle Jourdain pour rejoindre les Toulouse Broncos, membre du Championnat Élite de rugby à XIII. Nous l’avons rencontré afin qu’il nous livre ses impressions sur ses premiers mois de joutes treizistes… (Par Marco Matabiau).

En mai dernier, Jonathan Michalak, 30 ans, talonneur de l’US Lisloise (Fédérale 2), biberonné à XV depuis ses 5 ans, passé par Blagnac, le Stade Toulousain ou encore Gaillac, a choisi de “passer à XIII” comme on disait autrefois. N’allez pas pour autant penser qu’il a fait cela sur un coup de tête : “J’avais découvert le XIII en scolaire au Lycée Toulouse-Lautrec en 2008, au sein de la section sportive créée par Sébastien Bouche. Je jouais avec les frères Kriouache. On avait gagné le championnat de France UNSS en juniors. Depuis, ça me piquait et je me disais que je voudrais bien essayer de jouer en club.

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Jonathan Michalak, toute barbe dehors, en tête du groupe lislois avant le seizième de finale aller contre Villefranche en mai 2018 (Photo Chris Farmer).

Jonathan estimait que c’était le bon moment pour franchir le pas : “J’ai 30 ans, je ne suis pas encore “cramé”, il n’était donc pas trop tard pour tenter l’expérience d’évoluer à un haut niveau, au moins une année complète.” Inutile de préciser que l’ex-Lislois se donne à fond dans sa nouvelle expérience: “J’avais la possibilité de garder une double licence XV – XIII, mais je n’ai pas voulu. Je voulais m’impliquer à 100% dans ce nouveau challenge.” Autre élément déterminant dans sa démarche : le changement des règles de plaquage à XV. Il le reconnait volontiers : “Vouloir protéger les joueurs et réduire le nombre de blessures graves, c’est très bien, aucun souci là-dessus. Mais là, on dénature le rugby. A mon avis, ce qui compte, c’est d’apprendre, dès le plus jeune âge, les bonnes techniques de plaquage, comment placer sa tête et ses épaules pour éviter de se faire mal.

A peine arrivé, Jonathan touche déjà du doigt les différences majeures entre les deux sports. En premier lieu, à l’entraînement, l’intensité n’est pas la même: “On s’entraîne trois fois par semaine avec séances de musculation au préalable. Lors de ces séances, on travaille beaucoup l’explosivité et la vitesse. Sur le terrain, c’est beaucoup de cardio, avec des activités spécifiques tels que la “navette australienne” ou des “Malcolm”, un exercice à base de sprints sur 10 ou 20 mètres avec passage au sol. Je dois avouer que lors des premiers entraînements, je n’étais pas loin de vomir.” La spécificité de ce sport pousse également les coachs à beaucoup travailler la lutte, dont la connaissance et la maîtrise s’avèrent très utiles au moment du plaquage. Comme l’explique Jonathan: “Quand tu plaques, le but, c’est de dominer le mec en face, le mettre sur le dos, de manière à ralentir au maximum la réalisation du tenu et à permettre à ton équipe de se replacer.”

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Face aux Ours saint-gaudinois, le néophyte n’a pas hésité à donner de sa personne (Photo Bernard Rieu).

“Il y a de la musique dans les vestiaires, chacun se prépare à sa manière. A XV, on était plus dans une approche collective de la motivation.”

L’aspect technique de l’entraînement est également très différent : “On fait beaucoup de jeu de passes, de ligne. On enchaîne les courses et le travail d’appuis. J’ai l’impression de m’entraîner comme un trois-quart. C’est sûr que ça change des touches et des mêlées.” Par conséquent, Jonathan avoue être plus affuté que jamais (il est passé de 105 à 100 kg en quelques mois), ce qui l’aide à affronter la dure réalité du terrain: “J’évolue au poste de pilier. Lors du premier match face à Saint Gaudens, j’ai joué 25 minutes. J’ai un peu explosé. Contre Lézignan, une des grosses cylindrées du championnat, j’ai joué trente minutes. Je me suis mieux senti. A mon poste, on me demande surtout de plaquer et de porter le ballon sur les premiers tenus.” Deux rencontres qui se sont soldées par des défaites, mais tout n’est pas négatif : “On a une équipe composée à 80 ou 90% de jeunes issus du centre de formation, avec quatre ou cinq joueurs plus expérimentés. Physiquement on est dans le dur, mais on travaille pour s’améliorer.” Les changements ne se limitent pas au rectangle vert. En effet, l’ambiance d’avant-match est elle aussi quelque peu différente: “La culture n’est pas la même. On est plus dans une culture anglo-saxonne. Il y a de la musique dans les vestiaires, chacun se prépare à sa manière. A XV, on était plus dans une approche collective de la motivation.

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Au rugby à XIII (et pour le plus grand bonheur de Jonathan), pas de problème de règlement: le “gang tackling” est bel et bien autorisé (Photo Bernard Rieu).

Enfin, Sébastien Raguin, l’entraîneur, des Broncos, nous donne son point de vue sur sa nouvelle recrue : “Il arrive avec une excellente mentalité, il a soif d’apprendre.” Néanmoins il se presse de reconnaître: “Ce n’est pas le même sport, même si le point commun reste la forme du ballon. Jonathan va avoir besoin d’une période d’adaptation, notamment technique. C’est tout à fait logique. Ce qui est important, c’est qu’il est très volontaire, très impliqué.” Avec un tel état d’esprit, nul doute que Jonathan met tous les atouts de son côté pour mener à bien le défi de taille qu’il s’est lancé.

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La proximité des vestiaires du XV manquera-t-elle à Jonathan ?

 

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