Reportage – Gaillac-Toulon, un après-midi au coeur du rugby féminin

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A l’évocation du nom de ces deux grandes villes du rugby que sont Toulon et Gaillac, un vent de nostalgie souffle sur la mémoire des anciens. Mais comme chacun le sait, la destinée des deux clubs n’a pas suivie la même trajectoire. Alors que l’équipe masculine recevait Villefranche de Lauragais au stade Laborie à 15h, les féminines, elles, étaient donc contraintes de déménager sur un terrain plus champêtre que jamais, situé à côté d’un aérodrome, pour disputer un match de championnat calé à… 13h30. Une terrain ouvert aux quatre vents que l’Autan en emportait par rafales. Une poignée de supporters a malgré tout répondu présent. Les deux équipes aussi, offrant un suspense haletant, et démontrant que nous avions devant nous des jeunes femmes à fort tempérament… (par Jonah Lomu, photos Christophe Fabriès)

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Arrivée des gladiatrices

Si les voyages forment la jeunesse, ils formeront aussi les caractères de ces demoiselles passionnées de ballon ovale. Car à l’heure où l’on s’extasie devant le XV de France féminin, la refonte des poules et des niveaux l’an passé a provoqué quelques grands écarts. Au score notamment pour le niveau élite, où certaines équipes repartent les soutes remplies de valises bien chargées, mais aussi au niveau géographique. Jugez plutôt, les Toulonnaises sont dans une poule où l’on retrouve les réserves de Blagnac, du Stade Toulousain, et de Montpellier. Rajoutez-y le Pays sud toulousain, le TCMS, Castres et Gaillac, et vous aurez compris que ces filles connaissent bien les aires d’autoroute du sud de la France. Mais attardons-nous sur la rencontre opposant les héroïnes du…rouge et le noir.

Dire que l’entame a été en faveur des Toulonnaises serait un doux euphémisme. Car sur une belle attaque en première main, l’inoxydable Virginie La Porta finit parfaitement le travail derrière la ligne tarnaise. Vidal transforme (0-7, 3ème). Le ballon s’envole vers les ailes, sans que le vent en soit la cause. Non, les deux équipes semblent réellement partager les mêmes intentions de jeu. Mais les visiteuses sont plus précises en ce début de partie. Sur une nouvelle attaque en première main, elles récitent leur rugby : redoublée, prise d’intervalle, accélération, croisée et Lisa s’éChappe au milieu des perches. Vidal transforme sans problème. 0-14, on craint alors le pire pour des Gaillacoises décontenancées.

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Et un essai…
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Et deux essais !

D’autant plus qu’elles perdent dans la foulée leur deuxième ligne Mélanie Bourgogne. Sur une percussion, la malheureuse avance mais finit sa progression par une torsion du genou. Son cri de douleur ne laissait guère d’espoir sur la suite de la partie. A 17 sur la  feuille de match, un remplacement déjà effectué au quart d’heure, on se dit en effet que le match va être long, très long, pour les locales qui évoluent contre le vent, rappelons-le.

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Portée par les entraîneurs et soigneurs des deux camps, Mélanie bourgogne ne reprendra pas le jeu

Un vent que les Varoises utilisent à bon escient pour renvoyer le jeu loin de leur ligne. Djémila Ihmanang fait parler sa puissance, mais son homologue tarnaise, Grasset, en troisième ligne centre, n’est pas en reste, et distribue de belles cartouches. Sa compère de la troisième ligne, Emeline Saux, souvent sollicitée en touche, ne laisse pas sa part au chien non plus, et fait honneur à son idole Thierry Duautoir, pour plaquer à tour de bras.

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Djemila Ihmanang n’est pas restée dans l’ombre très longtemps

Malgré une gêne à la cuisse, Saux se donne aussi en attaque, et provoquera même un carton jaune à l’encontre de La Porta, pour un plaquage jugé haut par Bérénice Loubet, l’arbitre du jour. Mickolajczack (prononcez Micolajak) s’envoie elle aussi, tant en défense où elle se fait remarquer par un bel arrêt buffet, qu’en attaque, où sa percée sur 40 mètres n’est stoppée que par la volonté et le courage de la Toulonnaise Lisa Chappe, petit brin de fille novice dans le rugby, mais pas dépourvue de tempérament décidément. Le score restera inchangé jusqu’à la pause.

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Mickolajczack file à l’essai. Non ! La centre tarnaise sera reprise par Lisa Chappe (14)

Un renversement de situation improbable…

La seconde période repart sur le même tempo que la première, mais gâchée par un nombre incalculable d’en avants. Le rythme de la partie s’en ressent. Mêlée, touche, ballons perdues, en avants, le match, à l’inverse des petits avions situés à 100 mètres de là, n’arrive pas à prendre son envol. Pas même sur une pénal touche qui échappe aux mains gaillacoises, qui gâchent une nouvelle munition de choix. Tout comme sur une mêlée aux 20m pourtant propice à un bon lancement de jeu, mais annihilé par un… en avant. Entre temps, Loporta a repris sa place dans les rangs varois, alors que Muriel Cougot fait le chemin inverse pour un coup très douloureux reçu sur le nez.

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La Porta et Vaysse face à face, deux joueuses qui sentent vraiment le rugby

De son côté, Léa Vaysse fait parler sa technique à l’ouverture. La Tarnaise, plus à son aise en seconde période, distille le jeu à bon escient, à la main comme au pied. Elle met sous pression les visiteuses en trouvant des bonnes touches. Mais la sculpurale Cheyenne Dalverny plane dans l’alignement et pourvoit sa charnière de ballons pourtant disputés par Saux.

Le chronomètre tourne, Maylis Moreno, l’arrière locale, qui a elle aussi pris la mesure du vent, prend une pénalité aux 40 mètres. Sa tentative est précise mais passe sous les perches. Le tournant du match intervient quelques instants plus tard. Sur un renversement de jeu bien senti par Léa Vaysse, Lisa Chappe tend la corde à linge. L’arbitre n’hésite pas une seule seconde : carton rouge. les yeux bleus de la jeune varoise sont rougis par la colère, mais la sanction reste logique.

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Cheyenne Dalverny  (à droite) a livré une belle bataille aérienne

Les entraîneurs toulonnais renvoient sur le front leur “super Djemi” pour endiguer les assauts adverses. Les Gaillacoises campent dans le cas varois. Et vont finir par trouver la faille par Pauline Séguier. Vaysse transforme. A 7-14, tous les espoirs sont permis pour les Tarnaises, mais elles se mettent la pression sur le renvoi, ce dont profitent les Toulonnaises, qui récupèrent le ballon et bénéficient d’une pénal touche… perdue sur le lancer, mais retrouvé sur un en avant. Mêlée à suivre, les Tarnaises se mettent à la faute. Le banc de touche crie de prendre les trois points offerts, puisque pratiquement en face des perches à 15m.

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Pénalité. 3 points assurés, a priori. Mais…

Mais les plus faciles sont les plus compliquées parfois et le ballon frôlera le poteau gauche. La chance venait-elle de choisir son camp ? Peut-être car dans la foulée, les Gaillacoises, courageuses et volontaires, reviennent dans le camp adverse, envoient une dernière attaque qui rebondit côté droit, dans les mains de Grasset, plus déterminée que jamais, que personne ne reverra, si ce n’est sous les poteaux. Léa Vaysse n’a plus qu’à transformer pour égaliser. L’ouvreuse ne tremble pas, c’est chose faite, 14-14, fin du match.

Chaque équipe a eu sa période, et Toulon pourra regretter quelques occasions gâchées. Les Gaillacoises pourront quant à elles se féliciter de n’avoir jamais lâché, et ont bien mérité leur surnom de lionnes. Tout ce beau monde s’est retrouvé à la réception d’après match, dans la joie et la bonne humeur, où chaque équipe poussait la chansonnette tout en partageant un petit buffet campagnard bien garni. Les Varoises reprenaient la route pour plusieurs heures de bus. Les locales reprenaient une part de gâteau pour plusieurs heures de convivialité partagée.

Oui, ces demoiselles véhiculent les bonnes valeurs du rugby, quelles que soient les conditions proposées par les institutions. Que ce soit sur ou en dehors du terrain, elles se bâtissent de beaux souvenirs pour la vie et écrivent avec passion leur propre histoire. Et nous, plus modestement, la leur…

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Grasset file sous les perches. saux lui montre le chemin au cas où elle aurait oublié

Réactions

Virginie La Porta (centre inoxydable de Toulon) : On fait une bonne entame, on marque deux essais, mais on a cru que c’était acquis et les Gaillacoises sont revenues petit à petit, je ne m’attarderai pas sur l’arbitrage. Cette pénalité manquée à la fin nous fait mal, comme quoi, rien n’est acquis. C’est bien pour elles, pour une équipe qui était en Armelle Auclair, c’est une belle performance. Nous avons deux années d’existence, donc on apprend, on visait le maintien, et on a passé la saison dans les trois ou quatre première places, donc l’objectif est déjà atteint

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La Porta n’a pas apprécié son carton jaune

Pascal Picard (coach “zen” de Toulon) : On fait un très bon premier quart d’heure où l’on récite notre rugby contre une équipe que l’on domine, dans la conquête et dans le jeu au large, mais ensuite on balbutie notre jeu, en commettant beaucoup de fautes de mains, comme nos adversaires. On joue à 14 pendant pratiquement une mi-temps. Les joueuses se plaignent l’arbitrage mais selon moi, ce n’est pas une bonne excuse, on laisse filer ce match qui était largement à notre portée. On va dire que ce match nul est somme toute mérité pour les deux équipes : nous pour notre premier quart d’heure, et les Gaillacoises pour tout le reste (rires).

Marie Grasset (Picamoles gaillacoise) : On a rien lâché malgré un début de match catastrophique, on n’a pas paniqué, et on s’est rebellées en seconde période, et on marque à la fin. Mon essai ? Je sais pas d’où ça vient, j’ai pris le ballon, sans réfléchir, j’ai visé la ligne et j’ai marqué.

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Marie Grasset dans un cad’deb d’école ? Non !!!

Léa Vaysse (10…positaire du jeu gaillacois): On prend deux essais d’entrée, donc au niveau confiance, on ne pouvait pas faire pire. Mais la réaction collective de l’équipe nous a permis de revenir en seconde mi-temps. Et sur une très bonne décision de Marie (Grasset) qui visiblement avait envie de marquer, elle y est allée toute seule. On est bien contentes pour elle… et pour nous !

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Petite chistera, Léa sait tout faire

Emeline “Du…Saux…toir” (3ème ligne aile Gaillac) : On a commencé ce match avec beaucoup d’absentes, plus deux nouvelles blessées aujourd’hui. Vu notre entame, on en faisait pas les fières, mais on fait une grosse deuxième mi-temps. Mais Marjorie Rigal, en bonne capitaine qu’elle est, a su nous remobiliser à la mi-temps, grâce à une beau discours. Et grâce aux encouragements de nos fidèles supporters, on a tout donné. Comme Marie (Grasset) qui est partie motivée comme jamais pour aller marquer cet essai, comme si elle se rendait dans un Mc Do. Tant mieux pour nous, place à la fête maintenant !

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Saux foot !

Exclusif :
La réaction de Léa “A star is born” Barboule (9, 10, 15, et plus encore, véritable couteau suisse gaillacois ) :
 Oui, je regrette vraiment de ne pas avoir pu jouer ce match, car je pense que j’aurais pu apporter toute ma science du jeu et faire basculer la rencontre. En toute objectivité et modestie bien sûr… (rires)

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La Barboule, lunettes aussi brillantes qu’elle, était autorisée à rentrer sur le terrain grâce à son “pass partout”. On espère revoir le phénomène en tenue de match le plus rapidement possible.

Merci à Christophe Fabriès pour ses superbes photos

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