Régionale 1 : un renfort « pro » pour sauver Châteauroux soulève un débat d’équité et de sécurité
Entre crispation, exaspération et incompréhension. Depuis l’arrivée il y a quelques semaines du joueur fidjien de 23 ans, Tevita Sabola, au Rugby Athlétique Club Châteauroux , les acteurs de la poule unique de Régionale 1 Centre-Val de Loire ont ouvert un débat d’éthique et d’équité sportive, qui n’est pas près de se refermer. En position de relégable à trois journées de la fin, les Castelroussins ont depuis remporté deux matchs décisifs grâce à l’apport de leur recrue supersonique venue de Carcassonne, leur permettant de valider leur maintien au nez et à la barbe de leurs concurrents. Ces derniers, exaspérés et quelque peu apeurés par ce recrutement XXL en plein sprint final, soulèvent les modalités d’un transfert, certes légal, mais dont les modalités restent floues et les enjeux conséquents… (Photos ©NR, Thierry Roulliaud)


Châteauroux obtient son maintien en Régionale 1, mais à quel prix ?
Champion de France Espoirs avec l’Union Bordeaux Bègles l’an passé, et joueur au sein du club professionnel de l’US Carcassonne depuis le début de la saison (avec les Reichel Espoirs), Tevita Sabola a débarqué en février dernier dans le Berry pour jouer en… Régionale 1, à Châteauroux. Ou plutôt pour sauver le RACC, en grande difficulté sportive et au bord d’une relégation historique en Régionale 2.
Sans connaître les modalités exactes de son arrivée, le centre fidjien de 23 ans a bien été qualifié pour jouer les trois dernières rencontres. Ses qualités de joueur de haut niveau n’ont pas tardé à peser dans la balance, en permettant à sa nouvelle équipe de remporter le match de la peur à Fleury-les-Aubrais (34-40), puis face à Bracieux (43-17).
Auteur de cinq essais en deux matchs, de courses folles et de multiples actions décisives, l’Ilien a créé la controverse, notamment chez les concurrents directs pour le maintien, qui se sont sentis lésés et désavantagés par l’apport soudain du puissant trois-quarts centre. « Il est difficile de ne pas constater que ce joueur possède des qualités physiques et techniques largement supérieures au niveau de la Régionale 1. Ce qui soulève naturellement des interrogations légitimes quant à sa présence dans notre poule, et ce, à un moment clé de la saison », souffle Stéphane Gaveau, le président du RC Romorantin Sologne, dont l’équipe fanion vient de se faire doubler au classement par le RACC dans ce sprint final.


« La sécurité sur un terrain doit rester une priorité absolue, quelles que soient les circonstances »
Le dirigeant ajoute : « Dans le contexte actuel, où plusieurs équipes jouent leur maintien, il est légitime de s’interroger. Certaines décisions peuvent-elles influencer l’équilibre sportif ? Un club comme le nôtre, ancré en Sologne, dérange-t-il à ce niveau de compétition ? La question mérite d’être posée », s’interroge le président du RCRS, qui met également en cause la sécurité de ses joueurs : « Depuis le début de l’année, les instances du rugby français ne cessent de rappeler l’importance de la protection et de la santé des joueurs. La sécurité sur un terrain doit rester une priorité absolue, quelles que soient les circonstances. »
Le président de Romorantin souligne avec insistance un point qui en effet, est souvent mis en avant ces dernières années, surtout à l’approche d’un match décisif contre… Châteauroux : « Oui, il est de notre devoir de rappeler que cet engagement doit être cohérent et respecté à tous les niveaux de compétition. À l’approche de notre rencontre dans deux semaines face à Châteauroux, nous ne cachons pas notre inquiétude quant à la sécurité de nos joueurs. Nous serons particulièrement vigilants et nous tenons à être très clairs : en cas de blessure, grave ou non, toutes les responsabilités seront étudiées et des suites pourront être engagées auprès des instances concernées, de la Fédération Française de Rugby ainsi que du club de Châteauroux. »
Très attaché à ses joueurs, Stéphane Gaveau sait que ses troupes défendront chèrement leur peau, avec leurs armes, mais le principal est ailleurs : « Soyons clairs : nous recevrons l’équipe de Châteauroux avec nos valeurs, notre courage, et une seule ambition : le maintien. Sur le terrain, dans le respect du jeu, mais sans jamais transiger sur la sécurité des nôtres. Le Rugby Club Romorantin Sologne restera fidèle à ce qu’il est. »
Ce fameux maintien, Châteauroux l’a de son côté déjà obtenu, à une journée du terme, mais à quel prix ?


« Une commission fédérale a accordé la licence, sans doute que le RACC possède quelques appuis »
Le président du comité Centre-Val de Loire, Rodolphe Estève, a quant à lui été assailli de messages de la part des clubs de la poule, qui ne comprennent pas comment un tel recrutement a pu être accepté à ce moment de l’année. Ce dernier s’est exprimé à ce sujet pour La Nouvelle-République : « Je comprends la colère des clubs, mais je ne peux pas annuler cette licence. Quand il s’agit de joueurs amateurs qui arrivent hors période, il y a interdiction d’aligner ces recrues en équipes premières après le 31 décembre. Ces joueurs concernés peuvent éventuellement jouer avec les réserves. »
Sauf que Tevita Sabola n’est pas un joueur amateur : « Comme il s’agit d’un joueur issu d’un club professionnel, c’est la Fédération qui s’occupe de cette demande. Plus précisément une commission fédérale qui a accordé la licence. Sans doute que le RACC possède quelques appuis », estime le président, non sans un brin d’ironie et même de provocation.
Mais alors, comment le club castelroussin a-t-il pu s’offrir les services de Tevita Sabola en plein mois de février ?
Si l’on peut se douter que le Fidjien n’a pas posé ses valises dans l’Indre que pour la beauté des paysages locaux (une rumeur insistante, de la part de clubs adverses, parle d’une prime qui serait de 1400€ par match !), le RACC a uniquement tenu à rappeler que « Cette situation a été traitée dans le respect des règlements en vigueur, et selon les décisions des instances compétentes. Dans un contexte où chacun doit faire preuve de responsabilité, le RACC ne souhaite pas entretenir de polémique inutile et réaffirme son attachement au respect des institutions, des adversaires et du jeu. Le club reste concentré sur l’essentiel : le terrain, ses licenciés, ses bénévoles, ses partenaires et son public. »
Sur le terrain comme en dehors, suite à un prétendu « putsch » présidentiel, qui oppose l’actuel (Frédéric Prot) et le désormais ex-président (Nicolas Bandaly), Châteauroux attire décidément l’attention. Le dossier « Sabola » reste ouvert, la polémique, aussi. Entre le dossier Noha Loubéty, des matchs amicaux qui servent à purger des suspensions, et ces transferts de dernière minute entre monde pro et amateur, nul doute que du côté de Marcoussis, ces sujets seront traités avec beaucoup d’attention, et les décisions qui en découleront, aussi…














