RC Marseillais (R3) : au bord de la faillite, le club des quartiers nord vers un OM Rugby ?
Ce n’est un secret pour personne : le cœur de la Cité phocéenne, soumis à bien des émotions ces dernières semaines, bat au rythme du football. Son peuple adule religieusement l’Olympique de Marseille, mais dans l’ombre du ballon rond, le rugby trouve peu à peu sa place, notamment dans les quartiers nord de la ville, où le Rugby Club marseillais (Régionale 3) se fond dans le décor depuis 20…13, année de sa création. Présent au sein de l’association depuis deux saisons, l’ancien joueur professionnel Johan Aliouat en est aujourd’hui le directeur sportif. L’international algérien nous a ouvert les portes d’un club atypique, porté sur la formation et au vestiaire multiculturel. Mais le club semble voué à disparaitre à cause de difficultés financières. Pour mieux repartir, peut-être, en tant que section rugby de l’OM ? C’est en tout cas une idée qui trotte dans la tête de l’ex-deuxième ligne… (Par Loulou / Photos @RCM)


L’ancien professionnel Johan Aliouat au cœur du projet
Des pelouses du Top 14 au stade Roger Couderc, théâtre des exploits du tout jeune Rugby Club Marseillais, tel est le destin de Johan Aliouat. Passé par Montpellier, Carcassonne, Bordeaux puis Biarritz, l’ancien international U20 avec les Bleuets (11 sélections, 2 tournois des Six Nations et 2 Coupes du monde à son actif) d’aujourd’hui 33 printemps a mis un terme à sa carrière professionnelle il y a de cela deux ans. Natif des Bouches-du-Rhône, à Istres, il est alors revenu sur ses terres d’origine et un projet humain est venu à lui.
« Je suis arrivé au RCM un peu par hasard, retrace le principal intéressé. Tout a commencé en faisant du bateau avec Moussa Chabouni, le président du comité départemental du 13 et le père de Théo, joueur du Castres Olympique. Il m’a dit : « Viens donner un coup de main au RCM dans les quartiers nord, il n’y a pas d’entraîneur, passe les voir de temps en temps. J’ai accepté, je suis venu une fois, puis deux, puis j’ai accroché au groupe et j’ai pris les rênes avec Yannick Rouger, un ami qui parle le même rugby que moi. Et cette saison, je suis passé directeur sportif, je m’occupe des U8 jusqu’au senior. »


Rapidement, l’international algérien (3 sélections) apporte son expertise du haut niveau en structurant l’édifice du RCM. « L’équipe senior n’a que trois ans, il y a donc beaucoup de débutants. Quand je suis arrivé, il n’y avait aucun plan de jeu. Je leur ai montré que le rugby, ce n’était pas juste prendre le ballon et foncer tout droit. Alors j’ai mis en place des combinaisons, des cellules et ils ont découvert un nouveau sport », raconte Johan Aliouat.


« À Marseille, les jeunes commencent de plus en plus à s’intéresser au rugby »
Face à lui se dresse un groupe de néophytes, qui a soif d’apprendre. « On est près de 60 licenciés. Il y a une sacrée diversité, j’ai des policiers, des étudiants, des scientifiques, des jeunes des quartiers, il y a vraiment tous les profils. La grande particularité, c’est que l’on a très peu de joueurs qui ont un grand bagage de rugbyman. La majorité sont des débutants », témoigne le directeur sportif, avant d’aller plus loin : « À Marseille, les jeunes commencent de plus en plus à s’intéresser au rugby. Ils adorent cet esprit de famille, cet esprit d’équipe, mais aussi l’aspect de combat collectif. Les quartiers nord accrochent bien, il y a un gros potentiel. »


Au RCM, ce potentiel poli par Johan Aliouat et Yannick Rouger se traduit par une première place de la poule 2 Provence-Alpes-Côte d’Azur de Régionale 3, avec un bilan affriolant de huit victoires bonifiées pour une défaite. « Au début de l’aventure, ils finissaient souvent dans le bas du tableau. Mais à partir de l’an dernier, les joueurs ont progressé et ont commencé à trouver des repères. Et cette saison, ça déroule.
On a repris par une préparation physique sérieuse dès le 1ᵉʳ aout, et on est passé à trois entrainements par semaine. De l’intérieur, je ne suis pas surpris par ces résultats vu comment les gars travaillent durant les séances. Ils se payent après beaucoup d’efforts tout simplement. On a un super groupe, qui selon moi n’évolue pas à son niveau. »


« L’association est dans une détresse financière, il y a une mauvaise gestion du budget »
Le Rugby Club Marseillais, au magnifique complexe rénové pour la venue des Fidji lors de la Coupe du monde 2023, récolte le fruit d’un travail de longue haleine, puisqu’il se distingue depuis ses débuts par la qualité de sa formation. En multipliant les missions sociales, le RCM se veut également inclusif, comme le rappelle le directeur sportif. « On intervient dans les écoles des quartiers pour faire découvrir la discipline aux jeunes, on va dans les hôpitaux et on a une section sport santé. » Toutefois, Johan Aliouat évoque ensuite un point noir, qui pourrait avoir un impact sur l’avenir du club des quartiers nord :
« Malheureusement, les subventions obtenues grâce aux aides sociales sont une partie un peu floue au sein du club. On ne peut pas se fixer d’objectifs, parce que l’on est bloqué par l’état actuel de l’association, qui est dans une détresse financière. Il y a une mauvaise gestion du budget, notamment de la part de l’ancien président, qui, malgré les nombreuses aides, dépensait l’argent en embauchant trop de salariés. Ils ont déposé un dossier au tribunal, on va essayer de finir la saison, mais le RCM est voué à disparaitre, ce n’est qu’une question de temps. »


Vers la création d’une section OM Rugby ?
Alors en plein essor, le Rugby Club marseillais est sur le point d’être stoppé dans son élan. Mais pour Johan Aliouat et beaucoup de passionnés, il n’est pas entendable que l’aventure s’arrête ici. « On est en train de voir pour relancer l’association derrière, en changeant le nom, mais il faut savoir comment et avec qui repartir. Le projet est en bonne voie », assure l’ancien joueur professionnel, qui pourrait même profiter de cette fermeture pour mettre en place un projet novateur :
« J’ai en tête l’idée d’aller voir l’Olympique de Marseille, pour leur proposer de faire un OM rugby, de la même façon qu’il y a une section OM judo ou encore OM athlétisme. Je me dis qu’il y a la place, pourquoi ne pas ouvrir une branche OM rugby ? L’objectif serait aussi de garder les joueurs formés à Marseille qui partent un peu partout dès qu’ils performent. Il y a un paquet de jeunes talents, qui finissent à Provence ou à Toulon. Leur offrir un sentiment d’appartenance, de pouvoir jouer dans leur ville à bon niveau serait superbe. »
Quand on vous dit que Marseille aime le rugby, on vous laisse maintenant imaginer si l’écusson de l’OM apparaissait dans le paysage ovale de la cité phocéenne…


Droit de réponse
Suite à cet article, le Rugby Club Marseillais a souhaité transmettre une réponse de son président, afin d’apporter les précisions nécessaires et de clarifier certains points :
« La situation financière du RC Marseillais est grave mais loin d’être irréversible.Depuis plusieurs semaines, le comité directeur travaille sans relâche, avec détermination et sens des responsabilités, pour construire des solutions concrètes et durables afin d’assurer la sauvegarde de notre association.
Nous avançons dans un contexte complexe, marqué notamment par une baisse significative des subventions publiques, qui nous a contraints à revoir en profondeur notre modèle de fonctionnement. Des décisions fortes et structurantes ont été prises.
Une réorganisation est en cours, avec une transition vers un modèle davantage fondé sur l’engagement bénévole, plus adapté aux réalités économiques actuelles.Notre priorité est claire : protéger le club, ses licenciés, et préserver l’avenir de notre école de rugby et de nos équipes.
Si un reproche doit être formulé, il concerne notre manque d’anticipation face à l’ampleur et à la rapidité des baisses de financements. Nous en assumons pleinement la responsabilité et nous agissons aujourd’hui avec lucidité et fermeté.
Sachez que l’ensemble des adhérents connaissent nos difficultés et sont pleinement solidaires pour apporter leur soutien à la sauvegarde de l’association y compris Johan Aliouat qui voulant contribuer à sa manière grâce à sa notoriété et sa compétence a brouillé bien involontairement notre message positif adressé aux différentes instances qui nous aident à surmonter cet écueil.
Nous restons pleinement mobilisés.
Le RC Marseillais a traversé d’autres défis dans son histoire ; il saura, une fois encore, se relever par l’engagement collectif et l’esprit club.Le président Robert Andrieu »













