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Quand le rugby vide son sac #11 — Le protocole commotion

Quand le rugby vide son sac #11 — Le protocole commotion : quand le rugby a appris à sortir un joueur pour le protéger

Pendant longtemps, dans le rugby, quand un joueur avait “pris un caramel”, on lui demandait surtout s’il savait encore où il habitait. S’il répondait quelque chose de vaguement cohérent, il pouvait parfois repartir au combat.

Heureusement, le rugby a évolué.

La commotion cérébrale est devenue l’un des grands sujets de sécurité du rugby moderne. Elle a changé le regard porté sur les chocs, sur les plaquages, sur les sorties de terrain et sur cette vieille phrase qu’on entendait trop souvent : “Laisse-le, il va revenir à lui.”

Aujourd’hui, quand il y a un doute, la logique est claire : on sort le joueur, on l’évalue, on le protège. World Rugby insiste sur le principe “Recognise and Remove”, reconnaître les signes possibles de commotion et retirer immédiatement le joueur du terrain.

Quand le rugby vide son sac #11 — Le protocole commotion : quand le rugby a appris à sortir un joueur pour le protéger

Avant le protocole : le courage confondu avec le danger

Le rugby a longtemps cultivé une forme de dureté. Se relever après un choc faisait partie de l’image du joueur solide. Le problème, c’est qu’une commotion n’est pas une simple douleur. Ce n’est pas une cheville qui tire ou une épaule qui chauffe.

C’est une atteinte cérébrale potentielle. Et ça ne se règle pas avec une tape dans le dos.

Dans le rugby amateur, beaucoup ont connu ces scènes : un joueur sonné, des copains qui l’aident à se relever, un soigneur qui demande “combien de doigts ?”, puis le match qui reprend. Avec le recul, on comprend que ce folklore-là devait disparaître.

Le HIA chez les pros, la prudence chez les amateurs

Dans le rugby professionnel, le protocole HIA, pour Head Injury Assessment, a structuré l’évaluation des suspicions de commotion. Il s’agit d’un protocole médical encadré, utilisé dans les compétitions d’élite avec présence médicale adaptée.

Mais dans le rugby amateur, la logique est différente : il n’y a pas toujours de médecin au bord du terrain, pas de cabine vidéo, pas d’équipe médicale complète. Donc la règle pratique doit rester simple : en cas de doute, on ne joue pas avec la tête.

C’est là que le rôle des arbitres, éducateurs, dirigeants, soigneurs et coéquipiers devient essentiel. Il faut savoir reconnaître les signes : perte de connaissance, désorientation, troubles de l’équilibre, confusion, regard absent, maux de tête, vomissements, comportement inhabituel.

Et surtout, il faut accepter que le joueur ne soit pas toujours le mieux placé pour décider. Un joueur sonné peut vouloir continuer. C’est précisément pour ça qu’il faut parfois décider pour lui.

Le carton bleu : le symbole d’un rugby qui protège

En France, le carton bleu a marqué cette évolution. Il permet de signaler une suspicion de commotion et d’organiser la sortie définitive du joueur concerné selon les règlements applicables.

C’est une couleur qui ne sanctionne pas comme un rouge ou un jaune. Elle protège. Elle dit : “Là, on arrête.”

Et dans un sport où l’on a longtemps glorifié le fait de serrer les dents, c’est une petite révolution culturelle.

Dans le rugby amateur : le plus dur, c’est de dire stop

Le vrai défi, chez les amateurs, n’est pas seulement réglementaire. Il est humain.

Dire à un joueur qu’il doit sortir, c’est parfois difficile. Il y a le score, l’effectif court, le derby, la pression, le joueur qui assure “ça va”. Mais la santé ne doit pas dépendre du nombre de remplaçants sur la feuille de match.

Le rugby amateur doit garder son esprit combatif, mais il doit se débarrasser de cette fausse virilité qui consiste à prendre des risques inutiles avec le cerveau. Et ainsi d’abaisser la hauteur de plaquage pour y aider.

Un genou peut se réparer. Une tête, on évite de jouer avec.


Chronologie : les grandes dates du protocole commotion

Avant les années 2000 : les commotions sont souvent mal identifiées, minimisées ou gérées de manière très variable selon les clubs et compétitions.
Années 2000 : la prise de conscience progresse dans les sports de contact, avec une meilleure définition des signes et risques liés aux commotions.
Années 2010 : le protocole HIA se structure dans le rugby d’élite, avec évaluation médicale encadrée.
Années 2010-2020 : les campagnes “Recognise and Remove” insistent sur la nécessité de sortir immédiatement un joueur suspecté de commotion.
Années 2020 : le sujet devient central dans la formation des éducateurs, arbitres, soigneurs et dirigeants.
Aujourd’hui : la logique dominante est simple : au moindre doute, le joueur sort et ne reprend pas sans évaluation adaptée.

Commotions cérébrales : les chiffres, et un rappel utile

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