Portrait féminin – À la découverte de Morgane Audren, maître à jouer du tout nouveau RC Vannes (Fédérale 1)
Coup de projecteur sur le rugby féminin, à travers une série de portraits de joueuses seniors. Pour ce troisième volet, direction la Bretagne, au cœur de la très récente section féminine du Rugby Club de Vannes (Fédérale 1), créée en début de saison, à la découverte de Morgane Audren. Après un long passage par le Stade Rennais, ponctué par un titre de championne de France, la joueuse expérimentée de 32 ans nous a retracé ses premiers pas sur un terrain, a évoqué la saison en cours de son équipe, mais aussi livré son avis sur l’évolution du rugby féminin. Enfin, la demi d’ouverture et maître à jouer du RCV s’est prêtée au jeu de l’interview décalée… (Par Loulou / Photos @RC Vannes Féminin)


Fiche d’identité :
Profession : livreuse
Poste : Demi d’ouverture
Comment ta passion pour le ballon ovale a-t-elle commencé ?
J’ai commencé le rugby à l’âge de 6 ans au Ploemeur Rugby Club, un peu par hasard. À la base, je voulais plutôt faire du football, mais à l’époque le club local n’acceptait pas encore les filles. Heureusement, les choses ont évolué depuis. C’est un camarade de classe, qui pratiquait alors le rugby, qui m’y a emmenée un jour… je n’en suis jamais repartie.
Peux-tu retracer ton parcours rugbystique ?
À 13 ans, j’ai rejoint le Rugby Club de Lanester, pour trois saisons ; puis, à 16 ans, j’ai intégré le Pôle espoir de Rennes et le Stade Rennais Rugby, j’y ai joué pendant neuf saisons. En 2020, j’ai choisi de tourner une page importante de mon parcours sportif et de revenir dans ma ville natale. En janvier 2022, après plusieurs appels aux copines du coin, j’ai rejoint l’équipe des Breizh’barians. À l’époque, l’équipe évoluait sous la forme d’un rassemblement regroupant plusieurs clubs du Morbihan (dont le RC Vannes et le RC Lanester).


Comment juges-tu la saison en cours de ton équipe ? Et quelles sont vos ambitions à l’aube du sprint final ?
La saison est très encourageante : on est actuellement 3ᵉ au classement, alors que l’objectif principal annoncé en début de saison était le maintien. Grâce à nos performances, nos ambitions ont évolué, et aujourd’hui on vise clairement les phases finales. On veut continuer sur cette lancée et aller le plus loin possible.
Que penses-tu de l’évolution du rugby féminin ces dernières années ?
Le rugby féminin a progressé ces dernières années, mais on ne peut pas se contenter de ça. Oui, il y a plus de licenciées et plus de visibilité, mais ça reste encore trop fragile et insuffisant. Trop d’équipes féminines disparaissent encore par manque de moyens, de soutien et de reconnaissance. Il faut aller plus loin et plus vite. Le rugby féminin a besoin de davantage d’investissement, de structures solides, et surtout de plus de techniciens et d’encadrants réellement impliqués. Le potentiel est là, mais il faut lui donner les moyens d’exister durablement.
Par ailleurs, une ancienne coéquipière et ex-internationale française, Lenaïg CORSON, a fondé la Rugby Girl Académie, une structure qui propose aux jeunes filles des stages 100 % rugby – une première en France.
Qu’aimerais-tu dire aux jeunes filles qui hésitent à se lancer dans le rugby ? (Ainsi qu’aux parents craintifs) ?
À chaque jeune fille qui hésiterait à se lancer dans le rugby, je dirai : « Vas-y ! » Au rugby, tu développeras aussi bien ton mental que tes compétences physiques, et surtout, tu vas rejoindre une équipe où tout le monde se soutient, ta famille rugby. Tu as tout à gagner en essayant ce sport. C’est un réel vecteur de confiance en soi. Bref, le plus important, c’est de te lancer, il y a de la place pour tout le monde au rugby, pour les filles aussi !
Et pour les parents qui pourraient se montrer frileux à l’idée de mettre leur fille au rugby, plus de questions à se poser. Il s’agit d’un sport sûr, encadré et empreint de valeurs fortes. Le rugby est une expérience riche, aussi bien socialement que sportivement.


L’interview décalée
Côté terrain et vestiaire du RC Vannes Féminin
Ton rituel d’avant match ?
Je n’ai pas de rituel d’avant-match si ce n’est la diffusion de l’horoscope dans les vestiaires ou le bus. Rituel collectif, devenu traditionnel, que l’on ne manque pas de me rappeler en cas d’oubli !
Quel est ton plus beau souvenir sur le terrain ? Et en dehors ?
C’est bien évidemment le jour où nous sommes devenues championnes de France avec l’équipe réserve de Rennes. Après plusieurs saisons à faire des phases finales, réussir à enfin soulever un bouclier, c’est quelque chose qui marque, dont on se souvient. En dehors du terrain, je me rappelle d’un été où, avec la sélection Bretagne +18, nous affrontions l’équipe de France Marine à Lanester, dans mon ancien club. Nous étions entrées sur le terrain accompagnées des petits du club, et j’avais pu faire la mienne avec mon petit frère, c’était un moment très
émouvant.


Le ou la coach qui t’a marqué(e), et pourquoi ?
Je ne peux en citer qu’un seul. Je pense évidemment à Maria CAPP, qui m’a entraînée en cadettes. Elle a su être là pour moi quand j’en avais le plus besoin : elle m’a appris à regarder les choses autrement, à trouver du beau dans les moments difficiles. L’impact qu’elle a eu sur moi dépasse largement le cadre du rugby ; elle a contribué à la construction de la femme que je suis aujourd’hui.
Je pense également à Pierric MOISON : un tempérament fort, une exigence que je partage, une vision du rugby commune, mais c’est surtout la personne qui m’a redonné l’envie de me battre et de m’engager pleinement dans la compétition. Deux coachs, deux repères essentiels dans mon parcours.
Une anecdote insolite ou un fou rire mémorable à nous raconter ?
En 2016, quand nous avons été championnes de France, nous avions affronté le Stade toulousain, en terrain neutre. Les élus du comité qui recevait la finale ont remis les médailles… aux joueuses du Toulouse ! Avec l’euphorie de la victoire, nous n’avons pas percuté directement, mais quand on y repense, ça reste une anecdote vraiment lunaire ! Pour le fou rire mémorable, j’en ai un… mais notre charte de joueuses m’empêche d’en parler (rires).


Au RC Vannes, qui est la comique de l’équipe ?
C’est difficile de ne citer qu’une personne, on a toutes beaucoup d’humour, mais si je ne devais en nommer qu’une seule, ce serait
Azil (son prénom à l’envers) avec ses sorties hilarantes.
La plus fêtarde ?
Sacha, c’est la joueuse qui continue de danser et chanter même quand tout le monde dort dans le car.
La meilleure danseuse ?
Chanelle, avec son mythique Kuduro.
La plus râleuse ?
La plus râleuse ? Chris, mais bon, c’est une finistérienne, c’est un peu dans ses gènes.
La plus grosse mangeuse ?
Diane et moi, lors des matchs à domicile on a pour habitude de manger un poulet fermier à deux.
La plus ponctuelle ?
La Rag, c’est la première de la classe, toujours là avant les autres.
Celle qui ne l’est jamais ?
Margaux, elle arrive toujours après l’échauffement, je me demande si par moment elle ne le fait pas exprès…
Celle que tu préfères avoir dans ton équipe plutôt qu’en face ?
Notre Bibiche, gogo gadget aux raffuts !
La meilleure joueuse de l’équipe ?
Gaïathor, c’est un peu notre Julien Marchand à nous.
La meilleure plaqueuse ?
Martine de Quimper, pendant les matchs je lui demande si elle est lucide, si elle ne me répond pas, c’est qu’elle va commencer à faire des plaquages à la gorge (rires).















