Portrait féminin – À la découverte d’Ylona Frachet, la « Grenade » du CSBJ (Fédérale 1)
Coup de projecteur sur le rugby féminin à travers une série de portraits de joueuses seniors. Pour ce sixième épisode, nous mettons le cap sur Bourgoin-Jallieu, en Isère, à la découverte d’Ylona Frachet, qui évolue au CSBJ (Fédérale 1) depuis deux saisons. À seulement 22 ans, la Grenobloise d’origine s’est déjà taillée un parcours rugbystique riche, rythmé par des rencontres, un bouclier de champion de France, puis par un retour au côté de son cercle familial. Le solide pilier droit nous retrace ici son chemin ovale, de son club formateur de l’AS Fontaine aux Grenades du CSBJ, et nous livre également son avis sur l’évolution du rugby féminin. Enfin, Ylona s’est prêtée au jeu de l’interview décalée, en évoquant sans tabou sa seconde famille berjallienne… (Par Loulou / Photos @Mark Hutchings, AURA Sport&Motion)


Fiche d’identité :
Profession : Alternante en BPJEPS mention rugby à XV avec le club de l’AS Fontaine rugby.
Poste : Pilier droit principalement, mais peux également dépanner en 8 si besoin.
Comment ta passion pour le ballon ovale a-t-elle commencé ?
Ma passion pour le ballon ovale a commencé très tôt. Je viens d’une famille où le sport occupe une place très importante : mon papa a pratiqué le rugby durant sa jeunesse et il est aujourd’hui entraîneur de natation et ma maman a joué au handball à un bon niveau. Avec mon frère Mathys, qui a 25 ans, nous avons donc grandi dans un environnement où le sport faisait partie du quotidien. Mon frère a commencé le rugby dès son plus jeune âge. En étant sa fidèle supportrice, j’ai rapidement été plongée dans cet univers et cela m’a naturellement donné envie d’en faire moi aussi. C’est ainsi que ma passion pour le rugby est née.
Peux-tu retracer ton parcours rugbystique ?
C’est à l’âge de 7 ans que je chausse les crampons pour la première fois au sein de mon club formateur de l’AS Fontaine Rugby, où je resterai jusqu’à mes 14 ans. J’y ai fait toutes mes premières années, avant de partir jouer uniquement avec des filles. À 15 ans, en entrant au lycée, j’intègre un double projet sport-études avec le FCG Amazones en cadettes (U18), en parallèle de mon cursus scolaire. Lors de ma deuxième année en U18, j’ai eu la chance d’être sélectionnée pour participer au Top 100 féminin à Marcoussis, une expérience très enrichissante.
Suite à cela, lors de ma dernière année cadette, j’intègre le pôle académique, ce qui me permet de continuer à progresser dans un cadre encore plus structuré. À la fin de mes années cadettes, je suis contactée par l’ASM Romagnat Rugby Féminin. Je décide alors de prendre mon envol et de rejoindre le club de 2021 à 2024. Ces trois saisons ont été très formatrices et intenses, avec notamment la chance de vivre un titre de championne de France au sein du collectif Réserve Élite 1 d’ASM Romagnat, un moment fort de mon parcours.
Après ces trois belles années, je fais le choix de me rapprocher de ma famille, originaire de Grenoble. Après plusieurs échanges avec les coachs, je décide d’intégrer le CSBJ. J’entame aujourd’hui ma deuxième saison sous les couleurs ciel et grenat, avec toujours la même envie de progresser et de performer.


Comment juges-tu la saison en cours de ton équipe ? Et quelles sont vos ambitions à l’aube du sprint final ?
Je pense que nous sommes sur une très bonne dynamique cette saison. Le groupe possède de grandes qualités, aussi bien rugbystiques qu’humaines, et surtout un gros caractère. Cela nous permet de franchir les étapes petit à petit, même dans les moments plus difficiles. Nous sommes toutes alignées sur les mêmes objectifs, ce qui renforce l’exigence et la concentration au quotidien, que ce soit à l’entraînement ou en match.
Cette cohésion nous aide énormément à avancer ensemble. Après une saison dernière très compliquée, notre ambition est claire : nous qualifier pour les phases finales. L’objectif est de terminer dans les quatre premières de notre poule afin de pouvoir vivre cette belle aventure toutes ensemble. Ce serait une vraie récompense pour le travail fourni et pour le groupe que nous avons cette année.


Que penses-tu de l’évolution du rugby féminin ces dernières années ?
Je trouve que le rugby féminin a énormément évolué, et dans le bon sens. Il y a de plus en plus de visibilité, notamment grâce aux compétitions internationales et à la médiatisation croissante au niveau de l’Elite 1. Les structures se professionnalisent, l’encadrement est de plus en plus qualifié et les joueuses bénéficient de meilleures conditions pour progresser.
On voit aussi une vraie montée en exigence, que ce soit sur le plan physique, technique ou tactique. Le niveau ne cesse d’augmenter, ce qui rend les championnats toujours plus compétitifs et attractifs. Mais au-delà du haut niveau, je trouve important de souligner le développement à la base : de plus en plus de jeunes filles osent franchir les portes des clubs. Les mentalités évoluent, et le rugby féminin prend peu à peu la place qu’il mérite.
Même si le rugby féminin a beaucoup progressé, il reste encore des points à améliorer : la médiatisation peut encore évoluer, et surtout toutes les joueuses n’ont pas encore accès aux mêmes infrastructures, au même suivi médical ou à la même préparation que dans le rugby masculin. Continuer à structurer et professionnaliser les clubs est donc un enjeu important.
Qu’aimerais-tu dire aux jeunes filles qui hésitent à se lancer dans le rugby ? (Ainsi qu’aux parents craintifs) ?
J’aimerais leur dire d’oser. Le rugby est un sport incroyable, qui apporte bien plus que ce que l’on imagine : de la confiance en soi, de la solidarité, du respect et un vrai esprit d’équipe. Aux parents qui peuvent être craintifs, je voudrais les rassurer. Le rugby d’aujourd’hui est très encadré, avec des règles adaptées selon l’âge, des éducateurs formés et une vraie attention portée à la sécurité.


L’interview décalée
Côté terrain et vestiaire
Ton rituel d’avant match ?
Même si je n’ai pas un rituel très précis avant un match, j’ai quand même une petite routine qui me met dans de bonnes conditions. À partir du moment où j’arrive dans l’enceinte du stade où je vais jouer, je vais directement dans les vestiaires pour me changer et me mettre en tenue. Ensuite, je mets ma musique dans les oreilles.
Cela me permet de me couper un peu de l’extérieur et de rentrer dans ma bulle. Après cela, j’ai tendance à sortir un peu avant les autres filles pour faire une petite mobilité personnelle. Ce moment me permet de me préparer physiquement, mais aussi mentalement. Je me recentre sur moi-même, je me mets progressivement en action et je me sens prête à commencer l’échauffement collectif puis le match.
Quel est ton plus beau souvenir sur le terrain ? Et en dehors ?
Mon meilleur souvenir rugbystique restera sans aucun doute mon titre de championne de France avec ASM Romagnat en 2024. Remporter ce titre a été une immense fierté, autant sur le plan personnel que collectif. Partager cette victoire avec mes coéquipières, le staff et toutes les personnes qui nous soutiennent a rendu ce moment encore plus fort et inoubliable.
En dehors du terrain, je n’ai pas forcément un seul souvenir en particulier, car chaque moment passé avec les copines du rugby est spécial. Je me sens toujours bien entourée, et c’est aussi cela qui rend le rugby si important pour moi : bien plus qu’un sport, c’est une véritable famille.
Le ou la coach qui t’a marqué(e), et pourquoi ?
Le coach qui m’a le plus marqué est Arnaud Pereira, mon coach en U12. Beaucoup de coachs m’ont influencée, mais je souhaite parler de lui car il a vraiment su m’accompagner non seulement en tant que joueuse, mais aussi sur le plan personnel. Il a pris en compte la dimension de “petite fille” que j’étais à l’époque, et grâce à son soutien et ses conseils, j’ai pu prendre conscience de certaines choses sur moi-même et évoluer par la suite, tant sur le terrain qu’en dehors. Son accompagnement a été précieux pour mon développement et reste un souvenir marquant de mon parcours rugbystique.
Une anecdote insolite ou un fou rire mémorable ?
Je n’ai pas une anecdote précise ni un fou rire mémorable à raconter… mais nos 15 jours de fête après notre titre de Championnes de France resteront inoubliables ! Les meilleures anecdotes et les plus gros fous rires resteront au sein du groupe… et c’est sûrement mieux pour tout le monde (rires).


À Bourgoin, qui est la comique de l’équipe ?
On a carrément un stand-up à nous toutes seules : Tiphaine (Rozier), Melissa (Gomes), Alessia (Corsini), Clémentine (Martin), Andréa (Desbrosse) et Corry (Richard)… Ambiance garantie du vestiaire au bus .
La plus fêtarde ?
Sans aucune hésitation, le titre de la plus fêtarde revient à Melissa (Gomes). Toujours partante quand il s’agit de célébrer !
La meilleure danseuse ?
Impossible d’en choisir une… alors on vote pour notre duo infernal : Maèva (Gaye) et Vanille (Lokpo)
La plus râleuse ?
On ne va pas chercher bien loin… malheureusement je crois que le titre me revient. Oui, je suis un peu râleuse sur les bords… mais toujours avec amour hihi !
La plus ponctuelle ?
On est un groupe avec beaucoup de filles ponctuelles… mais s’il faut en retenir une, ce sera Thiphaine (Rozier).
Celle qui ne l’est jamais ?
Dans l’équipe, on a un duo très investi… surtout dans les TikToks. Être à l’heure ? Optionnel apparemment. Maèva (Gaye) et Vanille (Lokpo), on ne dira rien… mais on voit tout.
Celle que tu préfères avoir dans ton équipe plutôt qu’en face ?
Je dirais Andrea (Desbrosse). C’est le genre de joueuse qu’on est très content d’avoir à ses côtés… et beaucoup moins en face !
La meilleure joueuse de l’équipe ?
Impossible de citer une seule joueuse. La meilleure joueuse, c’est notre collectif. C’est ce qui fait notre force et notre différence.
La meilleure plaqueuse ?
Si tu veux survivre sur le terrain, mieux vaut ne pas croiser Amandine Gay.














