Portrait – Arno Vargas, un rugbymen endurci

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Souriant et bout-en-train, Arno Vargas vous met très vite à l’aise. Ce gaillard, au parcours de vie atypique, étonne par sa volonté et son mental d’acier. Guidé par un esprit sportif, il sait où il veut aller. A 20 ans seulement, sa reconstruction se fait grâce au sport qui a rythmé sa vie : le rugby… (par Flo)

Arno 1Très à l’aise lorsqu’il s’agit de raconter son parcours, Arno donne l’image de quelqu’un de très mature par rapport à son âge. Il faut dire que son histoire l’a poussé à grandir plus rapidement que n’importe quel jeune de son âge lorsqu’en septembre 2015, il se retrouve amputé des deux jambes suite à un accident de la route. Un choc évidemment, dans la vie de celui qui venait juste de commencer une mise à niveau en arts appliqués à Toulouse. Un changement oui, mais pas une fin. Arno s’est remis dans son parcours de vie sans broncher et avec la ferme intention de mener sa vie comme il le souhaite. « J’ai côtoyé beaucoup de personnes âgées, amputées en centre de rééducation. Malgré leur âge, ils ne baissaient pas les bras et ça m’a complètement boosté » souligne Arno qui se remet donc dans le chemin des études dès son retour à Toulouse en 2016. C’est une nouvelle vie où il faut adapter son quotidien et prendre de nouvelles habitudes.

Celui qui aspire à devenir designer en espace et architecture a des journées bien remplies avec les études, mais trouve toujours le temps pour organiser des parties de basket mixtes avec ses amis valides. Une vie à la sauce « Carpe Diem » car pour Arno l’important est de profiter de la vie. « Je vois la vie différemment. Je ne veux plus être flemmard. Je veux bosser en cours, au rugby et en profiter  avec mes amis. »

Son amour pour l’ovalie

Arno 3Rien de mieux pour se vider la tête que d’aller au rugby. Arno le sait, et il n’a pas changé ses habitudes. Le lundi et le jeudi, il s’entraîne pour préparer le match du dimanche. Les parquets du gymnase Arnauné à Toulouse ont remplacé les pelouses de Fleury-Salles-Coursan près de Narbonne où il a commencé à pratiquer le rugby à l’âge de 12 ans.

En fauteuil, le rugby se pratique différemment mais les sensations sont là. Arno explique : « En fait on retrouve la même vision du jeu et une grosse agressivité. Forcément ça reste du rugby. Mais de l’agressivité saine. Les phases de jeu sont assez similaires, le but étant de prendre l’intervalle et de créer des décalages. Finalement, je trouve les joueurs de XIII fauteuil même plus agressifs (rires). »

Arno 2Arno pratique une des deux disciplines de rugby handisport : le rugby XIII fauteuil. Les règles sont similaires au rugby à XIII que l’on connaît chez les valides excepté les placages qui sont simulés par des flags. Arno a été élevé dans un bastion du rugby à XV puisqu’il a joué au poste de talonneur au RC Narbonne Méditerranée de ses 15 à ses 18 ans. La discipline est totalement adaptée à son handicap puisqu’elle concerne des personnes ayant une atteinte des membres inférieurs. L’originalité de ce sport est son ouverture aux valides. C’est d’ailleurs ce qui plaît à Arno. Cela établi des liens entre deux univers trop peu souvent connectés. Très bien entouré par sa famille, ses amis et sa petite amie, Arno semble aussi avoir trouvé un soutien important dans le rugby. Que ce soit dans ses anciennes équipes en tant que valide ou dans son nouveau club, Arno souligne les bienfaits d’évoluer dans un environnement dynamique et solidaire. « Le STRH (ndlr : il joue au Stade Toulousain Rugby Handisport depuis 2016), je n’aurais pas pu trouver un club plus chaleureux que celui-ci. J’ai été accueilli royalement. C’est comme un club de rugby valide, c’est une famille. »

Le handbike, vélo à la force des bras

Le rugby n’a jamais quitté l’esprit d’Arno, le sport non plus d’ailleurs. S’il pratique régulièrement le handbike (un vélo adapté ou l’on avance à la force des bras) c’est  également un féru de sensations fortes puisqu’il a déjà testé  le « flyzone » (simulateur de chute libre) et projette prochainement de sauter en parachute et de se mettre au handisnow. Ce qui guide Arno c’est l’adrénaline, l’envie de dépasser ses limites. Il poursuit : « Dès l’accident, j’ai compris que j’avais perdu mes jambes, et déjà à l’hôpital je pensais à refaire du sport grâce aux diverses adaptations comme les lames (prothèses pour courir). Je me suis alors fixé comme objectif de participer aux Jeux Paralympiques. Pour l’instant je pratique le rugby XIII fauteuil mais je garde cet objectif en tête »

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Arno sur son handbike

Le sport ne l’abandonne jamais tout comme son mental. S’apitoyer sur son sort ? Ce n’est pas du genre de la maison. Arno confie avec un recul assez étonnant que son handicap n’est pas si dérangeant, en tout cas pas autant qu’il l’aurait imaginé lorsqu’il était valide. Il n’hésite pas à pratiquer l’auto-dérision et à dédramatiser la chose. «J’explique aux gens que je n’ai aucun problème avec mon handicap qu’il ne faut pas avoir de gêne. J’ai beaucoup parlé avec mes amis pour dire que malgré deux jambes en moins tout va bien. » Il rigole d’ailleurs lorsqu’il se rappelle la première chose que lui a dit sa sœur à l’hôpital après son accident : « En fait tu es juste le même sauf que tu ne pueras plus des pieds ».

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