Pierre Tarance (Pays d’Auray Fédérale 3) : un coach hors du commun au cœur du collectif
Tétraplégique depuis 2010 à la suite d’un plaquage cathédrale, Pierre Tarance a retrouvé cette saison l’atmosphère exaltante d’un vestiaire : celui du Pays d’Auray Rugby Club (Fédérale 3) en tant qu’entraîneur. Le Landais d’origine, qui souffle ce vendredi 3 avril ses 43 bougies, nous a retracé son parcours hors du commun, de ce jour funeste à cette nouvelle aventure au cœur du PARC, avec le ballon ovale accroché au porte-bagages en toute circonstance. Une belle histoire de résilience et d’abnégation… (Par Loulou / Photos ©Chlo Com – Kilian DAVID – Nature&Picture, photographe du PARC)


« Je suis violemment tombé sur la tête et j’ai tout de suite senti que ce n’était pas anodin »
Le destin de Pierre Tarance a basculé le 10 octobre 2010, à la 67ᵉ minute du match de Fédérale 1 opposant son équipe du RC Vannes à celle de Limoges, au stade Jo-Courtel de la Cité des Vénètes. Victime d’un plaquage à retournement, le Breton d’adoption percuta brutalement le sol la tête la première. « Quand j’ai vu mes pieds décoller, j’ai compris que j’étais mal embarqué et je suis violemment tombé sur la tête. J’ai tout de suite senti que ce n’était pas anodin », retrace le néo-Morbihannais. Le diagnostic est sans appel : sa cinquième vertèbre est déplacée et sa moelle épinière compressée.
Tétraplégique depuis cet incident, le joueur du RCV, alors âgé de 30 ans, passe les 20 mois suivants au centre de rééducation de Kerpape, à Lorient. « J’ai pris cette longue période comme une préparation d’avant-saison. J’ai eu l’avantage d’accepter mon handicap quinze jours après l’accident, ça m’a permis de rebondir plus facilement », témoigne Pierre Tarance, dont la flamme pour le ballon ovale est restée intacte malgré ce terrible sort. « Au bout de deux semaines, un ami est venu me rendre visite et m’a demandé ce qu’il me manquait, je lui ai répondu Canal + pour voir les matchs de Top 14. »


« Rémy Pointier m’a contacté pour rejoindre le staff du PARC, j’ai accepté sans hésiter. »
Si le natif des Landes ne peut plus être joueur, il compte bien rester un acteur de ce sport qui l’anime tant. « Je me suis lancé dans une formation d’analyste vidéo. J’ai pu collaborer durant une saison avec l’Union Bordeaux-Bègles, mais après cette expérience, j’ai eu du mal à retrouver un autre club, donc j’ai arrêté. » Ce dernier passe ensuite un diplôme d’architecte d’intérieur sans jamais s’éloigner des terrains, qu’il retrouve avec joie durant l’intersaison dernière. « L’entraîneur d’Auray, Rémy Pointier, m’a contacté pour rejoindre le staff du PARC. J’ai accepté sans hésiter. »
Quinze ans après le drame, Pierre savoure pleinement ses retrouvailles au milieu d’un vestiaire. « Ça fait un peu bizarre au début, mais les choses n’ont pas changé. C’est vrai que ça fait remonter des émotions, mais comme toute personne lambda, quand tu es rugbyman un jour, tu restes rugbyman pour toujours. » Sifflet autour du cou, casquette vissée sur la tête, le néo-coach de 43 ans prend doucement ses marques, mais doit adapter son rôle à son handicap : « Ce n’est pas toujours simple de communiquer avec les joueurs car je ne peux pas crier, ni parler trop longtemps. Je dois m’adapter. »


« Me voir arriver en fauteuil dans la zone staff, c’est une première pour beaucoup »
Autre défi, d’ordre logistique : sa présence autour du banc de touche. « Pour aller sur le terrain, ce n’est pas toujours simple. Déjà au vu des conditions climatiques et de l’hiver pluvieux que l’on vient de vivre, mais ça peut également être compliqué avec le représentant fédéral. Me voir arriver en fauteuil dans la zone staff, c’est une première pour beaucoup et certains considèrent que ma présence en bord de terrain peut être dangereuse. Je leur dis que je suis handicapé, mais que tout va bien entre mes deux oreilles et que je sais me reculer lorsque les joueurs s’approchent, » insiste Pierre Tarance avec conviction.
Sur le plan sportif, en tout cas, l’entraîneur spécialiste de la ligne arrière a trouvé sa place. L’Alréen vit une première saison palpitante aux côtés de ses deux acolytes Rémy Pointier et Arnaud Joubioux, d’autant plus au vu des résultats de leurs troupes, qui viennent de s’assurer la première place de la poule 14 de Fédérale 3, une position synonyme de qualification directe en 32es de finale. « On est leaders en Une et en B, donc on ne peut pas dire que ça ne se passe pas bien sportivement. L’objectif c’est surtout de prendre du plaisir et d’aller le plus loin possible en championnat de France. »


L’association Pierre qui roule pour « montrer que tout est possible, même avec un handicap »
Pour finir, impossible de retracer le parcours de résilience de Pierre Tarance sans évoquer son projet « Pierre qui roule ». « C’est une association que l’on a créée pour promouvoir le handicap à travers la participation au trail. On veut montrer que tout est possible, même avec un handicap. L’objectif est de permettre aux personnes en situation de handicap de sortir des sentiers battus, tout en impliquant des valides qui nous accompagnent en portant les joëlettes.
Certaines personnes se sont mises à courir pour la cause, c’est un moment de partage où l’on prend tous du plaisir. Cette aventure est conviviale, on retrouve le même esprit qu’au rugby et c’est vraiment ce que je cherchais à véhiculer. » Qu’il s’agisse d’apporter son expertise au staff du PARC ou de porter son projet associatif, Pierre Tarance prouve que le sens du collectif constitue un moteur puissant pour surmonter les obstacles et continuer d’avancer : sur le terrain comme dans la vie.
















