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Insolite : l’incroyable histoire des juniors « prisonniers » de la montagne, deux « Foix »

Certaines histoires traversent les décennies sans perdre une once de leur pouvoir. Elles commencent comme une simple escapade entre amis et finissent par entrer dans la légende. En Ariège, près de cinquante ans plus tard, les anciens juniors de l’US Foix racontent encore une aventure avec des sourires au coin des lèvres. Pourtant, au printemps 1977, personne n’imaginait que quelques jours passés en montagne tiendraient tout un village en haleine…

Pâques 1977 : quand les juniors de l’US Foix furent « prisonniers » de la montagne pendant une semaine
Le cru 1977 de l’US FOIX, option montagne et découverte donc…

La folle histoire des juniors de l’US Foix de 1977 traverse les époques

À l’époque, les jeunes rugbymen vivent une saison importante. Un rendez-vous majeur les attend : un choc face au grand Agen, une rencontre que toute l’équipe prépare depuis des semaines. Avant cette échéance, plusieurs joueurs décident de s’offrir une parenthèse de liberté dans les Pyrénées ariégeoises, du côté du plateau de Beille. Parmi eux figurent notamment Jean-Robert Genève, Alain Soula, Gilles Alozy, Marc Castillon, Jean-Claude Barthez et Claude Tourtoulou.
Le samedi précédant le match, sacs à dos sur les épaules, les copains prennent la direction d’un chalet isolé en montagne. Le programme paraît idéal : quelques jours loin de tout, entre randonnées, parties de cartes, repas improvisés et longues soirées à refaire le monde. Le vendredi suivant, ils doivent redescendre dans la vallée. Le lendemain, Agen les attend. Rien ne semble pouvoir perturber ce plan parfaitement réglé. Et côté ravitaillement, les jeunes avaient vu large. Les provisions remplissent les sacs et les réserves du chalet.

Une double tempête

Les rires résonnent jusque tard dans la nuit, les anecdotes s’enchaînent, et les journées passent avec cette insouciance propre aux vingt ans. Puis la montagne change de visage. D’abord quelques flocons. Ensuite une neige plus dense. Puis une véritable tempête. En quelques heures, le paysage disparaît sous un épais manteau blanc. Les chemins s’effacent, les repères aussi. Les accès deviennent difficiles, puis quasiment impossibles. Le chalet se retrouve peu à peu coupé du reste du monde.
La neige arrive jusqu’à la hauteur du balcon, il devient impossible de sortir. À l’intérieur pourtant, personne ne mesure réellement ce qui est en train de se jouer. Le feu crépite dans la cheminée, les vivres sont suffisants et l’ambiance reste joyeuse. Les jeunes poursuivent leur séjour comme si de rien n’était. Mais dans la vallée, l’inquiétude commence à grandir. Les jours passent. Puis encore un jour. Et toujours aucune nouvelle. En 1977, il n’existe ni téléphone portable, ni internet, ni moyen simple de joindre un groupe perdu en montagne.

L’inquiétude et puis… l’hélicoptère

Les familles attendent, s’interrogent, imaginent le pire. Parmi elles, celle de Marc Castillon. Son père, gendarme à la brigade de Foix, participe lui-même aux recherches qui s’organisent. Très vite, les questions se multiplient. Ont-ils pu quitter le chalet ? Sont-ils bloqués par la neige ? Ont-ils besoin d’aide ? Les autorités lancent des reconnaissances malgré des conditions météorologiques compliquées. Chaque heure qui passe renforce la tension.
Pendant ce temps-là, au chalet, les principaux intéressés ignorent totalement qu’ils sont devenus l’objet de toutes les préoccupations. Le vendredi matin arrive enfin. Dans quelques heures, pensent-ils, ils seront de retour dans la vallée. C’est alors qu’un bruit étrange déchire le silence de la montagne. Au loin, un grondement. Puis une silhouette apparaît entre les sommets enneigés. Un hélicoptère. Les jeunes se regardent, surpris. Et leur première réaction restera l’un des souvenirs les plus savoureux de cette histoire. Persuadés qu’ils allaient se faire rappeler à l’ordre pour leur semaine de liberté et de fête en altitude, certains cherchent même à se cacher pour éviter d’être repérés immédiatement.
Pâques 1977 : quand les juniors de l’US Foix furent « prisonniers » de la montagne pendant une semaine
Photo à la descente de l’hélicoptère Tourtoulou, Alozy, Castillon, Soula

Un autre match à disputer dans les 24h

Aujourd’hui encore, cette scène provoque l’hilarité générale. Mais les sourires laissent rapidement place à la stupeur. L’hélicoptère n’est pas venu pour les réprimander. Il est venu les secourir. À mesure que les échanges s’engagent avec l’équipage, ils découvrent l’ampleur de la situation. Dans la vallée, tout le monde les croit bloqués. Les familles sont inquiètes. Les recherches mobilisent des moyens importants. Ce qui n’était pour eux qu’une semaine de vacances est devenue, pour les autres, une véritable disparition. Compte tenu de l’enneigement, une évacuation est organisée. Plusieurs rotations seront nécessaires pour redescendre l’ensemble du groupe jusqu’au village des Cabannes.
Le contraste est saisissant. D’un côté, des familles qui ont vécu plusieurs jours d’angoisse. De l’autre, une bande de copains qui gardera le souvenir d’une semaine exceptionnelle. Mais l’histoire n’est pas terminée. Car une autre épreuve les attend encore. Le lendemain de leur retour, les juniors de l’US Foix disputent enfin le match tant attendu face au grand Agen. Après cette aventure hors du commun, personne ne sait vraiment dans quel état physique ou mental les jeunes vont se présenter sur le terrain. La réponse tombe au coup de sifflet final. Victoire de l’US Foix. 8 à 6. Comme si cette semaine incroyable avait soudé encore davantage le groupe. Ce succès leur ouvre ensuite les portes d’un affrontement prestigieux face à la Section Paloise.

Et presque 50 ans plus tard, ils rejouent la même scène

Près d’un demi-siècle plus tard, les souvenirs demeurent intacts. Cette année, les anciens juniors ont décidé de remonter ensemble jusqu’au chalet qui fut le théâtre de cette aventure devenue mythique. Les cheveux ont blanchi, les vies ont suivi leur cours, mais quelque chose est resté intact : l’amitié. Sac à dos sur les épaules, comme en 1977, ils ont repris le chemin de la montagne.
Pâques 1977 : quand les juniors de l’US Foix furent « prisonniers » de la montagne pendant une semaine
De gauche à droite : Alozy, Barthez, Geneve, Castillon, Tourtoulou
Et lorsque le chalet est apparu devant eux, les images du passé ont resurgi d’un seul coup : les parties de cartes interminables, les bouteilles de vodka-orange et de Grand Marnier partagées entre copains, les éclats de rire, la neige qui tombait sans fin, l’attente sans inquiétude alors que la vallée retenait son souffle, puis ce bruit d’hélicoptère qui allait transformer une simple semaine de vacances en souvenir impérissable.
Réunis sur le balcon du chalet, ils ont immortalisé l’instant par une photographie pleine d’émotion. Presque cinquante ans séparent les deux images, de ces prisonniers « deux Foix ».
Mais entre ces deux clichés, une chose n’a jamais changé : ce lien forgé sous le maillot de l’US Foix, renforcé par une aventure que le temps n’a jamais effacée. Car certaines équipes ne se quittent jamais vraiment. Elles continuent simplement leur route, année après année, en emportant avec elles ces histoires qui commencent comme de simples souvenirs de jeunesse et qui finissent, un jour, par devenir des légendes. Qui se racontent encore au coeur des montagnes ariégeoises…
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