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Reportage – Louane Cogez : « Mon rêve serait d’arbitrer une finale de coupe du monde »

Au centre du terrain, la jeune arbitre Louane Cogez poursuit son ascension, marche après marche. Première femme lauréate du concours des arbitres des Académies Fédérales en 2023, la Cambrésienne fait preuve d’une précocité hors norme. À tout juste 21 ans, celle qui ambitionne d’évoluer au plus haut niveau vient d’être promue pour officier en Fédérale 2 cette saison. De la naissance de sa passion pour l’arbitrage à sa première finale nationale au milieu des débats, Louane nous a retracé son parcours avec un enthousiasme débordant. (Par Loulou / Photos Claire A. Photographie)

Reportage - Louane Cogez  : "Mon rêve serait d'arbitrer une finale de coupe du monde"
La jeune arbitre Louane Cogez ne cesse de progresser

Louane Cogez : « Mon rêve ultime serait d’arbitrer une finale de Coupe du monde. »

En janvier 2024, nous découvrions Louane Cogez à travers une première entrevue. La jeune femme débutait à cet instant en tant qu’arbitre de Fédérale 3, à 19 printemps seulement. Pour son deuxième match à cet échelon, la Nordiste d’origine connaissait un baptême du feu mouvementé, lors d’un Compiègne-Épernay marqué par une bagarre générale. Tel un arbitre chevronné, la Cambrésienne avait parfaitement géré cette situation hostile, en distribuant notamment un rouge de chaque côté, avant de mener à bien cette rencontre jusqu’à son terme.

Depuis, la jeune arbitre d’aujourd’hui 21 ans a continué de s’aguerrir sur le pré, en dirigeant de nombreux duels, mais aussi en multipliant les stages de développement à Marcoussis. Nous l’a retrouvons presque deux ans plus tard, promue à l’étage du dessus, toujours animée par ce même rêve de haut niveau. À travers ce nouvel échange, Louane se remémore ses premiers pas avec un sifflet, puis évoque le suivi précis de la progression des officiels en France, mais également les difficultés qu’une jeune femme arbitre peut rencontrer…

Louane Cogez (19 ans, arbitre en Fédérale 3) : « Je rêve d’évoluer au plus haut niveau »

« Une vraie fierté de représenter le Nord et de montrer aux petites filles que c’est possible d’arbitrer »

Bonjour Louane, pouvez-vous nous rappeler comment votre histoire avec l’arbitrage à commencer ?

« J’ai d’abord commencé le rugby très jeune en tant que joueuse au Rugby Olympic Cambrai. C’est une passion qui m’a été transmise par ma mère. Plus tard, durant ma première année U14, il fallait que deux arbitres entourent le référent lors de chaque match. C’est comme ça que j’ai débuté, puis j’ai très vite voulu valider mon passeport arbitre. C’est devenu sérieux lorsque j’ai passé mes sessions ASR (Activité sur l’Arbitrage), j’ai rencontré Martin Lebègue, qui est aujourdhui le Directeur en Arbitrage de la Ligue des Hauts-de-France. Il m’a dit que je m’en sortais très bien, c’est lui qui m’a encouragé à ne pas lâcher. »

Joueuse ou arbitre, il vous a ensuite fallut choisir votre orientation privilégiée ?

« À l’issue de mes années U14, j’ai voulu intégrer en tant que joueuse le pôle espoir d’Haubourdin (banlieue de Lille), une structure de haut niveau mise en place par la Fédération. Pour doubler mes chances d’être sélectionné, j’ai également lancé ma candidature en qualité d’arbitre, et j’ai finalement été admise pour cela. Lors de ma première année au Pôle Espoir, je me suis fait les ligaments croisés, je n’ai donc pas pu arbitrer.

Ensuite il y a eu l’arrêt dû au covid, donc mes débuts officiels ont été repoussés jusqu’à mes 17 ans. Mais j’ai mis cette période à profit en apprenant à fond les règles avec mon formateur Elliott Chrétien. Cela m’a permis de rapidement valider mes diplômes pour pouvoir arbitrer au niveau fédéral et j’ai enfin connu ma première saison chez les seniors à l’âge de 18 ans. L’aventure débutait. »

Fédérale 2 : à 21 ans, la jeune arbitre Louane Cogez poursuit sa belle ascension

Puis vient cette victoire du concours d’arbitre des académies, en 2023…

« Oui, j’ai en effet remporté le concours des académies fédérales de ma génération. C’était la première fois qu’une femme remportait ce concours et c’était aussi une première pour un adhérent des Hauts-de-France, car d’habitude c’est souvent les Occitans. C’est une vraie fierté d’avoir pu représenter le Nord tout en montrant aux petites filles que c’était possible d’y arriver, que l’arbitrage n’est pas seulement réservé aux garçons. »

En quoi consistent les stages de développement d’arbitres féminins à Marcoussis auxquels vous participez ? 

« On est un groupe de 14 arbitres féminines classées en Fédérale 2 et 3. On a deux stages par an (en novembre, puis en mars), encadrés par Aurélie Groizeleau, qui est arbitre en Pro D2 et qui a récemment œuvré lors de la Coupe du monde féminine, et Cédric Marchat, ancien arbitre de Top 14 qui est désormais en charge des arbitres dans le milieu amateur. Il y a une partie très technique durant ces stages, où l’on évoque tout ce que l’on a pu louper lors de la première partie de saison.

Ça nous permet de revoir des modules sur des points que l’on souhaite améliorer. On s’appuie également sur une application qui s’appelle Perf’arbitres, où l’on doit faire un retour sur les vidéos de nos matchs en reprenant ce qui a été, et ce qui n’a pas été. Enfin, il y a des tests physiques que l’on répète à chaque fois pour être évalué. »

« Notre valeur ne se mesure pas à notre genre, mais à notre capacité à diriger le jeu avec équité »

Être une jeune arbitre féminine représente encore des difficultés ?

« Parfois ça fait un choc pour certains de voir une femme aussi jeune se présenter pour arbitrer. Sur le terrain ça se passe bien, les joueurs et les staffs se sont habitués à voir des filles, c’est plutôt dans les tribunes que ça peut être compliqué. Le public accorde moins de crédit aux filles. Si je me loupe une fois, je vais le savoir et pendant tout le temps de la partie.

J’entends des insultes presque tous les week-ends venant des spectateurs, ça ne me choque même plus. Ce n’est pas le genre qui doit être évoqué, mais la performance globale. Si j’ai été nulle, je sais le reconnaitre quand ça arrive. Notre valeur ne se mesure pas à notre genre, mais à notre capacité à diriger le jeu avec équité, cohérence et respect. »

Fédérale 2 : à 21 ans, la jeune arbitre Louane Cogez poursuit sa belle ascension
Louane ne se laisse pas marcher sur les pieds

La communication sur le terrain se passe bien ?

« J’ai la sensation que les joueurs vont moins contester lorsque c’est une fille qui arbitre. Ils ne savent pas trop comment m’interpeller, il m’arrive souvent d’être appelé « Monsieur l’arbitre » pendant un match, presque comme un réflexe. Ça ne m’a jamais dérangé, mais ça prouve bien que l’on est encore très minoritaires à exercer. Dans ma communication avec les capitaines, je leur dis souvent de venir me parler lors des arrêts de jeu. Je peux échanger avec eux sans problème, tant qu’ils ne me dérangent pas dans mon process d’arbitrage. »

« Terminer la saison par une finale, c’est le Graal »

Promue en Fédérale 2 à 21 ans, jusqu’où ambitionnez-vous d’arbitrer ?

« Pour grimper les échelons, on ne passe plus de diplôme, on se fait superviser. On a une note allant de A à E sur chaque phase de jeu : le ruck, le maul, la mêlée, les hors-jeu ou encore le jeu déloyal. Ce système de notation donne un résultat sur 18, qui se cumule et détermine à la fin si l’on est promu ou non. J’ai fait mon match référence l’an dernier entre Sucy et Angers en Fédérale 3, après un match aller tendu où la police avait dû escorter les Franciliens vers la sortie.

Je me suis senti à ma place, avec l’aide de deux arbitres assistants de haut niveau. Je pense que c’est grâce à ce match que j’ai été promue en Fédérale 2. En septembre, j’ai commencé fort en arbitrant les 4 week-ends d’affilée. Mon ambition est d’atteindre le plus haut niveau possible, j’aimerais vraiment faire de l’arbitrage ma carrière. Mon rêve ultime serait d’arbitrer une finale de Coupe du monde, mais tout dépendra jusqu’où mes capacités me permettront d’aller. »

Fédérale 2 : à 21 ans, la jeune arbitre Louane Cogez poursuit sa belle ascension
Une belle promotion en Fédérale 2 pour la saison en cours

Vous avez arbitré l’an dernier la finale moins de 18 ans Élite féminine entre Bordeaux et Toulouse, quels souvenirs en gardez-vous ?

« Je n’ai toujours pas les mots pour décrire ce que j’ai ressenti ce jour-là. Je me souviens de mon entrée sur le terrain, des tribunes pleines et de l’ambiance, on était comme les pros. J’avais presque l’impression que j’allais pouvoir faire le TMO (rires). J’étais quand même stressée, c’était ma première finale nationale, à 21 ans, mais j’étais aussi excitée à l’idée d’entrer dans ce cercle très fermé des arbitres ayant officié en finale. L’année précédente j’avais pu y participer en faisant la touche, cette fois j’étais au centre.

Dès que j’ai donné mon premier coup de sifflet, je me suis senti très à l’aise. J’étais bien accompagnée par deux assistantes. C’était énorme, on y pense pas, mais les arbitres vivent aussi des émotions fortes dans ces moments-là. J’espère pouvoir revivre ça, à moi de prouver que je peux encore mériter cette place. Terminer la saison par une finale, c’est le Graal, c’est une récompense de toute la saison écoulée. »

Fédérale 2 : à 21 ans, la jeune arbitre Louane Cogez poursuit sa belle ascension
Les arbitres, aussi, sont en quête de finales nationales !

Pour finir sur un ton léger, avez-vous des anecdotes insolites à nous raconter ?

« Alors oui… Je tombe beaucoup (rires). J’ai l’impression que les joueurs veulent souvent me plaquer. Lors d’une rencontre entre Lille IRIS et Massif Central en plein mois de décembre, les conditions étaient dantesques, ils avaient dû tracer les lignes avec de la bombe et avaient passé la raclette sur le terrain pour retirer de l’eau. C’était une vraie patinoire. Lorsqu’un joueur a voulu plaquer, ses jambes sont venues me faucher et j’ai basculé vers l’arrière la tête la première en plein dans la boue. La soigneuse du Massif central a été très réactive pour venir m’aider et j’ai pu reprendre le match. Maintenant je fais vraiment attention à mes placements. »

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