Interview : de la Pro D2 à la Fédérale 2, « le retour aux sources » de Jérémy Wanin
Après neuf années en tant qu’entraîneur professionnel, à Albi puis Aurillac, Jérémy Wanin a pris la décision au printemps dernier de rentrer auprès des siens, dans le Lot. Pas question pour autant de ranger la casquette de technicien au fond du tiroir : à 42 ans, l’ancien Conseiller Technique de Club du 46 a pris les commandes du Groupe Sportif Figeacois, tout juste promu en Fédérale 2. Partagé entre les fournils de l’entreprise familiale et l’entraînement de son nouveau club, Jérémy Wanin a opéré un véritable retour aux sources. Récit d’une reconversion choisie, entre agriculture, pain de campagne et une passion ovale dont la flamme continue de brûler, et ce, peu importe le niveau…

D’Albi à Figeac en passant par Aurillac, le formidable parcours d’entraîneur de Jérémy Wanin
Natif de Saint-Germain-en-Laye, en région parisienne, Jérémy Wanin rejoint ensuite Albi à l’âge de 10 ans et grandit dans le Tarn. C’est ici, au Sporting Club Albigeois, qu’il se passionne pour le ballon ovale, effectuant ses classes jusqu’en espoirs, avant de réaliser un court passage à La Vallée du Girou. En parallèle, il valide une licence STAPS à Rodez.
Sa carrière professionnelle débute alors en 2007 : alors que la Coupe du monde se profile en France, la Fédération ouvre des postes de Conseiller Technique de Club (CTC). D’abord pressenti dans le Tarn, il est finalement envoyé in extremis dans le Lot. Jérémy s’installe à Lamothe-Fénelon avec sa famille, porte les couleurs de Gourdon en tant que joueur durant dix saisons, en devient le capitaine, puis l’entraîneur-joueur jusqu’à ses 34 ans.
Pendant ces 10 années, il rayonne comme CTC, rattaché aux comités Midi-Pyrénées et Limousin, formant et repérant la jeunesse locale. En 2017, une opportunité en or s’offre à lui, lorsqu’Arnaud Mela l’appelle pour l’épauler dans le staff d’Albi en Fédérale 1 Élite. C’est pour lui le grand saut vers le monde professionnel, où il passe quatre saisons au total, avant de s’envoler pour Aurillac en tant qu’entraîneur des arrières, succédant à Maxime Petitjean. Après cinq saisons dans le Cantal, Jérémy Wanin a décidé de tourner la page pour retrouver les siens dans le Lot.
À l’occasion de son arrivée à Figeac, il est revenu en détail sur son parcours, ses années pro et sur ce choix de vie radical. Entretien.

On imagine que quitter l’adrénaline des staffs professionnels n’a pas dû être une décision anodine… Qu’est-ce qui a motivé ce grand virage ?
Jérémy Wanin : C’est un choix personnel et familial avant tout. Le club d’Aurillac m’avait proposé de prolonger mon contrat, mais après 9 années de rugby professionnel loin de la maison, à multiplier les trajets et les nuits tout seul loin de ma famille, j’ai décidé de rentrer. Entraîner en pro est un métier passionnant, mais qui reste précaire.
Si vous n’avez pas les résultats, vous pouvez vous faire virer du jour au lendemain. Donc l’idée a toujours été de garder la maison familiale dans le Lot, et de faire les allers-retours. Si l’entraînement me passionnait toujours autant, toute la logistique autour commençait à devenir compliquée pour moi. J’ai fait ce choix seul, c’était le moment de rentrer auprès des miens.
Justement, comment s’articule aujourd’hui votre quotidien entre cette nouvelle vie professionnelle et votre retour sur les bancs de touche amateurs ?
Je suis en reconversion professionnelle dans l’entreprise familiale de mes beaux-parents, qui font du pain à la ferme. Je ne suis pas sous contrat avec Figeac. J’essaye de trouver un mix entre boulangerie, agriculture et rugby, ce qui n’est pas toujours facile, car le pain, c’est tôt le matin, et le rugby, c’est le soir. Mais ça me tenait à cœur de revenir à des choses simples et nobles pour nourrir les gens, un retour aux sources nécessaire, le tout en passant plus de temps avec ma famille.

Pourquoi avoir choisi le club de Figeac ? C’est un retour aux sources géographique, mais aussi humain, n’est-ce pas ?
Cela faisait déjà plusieurs années que le club m’avait contacté. Je savais au fond de moi que je voulais continuer à entraîner, j’en ai besoin dans mon quotidien. Et parmi les équipes qui m’ont sollicité, c’était celle où les planètes s’alignaient le mieux. Je connaissais déjà certains joueurs, car mon premier métier était conseiller technique du Lot à la Fédération. Tous ces gamins de Figeac que j’avais connus lors des sélections ou des rassemblements, je les retrouve une dizaine d’années plus tard ici, mais en seniors. J’avais également noué des liens avec des dirigeants, donc je n’arrivais pas en terrain inconnu.
C’est une belle histoire que de retrouver ces jeunes devenus grands…
Oui, c’est une belle histoire. Cette dimension humaine a aussi fait partie de ma décision. C’était rigolo de retrouver des jeunes adolescents que j’avais connus à 15 ans, qui sont aujourd’hui adultes, pour certains même parents, et aujourd’hui joueurs du groupe senior. Il y avait quelques sourires en coin à la reprise. Même le staff, ce sont des personnes que j’avais déjà connues à l’époque. On a tous réappris à se connaître, c’était marrant de voir l’évolution des gars.


En regardant dans le rétroviseur, quel bilan tirez-vous de ces neuf années passées dans le rugby de très haut niveau ?
Je n’étais pas du tout calibré pour être entraîneur pro. À la fin de mon passage à Gourdon, j’ai reçu un appel d’Arnaud Mela, qui m’a proposé d’encadrer avec lui l’équipe d’Albi en Fédérale 1 Élite. C’est lui qui m’a mis le pied à l’étrier et qui m’a permis ensuite de vivre ces 9 années sur les bancs du rugby pro. J’en retiens une aventure humaine extraordinaire.
La vie est faite de rencontres, et c’est encore plus le cas en rugby professionnel, car on passe beaucoup de temps ensemble. Je retiens également d’avoir eu la chance de passer autant de temps au bord de terrains emblématiques, de voir des matchs en étant acteur sur le bord. Je n’étais pas programmé pour ça, donc j’en ai encore plus profité.
Cette fraîcheur d’esprit vous a d’ailleurs valu de jolis moments de partage avec vos pairs, n’est-ce pas ?
Oui. J’ai d’ailleurs une anecdote à ce sujet. J’avais un collègue entraîneur à Aurillac, Mathieu Lescure, qui a fait toute une carrière de rugby pro. Et avant un match, je lui ai dit, plein de spontanéité : « On a quand même de la chance de pouvoir vivre ça ». Et il m’a répondu : « Merci. Grâce à toi, j’ai appris à réapprécier les choses. Je m’y étais habitué et ta fraîcheur m’a rappelé la chance que l’on avait de vivre ces moments. » J’ai vraiment vécu cette carrière d’entraîneur pro comme un rêve.


Vous arrivez dans un club qui vient de monter en Fédérale 2. Comment s’est passée votre transition et la prise de contact avec ce groupe amateur ?
Quand je me suis engagé, je ne savais pas encore si on allait évoluer en Fédérale 2 ou en Fédérale 3. J’ai suivi leur parcours et la promotion avec beaucoup de recul. Je leur ai laissé vivre leur histoire sans jamais intervenir. Ils ont réalisé un magnifique parcours, mais il faut dire que la montée n’était pas vraiment prévue au club. On a donc commencé par travailler sur le recrutement, ça a été ma première mission.
Ensuite, j’ai pu créer et mettre en place un projet qui, pour la première fois, était vraiment façonné selon ma manière, car je n’étais plus entraîneur adjoint comme par le passé, mais coach principal. Je suis très content du staff avec lequel j’évolue, mais aussi de la rencontre avec les joueurs.
Quelles sont les principales différences qui vous ont sauté aux yeux en basculant du monde professionnel au monde amateur ?
J’ai été confronté rapidement à une grosse différence. Durant la période estivale, les joueurs amateurs sont pour la plupart en vacances, donc on se prépare avec moins de gars sur le terrain. L’autre grosse différence, c’est la diversité des motivations personnelles à venir pratiquer le rugby. Certains viennent pour être avec les copains et faire la fête, d’autres pour performer et progresser, d’autres pour les deux. Il y a malgré tout une envie commune de vivre une belle aventure humaine, et c’est ce que j’étais venu chercher.
Sur le plan sportif, quel projet de jeu cherchez-vous à inculquer à ce groupe ?
Je suis arrivé avec un projet de jeu très simple, qui tient sur quelques pages. Et même au-delà du projet de jeu, je veux laisser la place à l’initiative et à l’audace sur le terrain, à l’envie de provoquer des choses, d’être capable de faire basculer un match par une action décisive. Il y a une grande part accordée à la responsabilité et à l’initiative. On n’invente rien, on a décidé pour le moment de ne donner aucun objectif de production de jeu ambitieux, mais de faire simple.
Je veux surtout les responsabiliser à s’engager dans un projet collectif et humain. Je me suis rendu compte qu’à tout niveau, c’est l’aventure humaine qui guide et motive. Si les joueurs sont contents de venir s’entraîner – que ce soit le réserviste qui joue peu ou le titulaire en première –, alors on aura gagné en ayant l’adhésion d’un groupe qui veut s’amuser ensemble.


Quels sont les objectifs fixés pour cette saison en Fédérale 2 ? J’imagine qu’avec un effectif aussi jeune, l’apprentissage risque d’être corsé…
Je ne suis pas un entraîneur qui fixe des objectifs de classement en début de saison, on en saura plus à Noël pour y voir plus clair. L’idée du club est de terminer dans les 9 premiers pour basculer en Nationale 3. C’est un objectif ambitieux, car on vient de monter de Fédérale 3, et dans le recrutement, il nous manque un peu de densité dans le 5 de devant. On est passé au révélateur en amical contre Belvès : on s’est fait bouger devant sur l’ensemble, en prenant notamment 4 essais en ballon porté.
Comment avez-vous réagit ?
À la pause, je leur ai dit : « Bienvenue en Fédérale 2 ». En prononçant ces mots, je parlais à la fois aux joueurs, au staff, mais aussi à moi-même. On s’est retroussé les manches en deuxième mi-temps et on a eu une belle réaction en remportant ce second acte. On se déplace beaucoup, on est assez joueurs, mais on pioche un peu dans la densité physique, donc on sera clairement dans la peau de l’outsider dans cette poule relevée.
Il faut dire que c’est un groupe en plein apprentissage…
En stage de préparation, j’ai demandé à mon groupe : « Levez la main ceux qui ont 5 matchs ou plus en Fédérale 2 ou au niveau au-dessus ». J’ai quatre mecs qui ont levé la main, et j’en ai deux autres qui n’étaient pas présents qui ont également connu ce niveau. J’ai donc seulement 6 joueurs qui ne découvrent pas les joutes de la Fédérale 2 sur les 60 licenciés. Le groupe est très jeune, l’apprentissage va se faire sur le terrain, mais l’envie est là ! Le premier rendez-vous approche, à domicile dimanche 13 septembre face à Canton d’Alban…



