Finale Régionale 3 : le face-à-face improbable de Jocelyn et Paul, cousins et adversaires pour un titre de champion de France
Jouer une finale nationale n’est pas donné à tout le monde. La disputer face à un membre de sa famille, encore moins. Cet instant aussi rarissime que magique, Jocelyn Wild, 33 ans, trois-quarts centre du CO Tauch Corbières, et son cousin Paul Poublanc, 25 ans, talonneur au SA Saint-Maixentais, s’apprêtent à le partager ce dimanche en finale de Régionale 3. Entre découverte tardive de leur affrontement, chambrage prémédité et envie féroce d’en découdre, les cousins se sont livrés à quelques heures de ce match dans le match exceptionnel au pied du Bouclier… (Par Loulou / Photos ©COTC et MH)
Régionale 3 et Promotion R3 : où se joueront les finales nationales de ce dimanche 21 juin ?
Une cousinade surprise en finale de Régionale 3
Ce dimanche, la famille de Jocelyn et Paul se réveillera avec une certitude absolue : celle de voir l’un des siens ramener le bout de bois à la maison. Le traditionnel poulet du dimanche attendra, direction Nérac pour la tribu Wild-Poublanc, le cœur forcément partagé mais les yeux pleins d’étoiles. Il faut dire que chez eux, l’ovalie est une affaire d’ADN. « On est issus d’une famille de rugbymen. Le père de Paul a joué 20 ans à Niort, mon père et mon grand-père ont pratiqué aussi », glisse Jocelyn, l’Audois de 33 printemps.


« Je savais qu’il jouait au rugby, mais pas dans quel club »
Pourtant, la distance géographique fait que les deux cousins ne se croisent « qu’une fois tous les deux ans ». Alors, quand le destin s’en mêle pour organiser des retrouvailles à l’échelle nationale, la magie opère. Et pourtant, cette belle histoire a failli leur échapper. Aussi fou que cela puisse paraître, les deux compères ont découvert leur présence commune dans le tableau final… sur le tard. Le très tard. « C’est après avoir partagé un post de notre qualification en demi sur les réseaux sociaux que Paul m’a écrit : « T’as intérêt à gagner pour qu’on se retrouve en finale ! », rigole Jocelyn. « Mais à ce moment-là, je ne savais même pas qu’il jouait à Saint-Maixent ! »
En espionnant les compositions adverses au tour précédent, le trois-quarts centre est carrément passé à côté de la « trogne » de son cousin : « Je regardais les photos et je ne l’ai même pas reconnu ! Il faisait une tête marrante avec ses cheveux longs, et puis il a pris un peu de poids… Mes coéquipiers m’ont bien chambré en apprenant ça. » Qu’il se rassure, la réciproque est tout aussi savoureuse. Car de son côté, le talonneur de 25 ans avoue dans un sourire : « Je savais qu’il jouait, mais pas dans quel club. Alors quand j’ai compris, je lui ai souhaité bon courage pour qu’on s’offre ce rendez-vous unique en finale. »


« Si je le croise dans un ruck, je ne manquerai pas de lui passer gentiment la main sur le visage »
Sur le pré, ce choc au sommet promet d’alimenter les prochains barbecues familiaux de la période estivale. Un trois-quarts centre élégant face à un talonneur féroce, le duel est splendide. Et le grand cousin compte bien faire parler l’expérience pour l’emporter : « Je vais essayer d’aller le titiller en venant chercher des ballons devant. Si je le croise dans un ruck, je ne manquerai pas de lui passer gentiment la main sur le visage. Je suis plus âgé, il faut savoir le taquiner ! »
La réponse du cadet du Poitou fuse, pleine de malice : « Le connaissant, j’imagine qu’il va chercher les embrouilles. S’il faut aller le chercher au centre du terrain, j’irai, ça ne me fait pas peur. J’ai deux grands frères, j’ai appris à me défendre ! Il va falloir griller la politesse à l’aîné. » Sauf que la lucidité d’une finale de Championnat de France reprend vite le dessus. « Si j’ai un deux-contre-un face à lui, je n’irai pas le défier bêtement non plus ! » tempère Jocelyn dans un éclat de rire.


« Mon père a même fermé son restaurant ce dimanche pour venir nous voir »
Au-delà des plaquages et du folklore, cette finale est surtout le plus beau des prétextes pour réunir une famille éparpillée aux quatre coins de l’Hexagone. Depuis dimanche dernier, les téléphones chauffent et les valises se bouclent. « Mes parents, ma tatie seront là. Mon père a même fermé son restaurant ce dimanche pour venir nous voir », confie Paul, ému. Un enthousiasme partagé par Jocelyn : « Au-delà d’être une fête du rugby, ça va être un moment familial incroyable, gravé à jamais dans la boîte à souvenirs. »
Au bout des 80 minutes, des impacts et de l’angoisse, le sport rendra son verdict. Un seul soulèvera le Bouclier, mais la plus belle victoire est déjà acquise, comme le conclut poétiquement Paul : « Il y aura forcément un déçu ce week-end, mais quoi qu’il arrive, on boira le plus beau des coups ensemble à la fin. »















