FFR : Marie Houdré entre dans la légende

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La FFR a souhaité envoyer un message fort et symbolique en choisissant Marie Houdré, joueuse de rugby des années 20, comme première personnalité à être mise à l’honneur sur le Mur des Légendes du rugby Français…

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Créé à l’initiative de la FFR, ce Mur des Légendes a pour vocation d’honorer des personnalités rugbystiques qui par leur action ou leur carrière ont contribué au rayonnement du rugby français. Le Bureau Fédéral et le Comité Directeur de la FFR ont voté à l’unanimité la création de ce Mur des Légendes et dans la foulée la désignation des 3 premières Légendes du Rugby Français.

Symboliquement, la première personne inscrite sur le Mur des Légendes sera une femme, Marie Houdré. Femme engagée qui s’est battue contre les préjugés et contre l’opinion publique de son époque très hostile à la pratique du Rugby Féminin.

Par cette nomination la FFR et ses dirigeants souhaitent adresser un message fort en cette veille de Journée International des Droits de la Femme. Il s’agit, à travers la personne de Marie Houdré, de rendre hommage à toutes ces femmes anonymes et courageuses qui ont permis par leurs actions et leur engagement tout au long de ce siècle de développer la pratique sportive féminine et plus particulièrement le Rugby.

Serge Simon, Vice-Président de la FFR : « Le Rugby comme les autres sports, a un rôle sociétal fondamental. C’est pour cela que nous avons souhaité envoyer un signal fort avec cette nomination. Nous sommes une Fédération qui prend sa part dans les débats qui traversent notre société. La FFR se transforme, évolue et s’engage pour la féminisation de ses instances, l’égalité des droits et des moyens entre les filles et les garçons. Dernièrement elle a rebaptisé ses deux équipes nationales : XV de France Masculin et XV de France Féminin alors que l’appellation XV de France était réservée uniquement aux garçons. Elle déploie également une politique ambitieuse de développement de la pratique féminine tant pour augmenter le nombre de licenciées féminines que pour accroître la performance. Nous sommes très fiers de la compétitivité et de la notoriété de nos équipes féminines et nous pouvons concrétiser notre reconnaissance à travers ce genre d’acte symbolique. »

Le Comité directeur de la FFR a également désigné Yves du Manoir et Jean-Pierre Rives comme Légendes du rugby français.

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La féministe orléanaise Marie Houdré, médecin au sanatorium de Kerpape dans les années 1920 et fondatrice d’une section sportive féminine à Ploemeur, fait partie des pionnières du rugby féminin. C’est à Paris, dans le 14e arrondissement, à l’ombre de la bienveillance du SCUF, qu’elles s’entraînent avec l’aide de l’international André Theuriet. Elles se regroupent sous l’égide Fémina Sport (un club omnisport exclusivement féminin), mais ce n’est pas encore du rugby mais une discipline dénommée « barrette », avec un aménagement spécial pour la pratique féminine (terrain réduit, pas de plaquage, 12 joueuses). Cette version promeut l’adresse plutôt que la force ; elle est parfaite pour les femmes.

Celle qui deviendra par la suite doctoresse n’aura de cesse d’imposer et promouvoir cette nouvelle discipline en multipliant les démonstrations. Mais Marie Houdré est confrontée à de nombreuses critiques venant même de la presse. « Ce jeu n’est pas fait pour les femmes », lit-on très souvent dans les journaux d’opinion. La « barrette » finira par disparaître, faute de relais. Il faudra attendre les années 60 pour voir le rugby réapparaître en France sous sa forme actuelle. Mais la carrière de Marie Houdré ne s’arrête pas à cet échec ; après ces vains efforts, elle publiera plusieurs ouvrages dont un qui fait encore référence aujourd’hui : Guide pratique d’hygiène et de médecine de la femme moderne (1928).


 

Serge Simon : « Un acte militant »

En présence des XV de France masculin et féminin, la FFR a inauguré son mur des légendes et choisit symboliquement une femme comme première légende du rugby français. Explications avec Serge Simon… (source FFR)

Pourquoi la FFR a décidé de créer un Mur des Légendes ?

Serge SIMON (Vice-Président de la FFR) : « Nous n’avons rien inventé parce qu’il existe des Hall of Fame dans beaucoup d’endroits qui ont pour but d’honorer les légendes de ces institutions. Ce sont des gens qui ont contribués par leurs actions ou leur carrière et de manière indiscutable au rayonnement du rugby. C’était un manque que nous avons comblés avec la création de ce mur des légendes qui réunira à la fois des femmes et des hommes.

La 1ère personne qui est entrée dans ce Mur des Légendes est une femme, c’est un choix symbolique pour la FFR …

Serge SIMON : « L’idée de cette nomination est un signal fort envoyé par notre institution. Nous avons voulu rendre hommage à toutes les femmes qui se sont battues et qui se battent encore, et le mot est faible, contre l’opinion publique, contre les préjugées pour imposer la pratique féminine ! Il a fallu de longues années où des femmes anonymes ont ouvert des brèches dans l’ombre. C’est un hommage général que nous rendons à ces femmes qui ont permis par leurs actions d’avoir aujourd’hui un rugby féminin français rayonnant. Notre légende numéro 1 est donc Marie Houdré, une femme des années 20, qui a tenté de s’emparer de la pratique du rugby sous une forme qui s’appelait la barrette au sein d’un club mythique sous la bienveillance de quelques hommes mais contre une opinion générale dont celle de la Fédération totalement hostile au rugby féminin. »

Entre le soutien à Gareth Edwards, la place de Marie Houdré dans le Mur des légendes, la Fédération se place comme un acteur de la société ?

Serge SIMON : « Une fédération a une délégation de service public pour organiser la pratique de sa discipline mais cela va bien au-delà. Nous avons 1900 clubs à travers la France avec un maillage des territoires incroyables. Tout le monde s’accorde à dire que ce soit le rugby ou d’autres sports, nous avons un rôle fondamental de ciment social d’unité et d’identité national. Evidemment, les Fédérations sont traversées par les débats de société. Aujourd’hui, les échanges sur l’égalité homme/femme nous concerne complètement. Nous voulons envoyer un signal fort dans ce débat, nous sommes une Fédération militante qui se transforme et qui évolue vite pour rattraper son retard sur l’égalité des droits homme/femme, sur la représentativité des femmes au sein des instances dirigeantes, sur le nombre de licenciés féminines qui doit progresser et sur la reconnaissance, tout simplement, que nous devons à la pratique féminine. Nous sommes heureux de la notoriété de nos équipes féminines mais nous devons aller encore plus loin et c’est ce genre d’actions qui nous permettent de le faire !

C’est aussi joindre les actes à la parole ?

Serge SIMON : « C’est gravé dans le marbre ! Le nom de Marie Houdré figurera à jamais sur le mur des légendes. C’est un acte engagé, engageant, puisque la première légende du rugby français sera cette femme et nous en sommes fiers !

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La capitaine de l’équipe de France féminine avec la cape 001, en compagnie de Bernard Laporte (photo FFR)

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