Fédérale 3 – Thuir – La Salanque, un derby sang et « hors » sujet

0

Tout derby suscite un engouement spécial. Dans le Pays Catalan plus qu’ailleurs peut être. Celui qui opposait Thuir à La Salanque ce dimanche, n’a pas dérogé à la règle. Mais aux traditionnels accrochages, plaquages appuyés, mots doux et autres chambrages, sont venues s’ajouter deux grosses générales, et un coup de pied au sol, présumé, qui provoque forcément de vives réactions… (photos Valérie Cardoner)

thuir la salanque (1)
Un combat qui a laissé des traces

Un score étriqué, un essai marqué, un mot, une poussette, une réaction, et voilà comment on élimine trop de tensions accumulées en une bagarre. Seul, l’arbitre du jour, M. Henriel parviendra à ramener la calme après avoir sorti un carton rouge pour chaque camp. A 8-10 à la pause, les supporters espéraient sans doute voir plus d’essais que de baffes. Au retour des vestiaires, le buteur maison, Dumoulin, et visiteur, Duret, se livraient un match dans le match. A l’heure de jeu, le score est de 11-13. Moment où une deuxième échauffourée explosait en bord de touche, M. l’arbitre voit encore rouge, à deux reprises, et parsème le tout de trois cartons jaunes. Arnaud, le talon de l’UST, reste au sol, KO. Victime, selon les premiers témoignages, d’un coup de crampon dans la tête !

Le jeune homme retrouve ses esprits, se relève, mais a perdu la vue d’un côté. Il est raccompagné aux vestiaires avant de partir aux urgences. Le match reprend malgré tout, dans une ambiance forcément électrique. Thuir reprendra l’avantage sur pénalité (14-13) avant que la Salanque n’en fasse de même à la 77ème par Nouzières (14-16). Dumoulin aura bien la pénalité de la gagne au bout du pied, mais sa tentative passera à côté des perches. La Salanque enchaîne un quatrième succès de rang et renforce sa première position. Mais ce match a laissé un goût amer dans les deux camps. Et le présumé coup de pied au sol occupait tous les esprits, pendant qu’Arnaud recouvrait les siens. C’est pourquoi, nous avons donné la parole aux présidents des deux clubs pour avoir leur sentiment général sur ce derby, et avoir des nouvelles du blessé.

thuir la salanque (2)
Touché à l’oeil, le talonneur thuirinois va se rendre aux urgences

Paul Bourret (président Thuir) – Président, pouvez-vous nous résumer le match ?
 Il y a eu une première bagarre en première période, l’arbitre a sorti les cartons rouges, ce qui est normal, ce qui a calmé tout le monde. Mais en seconde période, ça s’est chauffé devant les tribunes et les bancs de touche, avec une deuxième bagarre générale. Un de nos joueurs, au sol après un plaquage, a reçu un coup de crampon à la tête. Il est resté KO sur le terrain pendant un moment. Il s’est relevé, mais il n’était pas bien, et surtout, il me disait qu’il n’y voyait plus de son œil touché. Il est parti à l’hôpital. Aux dernières nouvelles, il a passé un scan qui ne révèle aucun traumatisme, mais devra se soumettre à un suivi avec un ophtalmo pour son hématome à l’œil. La vue revient petit à petit, c’est le plus important, et qu’il ne garde aucune séquelle.

Que va-t-il se passer concernant votre joueur blessé ?
Son papa veut porter plainte, nous allons en discuter ensemble, car si plainte il y a, c’est le club qui la déposera. Nous voulons voir d’abord comment évolue la blessure, ce qui conditionnera la suite. Mais nous venons d’apprendre qu’il avait un écrasement du canal rétinien, donc c’est à surveiller.

Vous sentiez que ce match était tendu à ce point ?
C’est un derby, chacun veut marquer son territoire, ne pas perdre, il peut y avoir des mots doux, quelques gestes… Vous savez, j’ai pris la présidence du club depuis cette année, mais j’ai joué au rugby jusqu’à 39 ans. Des coups, on en prend, on en donne, mais il y a des limites à ne pas dépasser. Or, depuis ce début de saison, je vois des bagarres d’une rare violence. D’un temps que je croyais lointain et révolu. Je le répète, il y a toujours eu des petites bagarres, des accrochages, surtout lors de derbys où chacun défend son territoire. Mais là, j’ai le sentiment que l’après Covid a décuplé une forme de violence, qu’un simple geste d’humeur, une parole, peut mettre le feu aux poudres.

Ce genre de match n’est pas une bonne publicité pour le rugby dans tous les cas…
J’imagine bien ce que l’on va dire, qu’il s’agit encore des clubs catalans, et que nous serons pointés du doigt, mais je peux vous assurer que je vois cette recrudescence partout. Le match à La Saudrune notamment, j’y reviens, car ce n’était pas une bagarre, c’était un pugilat, qui m’a presque fait peur. Là, il y a un coup de pied au sol, c’est lamentable et inacceptable. Est-il volontaire ou pas, je n’en sais rien, mais il faut en parler, le dénoncer. On voit des mauvais gestes en Top 14, peut être qu’il y a un sentiment d’impunité dans le rugby amateur. Il faut que les joueurs sachent que ce n’est pas le cas.

Comment voyez-vous la suite sur ce match et pour la saison de Thuir ?
La suite à donner, comme je vous l’ai dit, on va attendre un peu. Mais ce que je peux vous dire, c’est que mercredi, je prendrai la parole devant les joueurs, pour leur expliquer certaines choses, de se calmer déjà, car on en est à 5 cartons rouges déjà en quatre matchs. Au delà de l’aspect sportif, il y a aussi l’aspect humain, certaines valeurs à préserver, et nous ne sommes pas le vilain petit canard du Roussillon. Mais inévitablement, on va nous coller une étiquette dans le dos après ce début de saison.

Vous avez échangé avec le président de la Salanque ?
Pas trop après le match, car j’étais très occupé. Mais il m’a appelé aujourd’hui. Il m’a fait comprendre qu’il était désolé de cette situation. En tant que clubs catalans, nous devrions nous serrer les coudes, et pas se battre de la sorte. Nous étions d’accord sur ce point et sur le fait de souhaiter de meilleurs lendemains. D’autant plus que les entraîneurs et les joueurs se connaissent pour la plupart.

247979788_4883979048320930_4416133873047033617_n
Chaque point de rencontre a donné lieu à de grosses explications

 

Louis Carles (président La Salanque) – Président, pouvez-vous nous résumer le match ?
C’était un match piège par définition, mais que nous avons préparé comme un autre. Nous avons une bonne équipe, nous sommes premiers, en proposant du beau jeu, on marque beaucoup d’essais, chaque équipe aura envie de faire tomber le leader, et c’est normal. Là, il s’agit en plus d’un derby, il y avait une ambiance quelque peu délétère dans les tribunes. Les joueurs nous ont dit que c’était très tendu sur le terrain aussi, avec beaucoup de provocation. Mais un match de rugby, c’est 80 minutes à vouloir dominer. Thuir a été accrocheur, et nous, nous n’avons pas fait un bon match. C’était donc le scénario parfait pour match piège. Mais cette tension, palpable, c’est comme une cocotte minute, à un moment, ça peut exploser. Ca a été le cas en première mi-temps, dans l’en-but, où les remplaçants de Thuir sont venus s’en mêler…Et puis sur la seconde, je suis l’offensive qui était en cours, pas la bagarre. Là, j’ai entendu des gens qui affirmaient avoir vu un coup de pied au sol. Je ne peux pas le confirmer puisque je ne l’ai pas vu.

Du côté de Thuir, ils sont nombreux à l’affirmer, que ce soit le staff, les joueurs et le public…
Vous savez, quand tout le monde dit la même chose, vous finissez par croire qu’il y a du vrai. Alors que dire de plus ? S’il s’avérait qu’un coup de pied avait été porté à la tête d’un joueur au sol, ce serait terrible, car c’est le plus vilain geste qui puisse exister sur un terrain. Il y a eu un rapport de l’arbitre, la Commission de discipline va s’en occuper, il y a un barème de sanctions, et une fois la sanction prononcée, on réagira.

Pour reprendre vos propos, si le coup de pied était avéré, est-ce que le club sanctionnera le joueur incriminé ?
Au moment où je vous parle, je ne suis sûr de rien, et il me semble inutile d’en dire plus. Mais si ce qui est reproché à notre joueur est fondé, il sera lourdement sanctionné évidemment.

Plus globalement, l’image du rugby et du rugby catalan vont être ternies…
Seuls ceux qui ne connaissent pas le rugby pourront le dire. Les autres savent ce que c’est de gérer un club. Moi je le sais depuis de nombreuses années, nous avons près de 300 licenciés au club, je ne pense pas qu’un seul puisse ternir notre image. Mais on n’empêchera certains de pointer du doigt, encore, le rugby catalan. Je peux vous affirmer que nous faisons la leçon chaque semaine à nos joueurs, pour dire qu’il faut rester maîtres de soi, ne pas se battre, éviter les cartons. Je peux vous assurer aussi que gagner comme nous l’avons fait hier, ce n’est pas agréable.

Quelles sont vos relations avec Thuir ?
J’ai appelé mon homologue ce matin pour prendre des nouvelles, qui, a priori, sont rassurantes. Je sais que certains de nos joueurs ont également pris des nouvelles. Ce match d’hier n’altère en rien les bonnes relations que nous pouvons entretenir entre les deux clubs.  Il faut que cela perdure, retenir cette leçon et éviter dans tous les cas de revivre ce genre de match, car le rugby n’en sort pas vainqueur.

thuir la salanque (3)
A l’image des joueurs sur le terrain, les deux clubs veulent garder de bons contact

Aucun article à afficher

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here