Fédérale 3 : RC Lucciana, le promu corse face à un défi logistique titanesque
Pour la première fois depuis plus d’une décennie, un représentant corse s’apprête à évoluer en Fédérale 3 pour cette saison 2026-2027. Après son accession acquise en avril dernier, le RC Lucciana, qui évoluera au sein de la poule 6, devra parcourir près de 10 000 kilomètres (!) au cumul de ses neuf déplacements pour rejoindre le continent. En avion puis en bus, un véritable casse-tête logistique s’impose aux Luccianinchi, certes habitués aux longs périples, mais confrontés cette saison au défi supplémentaire d’aligner une équipe réserve à l’extérieur. Embarquez avec le RCL et son entraîneur David Pocq comme chef de bord, pour découvrir comment la formation rouge et noire s’organise… (Photos ©RC Lucciana)

Le RC Lucciana, roi des longs déplacements
Pour débuter ce nouveau chapitre en Fédérale 3, le club de Haute-Corse enfile un costume de promu original, avec la couronne du roi des déplacements sur la tête. Sans grande surprise, le compteur GPS des Luccianinchi explose, puisque les six plus longs trajets de la saison à venir, toutes poules confondues, sont pour leur pomme. « C’est notre quotidien, on a l’habitude », concède le coach David Pocq avec légèreté, avant d’ajouter : « La poule ressemble un peu à celle que l’on avait il y a deux ans en Régionale 1, avec en plus ces deux gros déplacements à Bédarieux et à Jacou. »
665 kilomètres aller rien que pour rejoindre Bédarieux, 605 pour affronter Jacou, auxquels on peut ajouter Valréas et ses 615 bornes : vous tenez ici le podium des trois plus longs déplacements de Fédérale 3. Pour réaliser ces interminables périples, le RCL se déplacera en avion. « La contrainte du long déplacement, on la vit à neuf reprises, alors que nos adversaires ne l’ont qu’une fois en venant chez nous. Mais on est habitué à cette logistique », insiste l’entraîneur, moins inquiet par ces trajets en eux-mêmes que par l’obligation d’aligner une équipe en lever de rideau.

Le casse-tête de l’effectif et des journées marathons dans les transports
Car c’est bien là le grand changement pour Lucciana cette saison : l’obligation d’engager une équipe en Excellence B, sous peine d’être lourdement pénalisé en équipe première en cas de forfait. Une nouveauté qui rebat les cartes de tout un collectif. « La problématique par rapport à l’an dernier, c’est que sans équipe réserve, on jouait à 12h30 et on pouvait rentrer derrière sur le vol de 17h », détaille David Pocq.
« Là, on va devoir faire des journées marathons, en prenant le premier avion vers 7h le matin — donc une arrivée autour de 6h à l’aéroport — pour rentrer en prenant le dernier vol à 21h30. Toute cette logistique empêche certains joueurs de reprendre une licence cette saison, ou en pousse certains à ne faire que les matchs à domicile. »
Pour relever ce défi, le technicien pourra s’appuyer sur un effectif sensiblement similaire à celui de l’exercice précédent, finaliste déchu de la Ligue Sud face au SC Salonais (40-31 en Une et 103-3 en réserve) : « On tourne à une cinquantaine de licenciés. On a quelques retours de gars qui avaient arrêté, ce qui va pouvoir étoffer le groupe de la B. On a une seule vraie recrue qui arrive de Balagne, sinon il y a très peu de mouvements dans l’effectif. »

« Il est plus difficile d’être performant en se levant à 3h30 du matin »
Si ces dimanches à rallonge sont devenus un rituel pour les Corses, leurs prestations à l’extérieur ont longtemps péché par rapport à la forteresse érigée dans leur stade Charles-Galletti. Un constat lucide de la part du staff : « Ces dernières années, le groupe a eu du mal à s’affirmer à l’extérieur et ne performait qu’à domicile. Le déclic est venu la saison passée, on a pu étoffer le groupe et faire des rotations, ce qui nous a permis d’aller chercher des résultats loin de nos bases. Mais il faut être réaliste, il est plus difficile d’être performant en se levant à 3h30 du matin. J’ai des gars qui ont plus d’une heure de route rien que pour arriver à l’aéroport. »
À contrario, l’effet bénéfique de ces heures passées dans une bulle collective permet au groupe de s’unifier davantage, comme le précise l’entraîneur en poste depuis 2020 : « C’est une dimension assez unique, qui soude encore plus un groupe et peut créer une dynamique. Mais les gars n’ont pas besoin du bus pour créer ce sentiment d’unité, car ce sont des jeunes qui se connaissent depuis dix ou douze ans.
C’est une génération qui a connu en cadets les longs déplacements en bateau, ils sont désormais pères de famille et ne veulent plus avoir à le revivre. Les retours en avion sont comme ceux en bus : les gars font parfois la fête, il y a quelques excès, mais toujours dans le respect, car ils savent qu’au moindre souci, on ne sera plus accepté par Air Corsica et on devra reprendre le bateau. »


« Toute la dimension financière du club passe dans les transports et la logistique »
Une dépendance vitale aux voies aériennes qui a parfois un coût élevé. Au printemps dernier, la qualification des réservistes en 32es de finale de championnat de France s’est heurtée à un mur logistique :« L’an passé, on a dû déclarer forfait en réserve en championnat de France, non pas parce qu’on n’avait pas d’équipe, mais parce qu’on n’avait pas de transport. Il n’y avait ni bateau, ni avion. C’est dramatique pour les mecs qui se sont bougés toute l’année et qui ont mérité de jouer les 32es. Le club n’a pas les moyens de faire partir la veille. Ici, personne ne touche un seul centime : toute la dimension financière du club passe dans les transports et la logistique. »
Les objectifs du RCL : « tenir l’équipe réserve à flot et se maintenir »
Dans une semaine, les joueurs de Haute-Corse découvriront enfin les joutes de la Fédérale 3. Un baptême du feu qu’ils débuteront par un double rendez-vous à la maison : d’abord face à l’US Valréas (le 13 septembre), puis contre le Marseille Rugby Méditerranée (le 20 septembre). « On commence par un premier bloc de deux à domicile, c’est parfait pour découvrir la compétition », se réjouit David Pocq, avant de conclure : « Notre objectif prioritaire pour cette saison historique, c’est de tenir notre équipe réserve à flot. L’autre, c’est de se maintenir à cet échelon pour le groupe première. Ça va être dur de lutter face aux grosses écuries comme Saint-Saturnin ou Digne, mais on va se battre toute la saison. »
Les Luccianinchi débutent ce premier exercice sur la scène nationale la tête dans les étoiles, mais aussi dans les nuages, bien décidés à prendre encore un peu plus de hauteur…



