Esprit rugby : au RC Faucigny Mont-Blanc (74), les féminines transmettent le témoin… et le ballon
En Haute-Savoie, une belle histoire de transmission et de partage s’écrit au sein de la section féminine du Rugby Club Faucigny Mont-Blanc. Face à l’afflux inattendu de jeunes recrues dans la toute nouvelle catégorie cadette créée l’été dernier, les seniors du RCFMB n’ont pas hésité une seconde en troquant, par intermittence, leurs casquettes de joueuses pour celles d’entraîneures, soigneuses ou encore de dirigeantes. Entre conseils techniques et bienveillance maternelle, les aînées assurent la relève, créant un lien indéfectible entre les générations. Partez à la découverte de ce staff 100 % féminin qui casse les codes et prouve que dans la vallée de l’Arve, le rugby est avant tout une affaire de transmission… (Par Loulou / Photos RC Faucigny Mont-Blanc féminin)

Chez les Haut-Savoyards, mixer les générations, aussi différentes soient-elles, ne fait peur à personne. Encore moins chez les seniors féminines du RC Faucigny Mont-Blanc, qui ont poussé l’expérience jusqu’au bout, en partageant une histoire commune avec des adolescentes. Depuis la création de la catégorie cadettes, un lien puissant s’est en effet créé entre toutes ces filles, autour d’une passion commune qu’est le ballon ovale. Alison Reymond, fondatrice de la section féminine du club, joueuse et désormais coach des jeunes, nous a retracé la genèse de cette unification.


« On s’est lancées pour assurer la transmission aux plus jeunes »
« Au début, il n’y avait qu’une ou deux cadettes au club, elles jouaient au sein d’un regroupement départemental de Haute-Savoie. Mais cette sélection s’est arrêtée, alors cet été, on a décidé de monter une section cadette chez nous en compétition. On est allées chercher des filles dans les clubs aux alentours qui n’avaient plus d’équipe dans leur catégorie et, à notre plus grande surprise, on s’est retrouvées avec une vingtaine de licenciées. » À la fois ravies par cet engouement, mais pas conditionnées à encadrer tant de jeunes pousses, les Faucignerandes ont alors fait face à un dilemme :
« On s’est fait prendre au dépourvu, car on n’avait pas réfléchi à l’idée de recruter un staff. On s’est donc lancées, nous les séniors, pour assurer la transmission aux plus jeunes. » Très rapidement, la mayonnaise prend et de multiples bénéfices apparaissent : « Pour les entraînements, par manque de créneaux et au vu du nombre de joueuses, on a regroupé tout le monde, en s’adaptant évidemment aux gabarits. Se mélanger permet d’investir une partie des séniors dans la préparation et la réflexion des entraînements.(…)


Du coup, on les accompagne pendant les séances en leur apportant conseils et soutien technique de manière informelle. Finalement, c’est une très bonne idée pour la continuité du projet de jeu. Le passage entre cadettes et séniors pour celles qui ont 18 ans en cours de saison ne se fait pas sentir, le plan de jeu est le même et l’intégration facile », explique l’entraîneure-joueuse de 25 ans.
Soigneuses, coachs, « maman », dirigeantes, encadrantes, les ainées enfilent toutes les casquettes pour assurer la relève
Au fil du temps, les aînées se prêtent au jeu, en prenant leur mission très à cœur, comme le révèle Alison : « Certaines joueuses ont passé leur PSC1 afin de pouvoir être soigneuses, d’autres ont simplement validé leur licence DC4 pour avoir accès au terrain, je suis allée en formation pour devenir brassard rouge de coach et d’autres ont été formées par la secrétaire du club pour être dirigeantes. » Venues au rugby pour enfiler un maillot et jouer, voilà les seniors propulsées en tenue d’entraîneure ou de dirigeante, le tout pour assurer un précieux héritage à la jeunesse locale.


« Tout au long de la saison, on a constaté que l’on était le seul staff 100% féminin »
« On a été formées pour faire les feuilles de match et chaque week-end, on tourne pour les accompagner et les encadrer lors de leur match. Partout où on est allées cette saison, on a constaté que l’on était le seul staff 100 % féminin. Il y a toujours au moins un homme sur les autres bancs et pareil chez les dirigeants. La plupart des gens sont d’ailleurs surpris de ne pas voir de gars dans le groupe d’entraîneurs, mais c’est plutôt bien pris, on nous dit « c’est super ça change », se réjouissent Alison Reymond et ses copines, qui cassent les codes et changent les mentalités.
Pour finir, la Haut-Savoyarde évoque les moments conviviaux que partagent ces jeunes adultes et adolescentes : « Nous avons également mis en place un système d’amicale afin de financer nos activités. Les filles investissent toutes 10 euros par mois, ça permet d’organiser des moments de cohésion, de passer des soirées ensemble et de s’acheter des équipements. Les seniors, à l’unanimité, ont accepté d’intégrer les cadettes à cette amicale sans avoir à payer tout en bénéficiant des activités.
Il y a des moments spécifiques pour les adolescentes, d’autres pour les seniors avec des soirées à thème et d’autres où l’on mélange tout le monde lors d’activités transversales. On s’amuse toutes ensemble, mais chacune reste à sa place. Il y a un petit côté maman protectrice. »


Si l’objectif prioritaire des féminines de Faucigny était de pérenniser les deux équipes, ce qui semble très bien parti avec cette formule gagnante, les bons résultats se sont également ressentis sur le terrain. Les cadettes sont 4ᵉ d’une poule de 8 dès leur première saison et les grandes visent une honorable troisième place. Une belle réussite sur et en dehors du pré, qui permet d’ambitionner un futur joyeux au sein de la famille des Jaune et Vert.
Dans la famille Reymond, on demande cette fois la sœur !
Reymond, Reymond, en fidèles lecteurs de RugbyAmateur, ce nom vous sonne peut-être familier ? Eh bien, vous avez raison ! Alison Reymond, la protagoniste de cette belle histoire et créatrice de la section féminine de Faucigny, n’est autre que la sœur jumelle d’Erwan, le désormais célèbre « Dix proportionné » de l’équipe masculine locale. En y ajoutant le père, lui aussi ancien rugbyman, on imagine que les discussions des repas de famille doivent souvent tourner autour du ballon ovale…

















