Elisabeth Quevedo (Aussonne) : “Il faut du caractère pour entraîner des hommes !”

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10371891_10204144180708520_1204326950734466492_nSi le rugby féminin joue toujours des coudes pour trouver sa place dans un milieu traditionnellement géré par des hommes, son évolution reste manifeste et constante. L’équipe de France féminine en est une belle vitrine, reste aux clubs de tous niveaux à s’installer durablement, avec à leur tête, des femmes déterminées bien souvent. A l’image d’Elisabeth Quevedo, qui a joué pendant plus de vingt ans entre le Bsorf et Fonsorbes. Son caractère affirmé lui a valu de devenir une capitaine respectée sur et en dehors du terrain. Mais son plus gros défi était de l’être aussi au milieu des hommes. En effet, “Babeth”, diplôme en poche, et après deux ans à entraîner des féminines, est devenue l’une des très rares coachs en France, à entraîner des garçons, qui plus est les avants. Elle nous raconte cette première saison à Aussonne, et nous confie qu’elle ne compte pas s’arrêter là…

Elisabeth, comment êtes-vous venue au rugby ?
Mon frère y jouait. Un copain nous a présenté le président du Toulouse Fémina Sports en 1988. Avec la soeur, nous avons voulu essayer, et on a adoré dès le premier entraînement. On a été emballées tout de suite, et c’était parti. Ca fait 25 ans que ça dure maintenant.

Vous avez joué très longtemps…
Oui, mais c’est aussi parce que je voyais ma fille, Mégane, grandir et progresser. J’ai donc tenu pour que l’on puisse jouer une saison ensemble. C’est une expérience unique pour une mère que de jouer avec sa fille. Surtout qu’elle est pilier et moi je jouais en deuxième ligne.

Vous vous prépariez à devenir coach à ce moment-là ?
Arrivée à 40 ans, voyant la fin de mon parcours rugbystique arriver à grands pas, j’ai compris que je ne pourrai pas quitter le milieu du rugby. Se présenter à moi plusieurs solutions : dirigeante, soigneuse ou…coach. J’ai choisi cette dernière option. J’avais toujours le besoin de cette montée d’adrénaline que procure un match de rugby, et pour moi la seule façon de retrouver les émotions que j’avais en tant que joueuse, c’était d’entraîner. J’ai donc passé mon diplôme d’entraîneur senior. J’ai commencé à entraîner à Fonsorbes et au Stade Toulousain pendant deux ans.

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Sous les couleurs de Fonsorbes pour sa dernière année avec Mégane, sa fille, derrière elle (photo club)

Et vous voilà désormais entraîneur à Aussonne, à la tête d’une équipe masculine. Comment est-ce arrivé ?
Le club cherchait un entraîneur diplômé. Ils se sont renseignés au Comité, qui avait une liste à disposition. L’un des présidents, Christophe Albaret, me connaissait. Il m’a contacté, le courant est passé très vite, on avait la même vision, et voilà. J’y ai vu une belle opportunité de me lancer.

Comment s’est passé l’accueil de la part des joueurs ?
Les dirigeants les avaient tenu au courant de leur souhait de me recruter. Les joueurs ont donné un avis favorable, de par leurs bonnes expériences avec des arbitres femmes. On a prévu une réunion où je me suis présentée à eux. J’arpente les clubs de rugby depuis assez longtemps, je suis quelqu’un de sociable. Les joueurs sont venus me voir pour discuter, et me tester aussi je pense (sourire).

Comment se sont passés les premiers entraînements ?
J’ai transmis un programme avant l’été, et ils ont compris que j’étais rigoureuse. Ils ont bien accroché a priori. J’ai eu quelques appréhensions au début, je dois bien l’avouer, même si j’ai l’habitude dans mon travail de côtoyer la gent masculine (Chef de Rayon au Leclerc Blagnac). Mais elles se sont vite envolées. Les gars m’ont très bien accueillie et vite intégrée. De plus, avec Flavien Laffage, entraîneur des trois quarts, on s’entend très bien, on échange beaucoup et on s’aide mutuellement.

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Babeth au milieu de “ses” hommes

Vous allez donc continuer dans cette voie ?
Absolument. Même si cette saison a été compliquée de par le manque d’effectif, entraîner en deuxième série est formateur. Cette expérience m’a conforté dans l’idée d’entraîner les hommes. C’est très enrichissant. J’ai à l’heure actuelle, une vraie relation de franche camaraderie avec “mes hommes”, et je ne regrette pas une seconde d’avoir choisi de vivre cette aventure humaine avec eux.

Et jusqu’où comptez-vous entraîner ?
J’ai les diplômes pour entraîner jusqu’en fédérale 2. Mais je n’ai que trois ans d’expérience à ce poste, dont une seule année auprès d’une équipe masculine. J’imagine bien volontiers que l’on doit me juger, de loin. En disant que nous n’avons pas eu de résultats, que l’équipe descend. Mais de l’intérieur, on sait tous les difficultés que l’on a rencontrées. Devant, les gars ont répondu présent, on a rarement reculé. Je sais le chemin qu’il me reste à parcourir, mais je ne m’interdis pas de penser à entraîner plus haut, une fois que j’aurais emmagasinée assez d’expérience. Il restera quand même à convaincre les dirigeants des clubs, qui ont plus la facilité de mettre une femme au poste de trésorière qu’au poste d’entraîneur !

Conseilleriez-vous à d’autres femmes de se lancer comme vous, ou pas ?
Pourquoi pas, mais à une condition : Il faut du caractère avant tout pour entraîner des hommes. Pour s’imposer et démontrer qu’on a les mêmes qualités, car même si les mentalités changent, le rugby reste un milieu d’hommes (rires).  il faut prouver en permanence.

Et les 3ème mi-temps, elles se passent comment au milieu de tous ces hommes ?
(rires) Très bien, merci. Je ne suis pas la dernière à faire la fête en plus. Il ne faut pas se prendre la tête quand on évolue en deuxième série, de toute façon, c’est le rugby village, donc la troisième mi-temps fait partie intégrante du paysage. Quand on aime le rugby, on l’aime aussi pour ces moments-là. Il faut juste savoir se remettre au boulot après.

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Aussonne, un groupe en manque d’effectif, mais pas en manque de volonté (photo club)

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