Vincent Tauzia (Martres-de-Veyre Régionale 2 – Belgique) : « À un point de la Coupe du monde »
Mi-novembre, l’équipe nationale de la Belgique est passée tout près de réaliser le plus grand exploit de son histoire, en manquant d’un rien sa première qualification pour un mondial. Les Diables Noirs ont en effet vu le dernier ticket pour l’Australie leur filer sous le nez au profit des Samoa, en concédant le nul face aux Iliens lors de l’ultime rencontre du Tournoi final de qualification qui se déroulait à Dubaï (goal-average particulier favorable aux Samoa). Une aventure épique au dénouement cruel que nous retrace Vincent Tauzia, international belge depuis 2016 et aujourd’hui joueur de l’US Martres-de-Veyre en Régionale 2. (Par Loulou, en collaboration avec David Renzi, Photos Delphine Gaillard et Christopher Pike)

Thibault Flament, vidéo d’encouragements, supporters venus des Hautes-Pyrénées : les coulisses de la « finale » face aux Samoa
Remplaçant talonneur lors des trois rencontres de ce Tournoi de qualification de Dubaï, Vincent Tauzia, 33 ans, était l’unique joueur du groupe belge à évoluer au niveau régional, aux Martres-de-Veyre (R2 Auvergne Rhône-Alpes). Dans une interview accordée à David Renzi, gérant de la communication du club puydomois, le solide moustachu, sosie officiel de Yohan Beheregaray, est revenu sur son parcours, mais aussi sur cette folle épopée à Dubaï, à deux doigts de décrocher les étoiles…


Peux-tu nous retracer ton parcours de joueur jusqu’à ton arrivée aux Martres-de-Veyre, en Régionale 2 ?
Vincent Tauzia : « J’ai commencé le rugby à Treignac, en Corrèze. Ensuite mes parents ont été mutés à Clermont, où j’ai joué à Chamalières. Le club s’est mis en entente avec Cournon et les Martres-de-Veyre, c’est là que j’ai rencontré plusieurs joueurs qui sont devenus mes amis. Suite à cela, je suis parti un an à Dax. J’étais un peu loin de mes parents, alors quand Aurillac m’a proposé un contrat Espoirs, j’ai sauté sur l’occasion pour revenir dans le coin.
J’ai pu évoluer avec l’équipe première pendant deux ans, puis j’ai rejoint La Seyne-sur-Mer pour deux saisons, avant de revenir dans ma région d’origine. C’est Cournon qui m’a proposé le meilleur projet et j’y suis finalement resté pendant neuf ans. Aujourd’hui, j’ai une petite fille qui a 14 mois. Je n’avais plus envie de faire les grands déplacements, j’ai même pensé arrêter le rugby.
Et puis des amis, Xavier Jouvet et Vincent, ont tout fait pour monter une vraie équipe de copains. Vincent me tannait tous les jours pour que je les rejoigne, et je pense que pas mal de gars attendaient que je signe pour venir. Voilà comment j’ai atterri aux Martres-de-Veyre. C’est cool et ça marche bien pour le moment. »
Comment se passe justement ce début de saison avec l’USMV ?
« Très bonne surprise. J’ai joué quatre matchs et je suis déjà suspendu pour le prochain (rires). Mais vraiment surpris du nombre de bénévoles, de gens impliqués. Et ce que j’adore, c’est que le groupe l’emporte toujours face à de meilleures individualités. Même quand il manque des joueurs, l’équipe gagne. Pour le moment on est premier au classement. »


« Mon histoire avec la Belgique a commencé grâce à ma grand-mère »
A quand remonte ta première sélection avec la Belgique ?
« Il y a neuf ans, j’en avais alors 24. Pour l’anecdote, j’étais à La Seyne-sur-Mer, on mangeait le midi entre joueurs et parmi eux il y avait un copain, Thomas Vervoort… En discutant, je lui apprends que ma grand-mère était née en Belgique. Quelques jours plus tard, il m’appelle pour me dire : “Tu m’as bien dit que ta grand-mère était née en Belgique ? Alors appelle vite le sélectionneur, il part en Géorgie dans deux jours.” Ma mère m’a envoyé mon livret de famille et deux jours après, j’étais à Bruxelles pour partir jouer contre la Géorgie. Voilà comment tout a commencé, grâce à ma grand-mère. »
Combien as-tu de sélections ?
« Les Samoa, c’était ma 21ᵉ, car certaines ne comptent pas (contre la sélection du Pays basque, matchs amicaux…). C’est toujours une immense fierté, tu travailles pour vivre ça. Chanter l’hymne… c’est incroyable. Et le coach, Laurent Dossat. Un petit gars qui fait vibrer tout le monde. Les cérémonies pour les maillots sont incroyables. C’est une très belle personne. »


« Les quatre équipes étaient dans le même hôtel, une ambiance très sympa »
Quelle fut ta première impression en arrivant à Dubaï ?
« La chaleur lors du premier entraînement… Une claque. Mais le corps s’adapte vite. Et les installations sont dingues : le complexe du Dubaï 7s, au milieu du désert, c’est énorme. Les quatre équipes étaient dans le même hôtel, dont les Samoa avec la moitié des joueurs qui évoluent en Top 14… Une ambiance très sympa. »
Dans quel état d’esprit avez-vous abordé le tournoi ?
« On part pour se qualifier. Le coach nous montre un diaporama de l’Everest. En bas : la Namibie. Au milieu : le Brésil. Au sommet : les Samoa, avec le ticket pour la Coupe du monde. Tu bats la Namibie. Tu bats le Brésil à 14 pendant 30 minutes, et là tu te dis : « T’es à 80 minutes d’un truc énorme…»
Comment on se prépare psychologiquement à affronter une équipe comme celle des Samoa, surtout avec un tel enjeu ?
« Avant le match des Samoa, le coach avait appelé nos familles. On ne sait pas comment il a eu les numéros… c’est un fou. Il a demandé à Vincent le numéro de ma conjointe pour lui demander de faire une vidéo. Celle-ci commence avec Thibault Flamand, de l’équipe de France, qui nous souhaite un bon match. Et ensuite… nos familles, avec des encouragements pendant 20 minutes. Tu voyais tous ces gros gabarits avec les larmes aux yeux. Pendant le match, notre capitaine (blessé aux croisés juste avant le tournoi) me disait : “Pense à la vidéo, pense à la vidéo.” Ça te remet dedans, même quand tu dois arrêter des monstres. C’était un moment très fort. »


Comment as-tu vécu ce tragique dénouement contre les Samoa ?
« J’étais sur le terrain, j’ai tout donné. Et quand l’arbitre siffle… la déception est immense. À 33 ans, je savais que je n’aurai pas d’autre chance. On passe à un point d’une qualification pour la Coupe du monde. Les anciens étaient dévastés, les jeunes aussi. Un moment très dur. Mais faire match nul contre les Samoa, ça reste une performance incroyable. »
Ce qui t’a le plus surpris dans cette aventure ?
« Les supporters. 50 personnes originaires du village de l’entraineur sont venues nous encourager ! Au fil du match, le stade nous portait de plus en plus. Et enfin l’équipe, c’est une famille. Ce ne sont pas les joueurs les plus connus, mais ils sont toujours prêts à se battre. »
Dernière question : le maillot national, ça représente quoi pour toi ?
« Une fierté et beaucoup de travail. Le plus dur, ce n’est pas d’avoir une sélection : c’est d’en avoir 50 ou 80. C’est du travail chaque jour. Notre coach dit souvent : “Être meilleur ne s’arrête jamais, c’est tous les jours un éternel recommencement.” et c’est exactement ça. »


Pour conclure, les présidents de Martres-de-Veyre, Olivier Chappon et Laurent Weismeschkirch, ont affiché leur fierté d’avoir un joueur comme Vincent Tauzia au sein de leur effectif en ajoutant un petit mot : « Vincent est arrivé au club cette année. Ce fut une belle rencontre, nous avons vu arriver un garçon très souriant et très avenant. Il est porteur de bons conseils auprès des jeunes joueurs du club. Il a permis de mettre en lumière notre club et nous lui en sommes reconnaissants. »
L’interview décalée de… Vincent Tauzia (Aurillac, La Seyne, Clermont Cournon)













