Arbitrage : l’ascension express de Nathan Brulebeaux, promu en Fédérale 2 à tout juste 21 ans
À l’occasion des Journées de l’arbitrage La Poste 2026, qui se tiennent du 6 au 15 octobre, Rugby Amateur met en lumière le parcours hors du commun d’un arbitre en pleine ascension : Nathan Brulebeaux. Originaire de Senlis dans l’Oise et rattaché à la Ligue des Hauts-de-France, le jeune arbitre fait preuve d’une précocité remarquable. À seulement 21 ans, cet étudiant en kinésithérapie à Paris vient d’être promu en Fédérale 2, franchissant les échelons à un rythme effréné. Récit d’un engagement total, entre souvenirs marquants, exigences du haut niveau et plaisir au cœur du jeu…

De Senlis au pôle espoir : la naissance d’une vocation
Nathan, comment votre passion pour l’arbitrage a-t-elle démarré ?
NB : J’ai pris le sifflet pour la première fois sur les plateaux U12 lors d’initiations à l’arbitrage. Ça m’a plu dès le début et j’ai continué en U14. J’étais licencié au Rugby Club Senlis, et je savais qu’en tant que joueur, je ne pouvais pas atteindre un haut niveau de compétition. Du coup, j’ai commencé à me renseigner sur les pôles espoirs arbitrage. En 2020, à mon entrée au lycée, j’ai intégré le pôle espoir des Hauts-de-France d’Haubourdin, à côté de Lille.
J’ai passé trois années là-bas et validé mes diplômes d’arbitrage, jusqu’au niveau 4, notamment le concours académique d’arbitrage en 2023. Il faut dire que mon formateur de l’époque, Elliott Chrétien, nous a vraiment tous donné l’envie de nous investir. Ça m’a passionné, alors j’ai bossé à fond. Méline Roelandt nous a également bien aidés à passer les derniers diplômes, qui sont vraiment compliqués. Tout arbitre classé le dira : l’examen fédéral écrit est particulièrement difficile.
Vous avez donc débuté très tôt à arbitrer chez les adultes…
J’ai commencé officiellement en senior dès que j’ai eu 18 ans, avec une première saison en Régionale qui s’est avérée délicate. Le passage des jeunes aux adultes, c’est un sacré palier ! Les règles changent et certains joueurs avaient deux, voire trois fois mon âge : ils essayaient forcément de me tester. J’ai connu des moments compliqués, mais cette première année m’a vraiment forgé pour la suite.
C’est-à-dire ? Quel souvenir marquant de cette période d’apprentissage conservez-vous ?
Sur ma première saison, à 18 ans, lors d’un match entre Clermont-de-l’Oise et Limay en Régionale 2, j’ai eu une mauvaise gestion. Je tiens mal mon match, je perds totalement le fil et la tension monte. J’ai dû arrêter la rencontre avant la fin car j’avais mis trop de cartons, j’étais dépassé. Ce qui m’avait marqué, c’est qu’un joueur avait essayé de me rentrer dedans. Heureusement, un de ses coéquipiers l’a retenu, mais j’étais très jeune, ça m’a touché. En cinq saisons d’arbitrage, c’est la seule fois que j’ai vécu un moment aussi sombre. Mais ça fait partie de l’apprentissage.

« On est comme les joueurs finalement, on a besoin d’entraîneurs pour s’améliorer »
La saison suivante, tout s’accélère avec une promotion en Fédérale 3…
Oui, j’ai été promu à la mi-saison. J’ai pas mal enchaîné et j’ai pu évoluer, notamment grâce à mon coach, Damien Sérouart, qui m’a énormément aidé en travaillant avec des vidéos. C’est un super système mis en place par la Ligue : les jeunes arbitres qui ont l’ambition de monter se voient attribuer des coachs pour les suivre et les aider. J’ai énormément progressé grâce à Damien, je lui dois une grande partie de ma montée. On est comme les joueurs, finalement, on a besoin d’entraîneurs pour s’améliorer ! C’est cool de se sentir entouré, car parfois on peut se sentir très seul, même si mes parents m’accompagnent souvent aux matchs.
Et cet été, nouveau bond en avant avec la Fédérale 2 à seulement 21 ans !
Tout est allé assez vite, mais c’est aussi parce qu’il y avait de belles perspectives d’évolution que je me suis lancé. C’était spécial, car je devais encore arbitrer en Fédérale 3 cette année, mais au dernier moment, une place s’est libérée dans la Ligue des Hauts-de-France. Pour la petite histoire, c’est parce que mon coach Damien Sérouart a été promu en tant qu’arbitre vidéo dans le secteur professionnel qu’une place s’est libérée en F2. Comme j’étais premier sur la liste, j’ai été retenu. C’était une belle surprise ! J’ai pu officier pour mon premier match entre Gennevilliers et Clichy, sous le regard de Damien, lui aussi satisfait.

« J’essaie de donner un maximum d’infos aux joueurs pour proposer un rugby qui laisse la place au jeu »
Qu’est-ce qui change concrètement à ce niveau ?
Le jeu est vraiment plus rapide, il faut faire plus d’efforts physiques, mais je m’y étais préparé tout l’été. La précision attendue par les coachs et les joueurs est beaucoup plus exigeante également. Les questions des capitaines avant le match étaient plus pointues, et ça me va : en tant qu’arbitre, on aime bien avoir des repères clairs, c’est beaucoup plus simple pour se faire comprendre.
Comment définiriez-vous votre style sur le terrain ?
Globalement, je suis un arbitre qui communique pas mal avec les joueurs. Notamment dans le secteur de la mêlée, j’aime bien savoir ce que ressentent les premières lignes sur leurs attitudes. Et dans le jeu aussi, j’essaie de donner un maximum d’infos pour proposer un rugby qui laisse la place au jeu, avec le moins de coups de sifflet possible.
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« Le chambrage sur mon âge, c’est aussi ce qui fait ma force »
Comment réagit le public vis-à-vis de votre jeune âge ?
Il y a très souvent des chambrages (rires) ! Mais j’ai envie de dire que c’est aussi ce qui fait ma force. Tant que ça reste bon enfant, le chambrage des supporters, c’est le jeu, j’en rigole. Ça m’arrive souvent de discuter avec le public en fin après-match, d’échanger sur des règles, sur mon parcours, et ça me plaît beaucoup.
Que pensez-vous des nouvelles technologies et de l’aide des Représentants Fédéraux ?
Je trouve cela très bien. Ça permet d’apporter de la fluidité. Depuis cette saison, dans certaines catégories comme en Fédérale 2 et 3, les RF peuvent désormais intervenir sur tous les gestes de brutalité dans le dos de l’arbitre. Il est légitime pour me relater une action sur laquelle je peux ensuite sévir. C’est une belle aide, surtout pour les matchs tendus où leur rôle prend de l’ampleur, même si c’est encore en phase de test.


« Le plus important à mes yeux reste de prendre du plaisir sur le terrain »
Et pour la suite, quelles sont vos ambitions ?
J’aimerais bien continuer à gravir les échelons, c’est un objectif comme pour beaucoup d’autres à mon âge. Si j’ai l’opportunité d’aller au plus haut niveau, je ne m’en priverais pas, mais aujourd’hui, je ne peux pas prétendre dire que j’y serai un jour. Pour monter plus haut, il faut bosser. Le plus important à mes yeux reste de prendre du plaisir sur le terrain. On verra bien, tant que la passion reste intacte.
Pour finir, un mot pour donner envie à d’autres de sauter le pas et prendre le sifflet ?
J’aimerais dire qu’être arbitre, c’est une autre perspective du rugby, hyper intéressante. On trouve un vrai groupe d’arbitres soudés dans chaque Ligue, avec une bonne ambiance : on n’est jamais seul. Ça permet aussi d’être un acteur au cœur de divisions assez hautes, que ce soit pour les jeunes mais aussi pour les joueurs en fin de carrière ou les blessés qui veulent continuer à vivre cette passion de l’intérieur. Les portes seront toujours ouvertes à tous et à toutes.


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