Alain Doucet (candidat à la présidence de la FFR) : « Il y a tout un système à changer ! »

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Après 15 années passées à la FFR comme Secrétaire Général, Alain Doucet a quelque peu surpris son monde en se portant candidat à la présidence, et donc « adversaire » officiel de Pierre Camou. Depuis sa démission, même s’il ne bénéficie pas d’une exposition médiatique aussi forte que ses concurrents, l’homme sillonne le pays, à la rencontre des présidents, pour exposer son projet et ses convictions, sans langue de bois, en clamant haut et fort que « l’avenir du rugby nous appartient ». Avec Lucien Simon et Eric Champ à ses côtés, le candidat compte également de nombreux soutiens en régions. En déplacement à Toulouse, l’ancien président du Comité Armagnac-Bigorre nous a donné rendez-vous en début de semaine pour évoquer son programme, ses idées, et les clubs amateurs, qui lui tiennent particulièrement à cœur. Dans les tribunes du Stade Ernest Wallon, comme une passerelle entre le monde pro et amateur, le candidat s’est livré sans retenue. Un entretien de plus d’une heure, riche d’annonces et d’informations… 

Alain Doucet, un candidat déterminé
Alain Doucet, un candidat déterminé (photo site officiel A. Doucet)

Alain Doucet, première question qui s’impose : pourquoi souhaitez-vous devenir président de la Fédération Française de Rugby ? 
J’y ai bien réfléchi, je l’avoue, car ce n’est pas rien comme décision. Je ne partageais plus les idées de Pierre Camou, nous sommes même en profond désaccord sur de trop nombreux sujets. On parle souvent de mon désaccord sur le projet fou du grand stade, que Pierre défend bec et ongles, et j’avoue ne pas comprendre son entêtement, car c’est un gouffre financier, mais c’est un point parmi d’autres. Je ne me voyais pas rester les bras croisés, sans défendre les intérêts de notre sport, qui ne se porte pas bien. Les Comités souffrent, les clubs sont usés, en fait, il y a tout un système à changer, tant au niveau des clubs professionnels que pour les amateurs. Avec l’équipe qui m’entoure, je veux y participer activement.

Que voudriez-vous changer en priorité ?
Je ne reviens pas sur le grand stade, tout le monde a bien compris que je suis contre (rires). Je propose de créer des championnats fédéraux différents. Je suis pour un niveau « Pro D3 » ou « Promotion nationale » clairement identifié, qui ferait tampon pour les clubs de Pro D2. En cas de descente, ils conserveraient leurs statuts, leurs effectifs, leurs employés, et pourraient repartir à la conquête d’une remontée dans un milieu connu. Je souhaite que ce niveau, soit composé de 28 clubs en deux poules de 14, intégrant les espoirs du Top 14, les 11 clubs actuels de la poule 1, ainsi que trois clubs du « nord » comme Nantes, Rouen et Strasbourg, pour développer le rugby partout en France. Il y aurait une meilleure lisibilité et un plus grand intérêt sportif aussi.

Quid de la fédérale 1 actuelle, la fédérale 2 et 3 dans ce cas ?
Je souhaite créer deux niveaux fédéraux, équivalents à la CFA et CFA 2 du football, où les équipes réserves Pro pourraient jouer. Les meilleures équipes régionales pourraient ainsi ambitionner de monter jusqu’au plus haut niveau amateur, tout en rencontrant des réserves de joueurs pro, qui ne pourraient pas monter mais permettraient aux jeunes de s’aguerrir. Je suis certain que les gens rempliront les tribunes aux quatre coins de la France, pour assister à des derbys locaux, mais aussi pour voir un Balma-Stade Toulousain 2 par exemple. On permet de créer des poules plus régionales, favorisant les derbys, car je ne suis pas certain qu’un Lavaur-Strasbourg attire la foule des grands jours au match aller comme au match retour. Les clubs se ruinent à faire déplacer 50 personnes dans un bus pour un intérêt discutable, sans parler des forfaits en réserve. Il faut redonner de l’intérêt aux compétitions fédérales, on a besoin de chaleur dans nos stades.

Ce sont les difficultés financières rencontrées par les clubs qui vous motivent à concevoir une telle refonte des niveaux nationaux ?
Il y a trop de complexités juridiques et administratives pour les clubs aujourd’hui. Je pose la question : a-t-on besoin d’avoir en niveau amateur, des SASP (Société Anonyme Sportive Professionnelle)? Lille avait ce statut, plus celui d’association. Résultat, les deux en faillite. Chalon qui était une association, a été mis en faillite, 110 de rugby dans cette ville, qui disparaissent en quelques jours, c’est dramatique. De nombreux exemples récents de clubs qui mettent la clé sous la porte devraient nous interpeller. Oui ces dépôts de bilan m’interpellent. La FFR doit gérer des associations à la base, donc un jour ou l’autre il faudra bien y revenir.

Il faudrait pour cela jeter un œil dans les comptes des clubs avant que la saison ne commence, plutôt que d’attendre la fin, et que le mal ne soit déjà fait, non ?
Exactement ! Et je veux recadrer par la même occasion la mission de la DNACG, qui ne doit pas intervenir comme un shérif qui débarque au mois de juin pour taper sur les doigts des mauvais élèves. On doit pouvoir avoir un rôle préventif, c’est pourquoi je souhaite qu’il y ait des personnes de la fédération détachées à la gestion des clubs, 5 ou 6 pas plus, mais qui pourraient intervenir en amont, et régulièrement pour dire aux clubs, c’est bon, ou à l’inverse, attention, vous n’êtes pas ou plus dans les clous. J’ai vu passer des cas qui relèvent de la fumisterie : un club va provisionner 100 000 euros de partenariats, sans nom à côté et sans garantie, ni délai de paiement. C’est absurde, et dangereux. De même, j’ai vu des personnes déclarer 400 jours d’IK (Indemnités Kilométriques) par an. Il y a 365 jours dans une année, il me semble. Il faudra voir aussi comment se rapprocher d’un organisme comme l’Urssaf, géré au niveau départemental. et pourquoi pas, organiser une réunion en début de saison avec les présidents de clubs, pour leur expliquer la marche à suivre. On ne prendrait personne en traître, ce serait clair dès le début de saison. Et si un club ne le respecte pas, il en sera seul responsable. Les budgets restent difficiles d’accès dans les clubs, on ne les voit qu’en fin de saison, souvent quand la situation est devenue trop critique, c’est vrai. On l’a vu encore cet été avec de nombreux clubs de Pro D2 qui s’en sont sortis de justesse.

« Les étrangers qui sont en Fédérale ? S’ils étaient aussi bons que ça, ils joueraient en Pro D2 ou en TOP 14 vous ne croyez pas ? »

Des clubs de fédérale aussi…
Tout à fait, car tout est lié. La Pro D2 vit une grande métamorphose, les clubs doivent s’adapter. Le cas le plus flagrant reste celui de Tarbes. Il y avait une ligne avec 500 000€ de partenariats écrite dans le prévisionnel en début de saison, mais le club n’en a pas vu la couleur. Tarbes, c’était 51 salaires à verser chaque mois, pour les joueurs, les dirigeants, le staff sportif, médical, l’administratif, etc…. Les clubs de Pro D2 sont des vitrines pour les villes, très bien, je le comprends bien, mais est-ce qu’une ville de 50 000 habitants peut faire vivre 51 personnes tous les mois ? Il faut arrêter de faire croire à certains clubs qu’ils peuvent rester ou monter à un niveau trop élevé. A Bagnères de Bigorre, il y a 10 000 habitants, ce club, bien structuré par ailleurs, ne foulera jamais les pelouses de Pro D2 ou de Top 14, c’est devenu impossible. Les clubs de Top 14 sont des clubs sportifs par définition, mais ce sont avant tout des entreprises. Ils doivent générer de l’argent encore et toujours. Ils sont dans une logique financière avant tout, avec obligation de résultats pour maintenir les comptes à flots. Donc c’est la course à l’armement, des recrutements et des salaires qui explosent.

Avec un recrutement très porté à l’étranger. Il n’y aurait donc pas assez de joueurs de talent en France ?
Mais bien sûr ! On les empêche de jeunes de s’exprimer, c’est tout. Recruter étranger, c’est aller chercher un CV, une sorte de garantie, dans l’urgence du résultat sportif recherché. Et le résultat humain, c’est que certains jeunes rejoignent des clubs de niveaux inférieurs, car on ne leur donne pas l’occasion de jouer. Pire certains abandonnent même le rugby, alors qu’ils auraient pu percer. Je vois bien les clubs de fédérale 1, 2 et même 3, recruter des géorgiens, des fidjiens, des sud-africains, et je le déplore. Je suis certain qu’un gamin formé au club, qui progresse régulièrement, peut avoir le même niveau que ces étrangers, qui, s’ils étaient aussi bons que ça, joueraient en Pro D2 ou en Top 14 vous ne croyez pas ? J’ai bien conscience que ce combat n’est pas gagné, mais il faut en parler aussi, car cela concerne aussi le niveau de l’équipe de France in fine. Ce sera aussi l’occasion de se rapprocher des agents de joueurs, qui vendent leurs poulains en fédérale 2 ou 3, parfois à tort ou à travers. Peut être faut-il mettre un frein à ce système…

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1 COMMENTAIRE

  1. bonjour a tous,
    on sent que ce Monsieur connait son sujet, et il me semble qu’il est bien plus concret que les
    CAMOU et LAPORTE qui ne pensent que TV, Paris, et clubs Pro.

    La base du rugby, c’est le rugby amateur, et il souffre.
    je vois dans mon club, au bureau directeur, on souffre des contraintes reglementaires chaque année plus lourdes, des subventions qui baissent, des championnats faussés (joueurs M16/18 du championnat A qui jouent en championnat B, une honte), de la championnite en EDR, qui prend le pas sur le plaisir et la formation.
    bref, les BENEVOLES sont usés, car on reste des bénévoles.
    La fédé, les comités l’oublient trop souvent.

    j’espere que Mr DOUCET sera élu, pour que les choses changent dans le sens du rugby amateur.

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