Sécheresse : match annulé à la dernière minute, deux présidents tirent la sonnette d’alarme
Dimanche dernier, la rencontre de Régionale 3 Nouvelle-Aquitaine opposant Panazol à Montpon-Ménestérol a été annulée une heure avant le coup d’envoi, le terrain ayant été jugé trop dangereux pour l’intégrité physique des joueurs. Résultat : l’équipe visiteuse périgourdine, au budget serré, a avalé six heures de bus pour rien. Comme un symbole, ce cas de figure illustre à quel point la sécheresse des terrains pèse sur la survie et la santé des clubs amateurs. Entre frustration et casse-tête logistique, les présidents des deux équipes reviennent sur cet épisode, avec une urgence partagée destinée aux instances : repenser l’avenir et anticiper au mieux ces situations…

« On aurait joué sur un parking, c’était pareil »
Le Sport Athlétique Montponnais a vécu un dimanche qu’il n’est pas prêt d’oublier. Un déplacement à vide que le président du club, Emmanuel Taffary, nous raconte avec une certaine amertume : « On est partis en bus dimanche matin pour 3h30 de trajet aller. On est arrivé vers midi et en voyant le terrain, on s’est tous regardé, car il n’y avait même pas d’herbe. C’était de la terre battue compactée, comme si c’était de l’enrobé. On aurait joué sur un parking de supermarché, ça aurait été pareil. C’est la première fois que je voyais un terrain dans cet état. »
« Je ne voulais pas mettre mes joueurs en danger.»
Pour préserver l’intégrité de son effectif, le président a dû trancher, conscient que son club ne peut pas se permettre d’aligner les gros pépins physiques :
« Je ne voulais pas mettre mes joueurs en danger. On est un petit club, avec des moyens humains et financiers limités. Si plusieurs joueurs se pètent, notre saison est fichue. Se blesser sur des faits de jeu c’est une chose, mais à cause d’un terrain, c’en est une autre. L’arbitre a voulu planter sa clé de voiture dans le sol, j’ai cru qu’il allait la casser. Il a annulé la rencontre, mais ce qui m’a déplu, c’est qu’il ne l’a pas fait de lui-même pour protéger les joueurs, mais parce que j’ai prévenu que je porterais réclamation s’il y avait un blessé. C’est ce que j’ai fait remonter à la Ligue. »

Entre la location du bus et les repas, ce voyage coûte 1 000 euros au club. Un gouffre financier pour une petite structure, d’autant que le SAM Rugby doit composer cette saison avec une logistique particulièrement lourde, comme le souligne Emmanuel Taffary :
« Cette saison, la Ligue nous a reversés dans une poule avec des clubs du Limousin et de la Corrèze, sans aucun derby et avec beaucoup de longs déplacements. Chaque voyage est un effort financier, cette année c’est 10 000 euros de budget déplacement rien que pour la R3. Faire 7 heures de bus un dimanche pour un match annulé ce n’est pas très appréciable. J’ai senti que Panazol était agacé de ne pas jouer, mais il était hors de question pour moi de laisser mes gars sur ce terrain. »
Sécheresse : le rugby amateur face à des pelouses en souffrance à l’heure de la reprise
« Personne ne s’inquiète de rien, rien n’est mis en place par la Ligue ou la FFR, il n’y a aucune communication »
De retour à la maison, les chaussettes propres et la frustration accumulée, le SAM Rugby a alors fait part de son mécontentement à la Ligue Nouvelle-Aquitaine, sans obtenir de réponse. Deux jours plus tard, Emmanuel Taffary apprenait via le site de la FFR que la rencontre était reportée au 1er novembre, de nouveau à Panazol. Une incompréhension supplémentaire pour le dirigeant :
« Personne n’a pris en considération qu’on doit de nouveau débourser de l’argent pour revenir à Panazol et repayer 1 000 euros. Un coup de téléphone la veille aurait réglé le souci en dix secondes en inversant la rencontre ou en délocalisant. Personne ne s’inquiète de rien, rien n’est mis en place par la Ligue ou la FFR, et il n’y a aucune communication. »
Une ligne rouge financière pour le club périgourdin, qui en appelle à la raison des instances : « Je ne pourrai pas repayer une deuxième fois à nos frais. Soit on rejoue deux fois à Montpon, soit si l’on doit retourner à Panazol, on nous paye le trajet. Mon idée première n’était vraiment pas de tout faire pour ne pas jouer, on ne va pas se coltiner 6h de bus pour éviter un match, ce n’est pas dans les habitudes de Montpon. On comprend la situation de Panazol, mais moi, je voulais uniquement protéger mes joueurs. Il faut trouver des solutions pour l’avenir. »

Nicolas Brun, président de Panazol : « Nous sommes les premières victimes »
En face, Nicolas Brun, le président de Panazol, comprend la frustration adverse mais plaide sa cause, pris en étau entre restriction d’eau et difficulté climatique : « Nous sommes les premiers concernés et les premières victimes. Cela fait plusieurs mois que la pluie se fait rare chez nous et les restrictions interdisent l’arrosage. Une commune et un club ne peuvent pas faire de miracles. On est sincèrement désolés pour Montpon et le coût de ce déplacement. »
Le club haut-viennois ne cachait d’ailleurs pas sa surprise quant à l’impossibilité de jouer :
« Quinze jours avant cette rencontre, nous avions été à l’organisation du stage de début de saison des arbitres du Limousin, qui avait été ponctué par un match amical avec nos amis des Hirondelles de Saint-Germain. À cette occasion, aucune difficulté particulière ne nous avait été signalée concernant l’état du terrain. La veille de notre rencontre, un plateau réunissant environ 130 enfants avait d’ailleurs été organisé sur cette même pelouse par le Comité départemental de la Haute-Vienne. Il n’y avait pas non plus d’arrêté municipal interdisant son utilisation. »


« Nous comprenons la frustration de l’équipe adverse, tout en étant nous-mêmes tributaires d’une situation qui nous dépasse »
Face à cette situation brûlante et aux contraintes climatiques qui risquent de se répéter, le président panazolais fait part de sa compassion : « Nous comprenons parfaitement la frustration de l’équipe adverse, tout en étant nous-mêmes tributaires d’une situation qui nous dépasse. Nous présentons une nouvelle fois nos excuses à Montpon, car nous savons ce que représente un déplacement pour un club et l’impact que cela peut avoir sur un budget. »
Au-delà de la polémique, les deux dirigeants s’accordent sur un point : la nécessité absolue d’ouvrir le débat sur l’accompagnement des clubs et l’organisation des championnats. Pour Montpon, l’addition est trop lourde sans aide financière de la Ligue, tandis que Panazol invite à regarder les limites structurelles et à repenser l’organisation sportive, comme le suggère Nicolas Brun :
« Le coût des terrains synthétiques reste très important pour les communes et les municipalités ne peuvent pas toujours supporter de tels investissements. En revanche, cette situation pourrait être l’occasion d’engager une réflexion globale sur le calendrier des championnats. Pourquoi ne pas commencer et terminer les compétitions un peu plus tard dans la saison, pour fuir les périodes de sécheresse extrême de la fin d’été ? Il est d’ailleurs frustrant pour certains clubs de devoir boucler leur championnat dès la fin mars alors que la météo est parfois plus clémente après. »
« Cette question mérite d’être posée et discutée avec l’ensemble des acteurs du rugby amateur »
Un appel au dialogue constructif que le président conclut avec pragmatisme : « Sans prétendre détenir la solution miracle, je pense que cette question mérite d’être posée et discutée avec l’ensemble des acteurs du rugby amateur afin de trouver un calendrier davantage adapté aux réalités climatiques auxquelles nous sommes désormais confrontés. L’objectif n’est pas de chercher des coupables, mais de tirer les leçons pour mieux anticiper et d’éviter autant que possible que des journées comme celle de dimanche se reproduisent. »
Une chose est sûre : entre des budgets exsangues et des sols devenus des champs de cailloux, le rugby amateur joue gros face au défi climatique…
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