« Notre rugby va mal » : 20 joueurs, zéro certitude, nouveau cri de détresse en Régionale 3
Comme chaque année, la reprise de la saison est marquée par de nombreux forfaits généraux, dus bien souvent à un manque d’effectif. Une problématique qui n’a pas épargné l’Association Rugby Technologie Viviers, contrainte de démarrer sa saison en Régionale 3 Auvergne-Rhône-Alpes avec seulement 20 licenciés dans ses rangs, suite à de multiples désistements de dernière minute. Entre solidarité pour maintenir à flot l’aventure collective et profond désespoir, le président ardéchois Quentin Pialla, au bord de l’implosion, tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme sur les difficultés du rugby d’en bas…

« Nous devions partir avec 37 licenciés… on s’est retrouvé à 20 »
En Régionale 3 Auvergne-Rhône-Alpes, trois équipes ont malheureusement déjà tiré un trait sur leur saison avant même que le coup d’envoi ne soit donné. Un triste sort de forfait général qui plane comme un spectre au-dessus de la tête de l’ART Viviers, en sous-effectif dès la rentrée. Pourtant, le club ardéchois avait tout mis en œuvre pour éviter cette situation de crise, comme nous le révèle Quentin Pialla, le président :
« Nous devions partir avec 37 licenciés, mais malheureusement, de nos jours, les paroles ne veulent plus dire grand-chose. Beaucoup de joueurs qui devaient venir ont finalement décidé de rester dans leurs clubs respectifs, souvent des structures plus grandes qui évoluent en Fédérale 3 ou en Régionale 1. »
Après un été actif en coulisses, le dirigeant espérait enclencher une belle dynamique, mais la réalité de la rentrée est venue frapper de plein fouet les ambitions « des Crocos » : « On a passé énormément de temps à essayer de trouver des joueurs, on a fait un recrutement conséquent, on s’est montré ambitieux au niveau du staff en allant chercher Bruno Ranchon, un ancien CTC qui avait entraîné à plus haut niveau avec de super résultats. Tout était réuni pour que ça fonctionne bien cette année, malheureusement la réalité est que l’on s’est retrouvé à 20 joueurs. »

« Le plus important pour eux, c’était de rester ensemble, de continuer à se battre jusqu’au bout »
Face à ces imprévus, Quentin Pialla, alors plongé dans un profond désarroi, a bien cru devoir baisser le rideau : « Nous avons fait un mail à la Ligue en disant que l’on souhaitait déclarer forfait général, car ce n’était pas possible de partir comme ça… » Un signal d’alerte qui a conduit les instances à ouvrir le dialogue avec le club ardéchois : « Ils m’ont alors recontacté en nous assurant que, sur le plan financier, il n’y aurait ni amende sur les forfaits ni frais supplémentaires. J’ai alors sondé mes joueurs pour savoir ce qu’ils voulaient faire. Ils ont été unanimes : le plus important pour eux, c’était de rester ensemble, de se battre jusqu’au bout et de partir en l’état. »
Une décision forte, guidée par l’amour du maillot, mais qui n’est pas sans lourdes conséquences pour la suite de la saison : « Nous les avons bien évidemment suivis dans leur choix, mais nous avons malheureusement perdu le coach Bruno Ranchon en route. C’est un super mec et un sacré compétiteur, mais qui habite à une heure de route ; ce n’était donc pas évident pour lui de s’engager avec un groupe de 16, 17, voire 18 joueurs. J’ai donc dû en catastrophe, en plus de mon rôle de président et de joueur, m’inscrire au Brevet Fédéral Opti pour pouvoir tenir le banc… »

« Au vu de l’incertitude quant à la tenue de nos rencontres, la Ligue ne nous envoie pas forcément d’arbitre le dimanche »
Si ces 20 courageux font preuve d’un bel élan de solidarité pour continuer coûte que coûte à vivre leur passion, évoluer une saison entière en sous-effectif n’en demeure pas moins un réel danger pour l’intégrité physique. Une situation qui alarme profondément le président-joueur :
« En ce début de saison, nous avons joué un match à 14 contre 22, avec dans nos rangs six joueurs qui n’avaient jamais fait de rugby de leur vie… J’ai un pilier gauche qui pèse 67 kg. On a pu constater sur ce premier match de championnat face à Montmeyran des différences de gabarit très importantes et des chocs très violents pour les jeunes joueurs inexpérimentés. De plus, au vu de l’incertitude quant à la tenue des rencontres, la Ligue ne nous envoie pas forcément d’arbitre le dimanche, ce qui rajoute encore de l’insécurité. »


Un sous-effectif qui interroge sur la sécurité des joueurs : « notre rugby va mal »
Partagé entre l’envie irrépressible de faire vivre une aventure humaine entre copains, la peur légitime de la blessure ou encore de fausser le championnat avec déjà un forfait à leur actif, le constat est sombre. Dans les zones rurales et isolées, pérenniser une structure relève désormais du parcours du combattant. Un sentiment d’amertume que Quentin Pialla ne cherche pas à cacher :
« Mon constat est alarmant, mais très réaliste. Je ne sais pas où tout ça va nous mener, mais une chose est sûre : notre rugby va mal. Ce sport que j’ai tant aimé pendant tant d’années commence à m’en dégoûter. J’ai bien peur que nous finissions comme en Nouvelle-Zélande, sans rugby amateur, avec simplement des franchises, où il faudra payer pour jouer ou être pro… »
Entre passion chevillée au corps et peur d’un lendemain instable, l’ART Viviers incarne parfaitement la détresse de ces clubs de village. Un appel pressant lancé à la FFR : sans un véritable soutien structurel des instances, c’est toute l’âme du rugby « d’en bas » qui risque de s’éteindre…
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