Marcel Communeau, capitaine beauvaisien et pionnier du coq sur le maillot du XV de France
Capitaine emblématique du XV de France au tout début du rugby international et des années 1900, Marcel Communeau a marqué l’histoire par sa vision moderne du jeu… et par un héritage visible à chaque match des Bleus : l’apparition du coq sur le maillot. Portrait d’un Beauvaisien devenu l’un des visages fondateurs de la sélection tricolore, entré au Hall of Fame du rugby international en 2015… (©photos Gallica Bibliothèque Nationale de France

Destiné aux études, happé par le rugby
Né à Beauvais le 11 septembre 1885, Marcel Communeau grandit dans une famille d’industriels du textile. Très tôt, il est envoyé en pension en région parisienne. C’est là qu’il découvre un rugby encore en construction, pratiqué et valorisé dans certains établissements scolaires. Le jeune Communeau s’y passionne rapidement, autant pour l’intensité physique que pour la logique collective du jeu.
Au fil de ces années de formation, il croise aussi des personnalités influentes du rugby parisien, dans un contexte où l’apprentissage passe autant par le terrain que par la transmission d’anciens et de “mentors”.

Stade Français et premiers pas dans un rugby qui change d’ère
Après ses débuts scolaires, Communeau suit une trajectoire logique pour l’époque : il rejoint le Stade Français, l’un des grands clubs parisiens. Le rugby hexagonal est alors très centré sur Paris, même si le début des années 1900 voit progressivement les clubs de province s’imposer davantage.
Ce basculement n’est pas qu’une question de géographie : il annonce aussi un changement de style. On quitte peu à peu un rugby parfois “en blocs”, plus frontal, pour aller vers une idée plus collective et structurée.
Les premiers grands tests des Bleus : apprendre dans la douleur
Quand le XV de France commence à se frotter aux références mondiales, l’écart est énorme. Le 1er janvier 1906, la France affronte les All Blacks en tournée : une défaite lourde, mais formatrice. Quelques semaines plus tard, face à l’Angleterre, le duel installe déjà une rivalité historique — même si les Français ne sont pas encore armés.
Ces rencontres servent de révélateur : le rugby international exige plus de vitesse, plus de continuité, plus de cohérence tactique. C’est dans ce contexte que des joueurs comme Communeau prennent une importance particulière : ils ne sont pas seulement des combattants, ils sont des “constructeurs”.

Le “rugby moderne” selon Communeau : des avants disponibles et un jeu qui circule
Sur le terrain, Marcel Communeau est présenté comme un avant, souvent associé à la troisième ligne. Là où beaucoup se concentrent sur l’impact et la conquête, lui insiste sur un principe simple : les avants doivent participer au mouvement, créer du lien avec les lignes arrières, multiplier les soutiens et permettre la continuité.
Cette vision paraît évidente aujourd’hui. Mais au début du XXe siècle, elle tranche : elle implique une lecture plus fine des temps de jeu, une discipline collective, et une volonté de “jouer juste” plutôt que de jouer seulement “dur”.
Capitaine des Bleus : autorité, influence et record avant-guerre
Communeau devient capitaine et s’installe comme l’un des hommes forts de l’équipe de France. À cette époque, le capitaine n’est pas seulement un leader : il est souvent directeur du jeu, avec une responsabilité plus visible qu’aujourd’hui dans l’organisation sur le terrain.
Son empreinte se lit aussi dans les chiffres : il compte 21 sélections et portera le brassard à de nombreuses reprises entre 1907 et 1912, dans un XV de France qui ne dispute encore qu’un nombre limité de tests par saison. Son nom devient un repère de cette période fondatrice.
« Il aurait été un grand joueur à toutes les époques… »
1911 : l’idée du coq, et un symbole qui traverse les générations
Avant le coq, le maillot de l’équipe de France affiche surtout l’emblème de l’USFSA (les anneaux). Mais après la première victoire marquante contre l’Écosse (2 janvier 1911), les Bleus veulent afficher une identité plus évidente, plus “France”.
Communeau pousse alors un emblème national : le coq gaulois. L’USFSA entérine officiellement cette évolution le 21 janvier 1911 : le coq apparaît (d’abord aux côtés des anneaux). Plus tard, quand la Fédération française de rugby se structure (1920), les anneaux disparaissent… mais le coq reste, perché pour de bon sur la poitrine des internationaux.

Guerre, aviation, industrie : une trajectoire au-delà du rugby
La Première Guerre mondiale interrompt la vie sportive. Communeau est mobilisé et sert dans l’aviation. Il obtient la Croix de guerre (1918), puis la Légion d’honneur (1932). Après-guerre, il reprend la manufacture familiale à Beauvais, tout en revenant ponctuellement dans la sphère rugby via des missions de conciliation ou des projets liés à la transmission du jeu.
Un héritage double : Beauvais n’oublie pas, le monde non plus
Sa ville natale lui rend hommage : le stade du Beauvais RC porte son nom. Et la reconnaissance dépasse les frontières : depuis 2015, Marcel Communeau figure parmi les personnalités honorées au World Rugby Hall of Fame.

À retenir
Nom : Marcel Communeau
Né : 11 septembre 1885 (Beauvais)
Sélections : 21 avec le XV de France
Poste : avant (souvent présenté comme 3e ligne)
Rôle historique : capitaine influent avant-guerre, promoteur du coq sur le maillot
Décision clé : adoption officielle du coq par l’USFSA le 21 janvier 1911
Distinctions : Croix de guerre (1918), Légion d’honneur (1932)
Hommages : stade à Beauvais, World Rugby Hall of Fame (2015)
Repères chronologiques
1885 : naissance à Beauvais
1906 : premiers grands matchs internationaux de la France (apprentissage)
1907–1912 : période de capitanat marquante
2 janvier 1911 : victoire fondatrice contre l’Écosse
21 janvier 1911 : décision USFSA : le coq apparaît sur le maillot
1914–1918 : guerre, aviation, Croix de guerre
1932 : Légion d’honneur
2015 : entrée au World Rugby Hall of Fame












