Du côté des pros : Eric Leconte (ex Aviron Bayonnais)

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L’invité de la semaine est Eric Leconte, ancien troisième ligne de l’Aviron Bayonnais. Toujours passionné de ballon ovale, on revient avec lui sur sa carrière, sur le rugby actuel et sur son club de cœur…

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Pour Eric (en haut à droite) a saison 91-92 avec un quart de finale est son plus grand souvenir au côté de grand noms du rugby français, comme Lagisquet, Lamaison, Gonzalez…

Déjà, pour ceux qui vous ont perdu de vue, que faites vous aujourd‘hui ?
Mon activité professionnelle est dans le privé, je suis mandataire dans les assurances et le crédit.

Le rugby, ça se traduit comment pour vous aujourd‘hui, dirigeants, simple supporters, est-ce que le rugby est toujours présent ?
Bien entendu, oui. Je le suis toujours mais en tant que supporter.

Est ce que le rugby, et notamment le rugby professionnel vous passionne toujours autant ?
Oui, il me passionne mais je m’aperçois que le côté financier a pris le dessus sur le côté sportif et cela me dérange quelque peu. Surtout sur l‘évolution des jeunes qui aujourd‘hui veulent en faire un métier avant tout et qui devient très difficile.

Vous ne vous y reconnaissez plus la dedans ?
Non. Ce sont aujourd‘hui plus des acteurs financiers qui commandent le rugby que de vrais sportifs rugbymen qui pour moi devraient être à la tête de ce sport là. Malheureusement la partie financière a pris le dessus.

Si on parle du club que vous connaissez bien, Bayonne, que pensez-vous des problèmes récurrents ces dernières années ?
Ce qui me pose problème dans ce club, c‘est qu‘il y a des personnes qui n‘ont pas joué le jeu avec le club et qui ont plus travaillé pour leurs ambitions personnelles…

Est ce qu‘on vous a déjà demandé de revenir dans la partie professionnelle ?
Il y a eu des rapprochements, mais ça ne m‘a pas intéressé… Si c‘est pour être dans un club pour faire la potiche, je ne vois pas l‘intérêt. C‘était pour m‘occuper des jeunes de l‘Aviron Bayonnais, mais le projet et les ambitions ne correspondaient pas à mes valeurs, du coup j‘ai préféré ne pas accepter.

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Son fils Ibaï n’a pas pu porter le maillot fanion mais il garde de bons souvenirs de son aventure à l‘Aviron. (crédit : Pablo Ordas)

Votre fils a joué à Bayonne, jusqu‘en espoirs, est ce que ça a été dur pour lui d‘être le fils de ?
Effectivement. On lui a souvent parlé de moi durant ses années à Bayonne et c‘est vrai que ça lui a mis une énorme pression…

Vous avez du coup côtoyé la formation à Bayonne via votre fils, est ce que vous pensez que ça marche bien ?
J‘ai un petit souci avec cette formation bayonnaise, au niveau de l‘encadrement notamment. Je l‘ai vu après avoir suivi Ibaï (son fils) pendant 3 ans, certaines choses ne me correspondaient pas du tout. Il y a un manque de respect des joueurs et sur ce qui fait le rugby.

Comment est il d‘ailleurs vis à vis de tout cela ?
C‘est un club qu‘il adore, où il joue depuis l‘école de rugby, où il a énormément progressé… Puis c‘est devenu compliqué pour lui… Maintenant on parle plus de taille et de poids dans le rugby que de qualité sportive et technique. C‘était compliqué dans sa tête de comprendre qu‘il ne pourrait pas continuer sa belle aventure à l‘Aviron…

Beaucoup plus de jeunes sont en train d‘éclore ces dernières années, c‘est d‘après vous juste parce qu‘il n‘y a plus d‘argent pour recruter d‘autres joueurs ou bien ce sont de belles générations…
Il y a des deux. Effectivement il y a eu une très belle génération, mais également le club a depuis quelques temps des difficultés financières qui font qu‘on est obligé de s‘appuyer sur des jeunes, mais sur des jeunes qui ont des qualités. Ensuite, quand on a un réservoir de 55 joueurs et qu‘on en a que deux qui sortent de ce lot, on peut se poser des questions.

Tout miser sur la formation, quand il y a la course au JIFF et l‘éventualité de trous de une ou plusieurs générations, est ce que c‘est encore viable ?
Sincèrement, je ne pense pas. Il est vrai que pour pouvoir construire, il faut donner la chance aux jeunes. Mais malheureusement on sait très bien que ce ne sera pas le cas, car une fois de plus ce sera l‘argent qui va emmener d‘autres joueurs, plus expérimentés, afin d‘être au plus haut niveau, le plus vite possible. Je le redis, le rugby est aujourd‘hui dicté par l‘argent et par le pouvoir des investisseurs qui veulent tout de suite des résultats.

Parlons de votre carrière, quel est votre meilleur souvenir ?
Sans hésitation, c‘est le quart de finale à Tarbes que l‘on perd contre Biarritz en 1992.

Justement, pouvez-vous nous raconter un peu ce match et l‘ambiance autour…
C‘était une ambiance extraordinaire avec deux belles équipes. A Biarritz il y avait énormément de joueurs expérimentés et internationaux, de notre côté on était une équipe qui évoluait sans pression et avec l‘envie d‘en découdre contre le BO. Je pense que c‘est ce que l‘on a fait mais malheureusement l‘arbitrage ne nous a pas souri ce jour là et on prend un drop sur la fin qui nous a assassiné. Ceci dit, cela reste comme une très belle aventure avec deux clubs en harmonie totale, avec aucun problème comme on peut le voir aujourd‘hui dès qu‘on parle de fusion par exemple…

Est ce que l‘on va revivre un jour une opposition entre ces deux clubs dans des phases finales de haut niveau d‘après vous ?
Je pense que oui, mais il va falloir du temps… Il faut déjà que les deux équipes arrivent à se reconstruire, c‘est ce qu‘elles font. Je le vois au niveau de l‘Aviron Bayonnais avec ce changement de directoire. A Biarritz cela me semble plus compliqué mais j‘espère que l‘on reverra ces deux clubs en TOP14, ils méritent d‘y être.

Est ce que d‘ailleurs cette opposition va durer car le refrain de la fusion revient souvent sur le devant de la scène ?
C‘est pour le moment compliqué de pouvoir fusionner ces deux clubs. Je pense que chaque club a son identité, l‘Aviron a des projets, le Biarritz Olympique aussi, il faut donc leur laisser le temps de bien préparer leur avenir. Si dans quelques temps on voit que cela pose souci financièrement, qu‘il ne peut plus y avoir deux clubs dans l‘élite, alors là il faudra se poser les bonnes questions. Pour le moment la question ne se pose pas, les deux clubs ne sont pas en accord sur cette fusion.

Vous avez fini votre carrière chez les amateurs, est ce que vous le suivez ce rugby ?
Je le suis à travers mon fils qui joue maintenant à Anglet, je vois énormément d‘équipes en Fédérale 1 qui se construisent, notamment avec des joueurs qui n‘ont pas ou plus leur place en haut niveau. Avec ces joueurs de qualité, le niveau se relève et il est intéressant.

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Eric (en haut à droite) a passé de bons moments à l‘ASB avec un titre de champion de France Fédérale3.

Vous avez joué à l‘ASBayonne et à Bera Bera en Espagne, vous pouvez nous raconter ?
L‘ASB est un club familial avec des bénévoles qui se donnent les moyens de réussir. Ça a été une très belle aventure avec notamment un titre de champion de France Fédérale 3 en 2001. A Bera Bera j‘y étais allé pour une pige de 6 mois dans une équipe qui voulait faire reconnaître le rugby en Espagne et finalement j‘y suis resté jusqu‘à finir champion de la coupe du roi, ce qui était une première pour le club de San Sebastian ! C‘est vrai qu‘après l‘Aviron, j‘ai vécu de très belles années dans ce rugby amateur que ce soit à l‘ASB ou en Espagne avec des personnes qui étaient passionnées et qui véhiculaient de belles valeurs.

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