Du côté des pros : Martial Lagain (Canada)

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L’invité de cette semaine est Martial Lagain, passé par Tyrosse, Bayonne, Peyrehorade ou encore Saint Jean de Luz et qui se retrouve en équipe nationale… du Canada! Focus sur cette trajectoire hors du commun…

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Incroyable trajectoire d’un français qui finit en équipe nationale du Canada!

Comment ça se fait que l‘on te retrouve au Canada ?
Je suis parti là-bas pour la première fois en 2011. Mon voisin et meilleur ami y allait faire un master à Monréal pour 2 ans et sur un coup de tête je l‘ai suivi. On jouait ensemble au centre de formation de l‘Aviron Bayonnais, j‘étais à ce moment là sur ma troisième et dernière année de formation, je n‘avais pas de contrat professionnel, donc je me suis dit qu‘il était temps de partir. J‘ai passé un an à Quebec où j‘ai rencontré ma copine, une québecoise qui joue elle aussi au rugby et qui est internationale. On est resté ensemble et après un bref retour de deux ans en France, j‘y suis retourné pour la retrouver. Je suis installer au Canada depuis 2014 maintenant.

Quel est ton parcours sportif ?
J‘ai commencé le rugby à 14 ans à Tyrosse, je jouais à la pelote basque avant ça depuis l‘âge de 5ans, mon père était joueur de pelote. Pendant deux ans, de 14 ans à 16 ans j‘ai pratiqué les deux sports, puis c‘est devenu impossible, du coup j‘ai lâché la pelote pour me consacrer qu‘au rugby. En milieu de dernière année Reichel, j‘ai intégré l‘équipe première de Tyrosse et à ce moment là Bègles et Bayonne nous ont contacté mon frère et moi et on a choisi l‘Aviron. Je suis donc arrivé à l‘Aviron en intégrant le centre de formation où j‘ai joué en espoir et en Reichel. Cette année là on fait un super parcours, on arrive en finale du championnat de France mais on perd malheureusement. Je reste à Bayonne jusqu‘en 2010/2011 pour partir pour le Canada. Je me pète les ligaments croisés 2 semaines avant de prendre l‘avion donc je décide de repousser mon départ de 6 mois.

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Talonneur formé à l‘Aviron Bayonnais, il a ensuite joué dans des clubs de Fédérale 1 avant le Canada.

Durant mon année à Québec, je joue mais pas dans les mêmes conditions. Pas de vestiaires, pas de terrain propre, pas de club house, pas de kiné, pas de strap, rien du tout… Juste un ballon et des crampons, c‘est un choc des cultures, mais cela m‘a fait du bien parce qu‘en revenant en France j‘ai mesuré la chance que l‘on a, avoir un kiné, un dirigeant qui te fait la bouffe le vendredi soir, un vestiaire… Même le bus pour le déplacement ‘était payant là-bas, 20$ à chaque fois et quand il y en a un, sinon on partait avec nos voitures pour un déplacement de 3 heures ! C‘était bien, tu apprends beaucoup, tu apprends sur toi-même. De retour en France en janvier 2012, je pars pour Peyrehorade en Fédérale 2 qui m‘avait appelé avant que je parte pour le Canada. J‘ai contacté donc Peyrehorade à mon retour mais aussi St Jean de Luz où je connaissait l‘entraîneur, Jean Louis Luno qui m‘avait coaché à Bayonne et que j‘aimais bien mais St Jean était déjà au complet. A Peyrehorade je n‘ai pas beaucoup joué car je me suis pété le ménisque et finalement St Jean m‘a contacté à l‘inter-saison et je les ai rejoint. J‘ai joué deux saisons au SJLO de 2012 à 2014. Ma copine a joué la coupe du monde en France en 2014 et je l‘ai suivi après ça au Canada où elle a fini ses études de médecine. J‘ai rejoué à Québec de 2014 à 2016, c‘est du niveau de la 1ère Série/Honneur en France. Les mecs sont en forme, ils s‘entraînent de leur côté, ils font de la muscu, ils courent, mais pour ce qui est du jeu, là ils ont du mal, ce n‘est pas très développé, il n‘y a pas beaucoup de cohésion. En 2016 j‘ai été sélectionné pour le tournoi CRC (Canadian Rugby Championship) qui est un tournoi national. C‘est le plus gros tournoi auquel on peut participer avant d‘intégrer la sélection nationale. On y retrouve 4 équipes qui représentent 4 régions du pays. C‘est un tournoi de niveau Fédérale 1, je voulais me montrer donc je me suis préparé en conséquence, j‘y ai fait bonne figure et je suis sélectionné avec Canada A pour une tournée en Uruguay. Je ne joue quasiment pas, environ 20 minutes sur trois matchs en 17 jours. Le seul échange que j‘ai avec le coach c‘est qu‘il faut que je sois plus lourd, je lui demande sinon ce que je vaut rugbystiquement, ce à quoi il me répond « soit plus lourd, on parlera rugby après ! ». Finalement il se fait virer vite après mais silence radio avec la sélection pendant 1 an. Je refais en 2017 le tournoi CRC et je suis re sélectionné pour la même tournée en Uruguay. Je joue plus cette fois-ci avec une titularisation puis tout s‘est enchaîné, j‘ai été invité à intégrer le centre d‘entraînement à Victoria qui est le Marcoussis canadien. A ce moment là j‘étais aussi le manager de l‘université où l‘on vivait et ma copine finissait ses études donc je n‘ai pas pu partir comme ça car cela représentait un déménagement de 5000km ! En septembre j‘arrive à Victoria, en janvier on est une quarantaine de joueurs à participer à un pré-camp de 4 jours où a la fin on joue un match en interne et 36 sont retenus pour aller défier l‘Uruguay en aller-retour pour se qualifier pour la coupe du monde. Après ce camp, on est parti 6 jours en Angleterre car la moitié de l‘équipe joue en France ou en Angleterre, de là 30 joueurs sont retenus pour la qualification et je suis dedans. On perd cette qualification contre l‘Uruguay mais il nous reste une chance avec un repêchage en novembre. Là on va faire le tournoi des 6 nations américain, l‘ARC (American Rugby Cup) avec les Etats Unis, L‘Uruguay, le Brésil, l‘Argentine et le Chili. J‘ai eu ma première participation il y a deux semaines contre le Brésil. Voilà mon parcours jusqu‘à présent.

C‘est une sélection habituée à jouer la coupe du monde, vous n‘êtes toujours pas qualifiés, il vous reste quoi comme possibilité de vous qualifier ?
Ce sera sur un tournoi qui se jouerait en France en novembre avec Europe 2 (Roumanie ou Espagne), Afrique 2 et Hong Kong. C‘est la première fois que le Canada se retrouve en repêchage, on a pas mal de pression… On a gagné le Brésil avec 47 points il y a deux semaines, cette victoire fait du bien, on voit de l‘amélioration, on continue de travailler.

Tu me parles des joueurs qui évoluent en Angleterre et en France mais est-ce qu‘il y a un championnat de haut niveau au Canada?
Non, il n‘y a pas de championnat de haut niveau. Il y a juste ce championnat de sélections des 4 régions. Sinon, chaque province à son propre championnat et il n‘y a pas de connexions avec les autres. Chaque province à sa fédération sous l‘égide de Rugby Canada, c‘est comme si le comité côte basque landes avait son propre championnat et que ça s‘arrêtait là. Les Etats Unis sont en train de mettre en place un nouveau championnat de haut niveau, ils en avaient mis en place un il y a deux ans mais pas l‘année dernière. Du coup, Toronto et Vancouver sont en train de monter deux équipes pros pour intégrer ce championnat l‘année prochaine ou dans deux ans. Toronto s’entraîne déjà d‘ailleurs, ils ont pris des joueurs d‘un peu partout donc ça ne se réduit pas qu‘à la région, ils vont jouer 6 matchs contre des clubs professionnels américain dès cette année avec la volonté de faire partie intégrante du championnat l‘année prochaine. C‘est en train de se mettre en place petit à petit et on espère que cela va bouger dans les années qui arrivent. C‘est pour le moment compliqué car il faut des budgets colossaux rien que pour les déplacements.

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Il nous semble reconnaître Marmouyet sur cette photo mais aussi Fabre de Tyrosse!

Avoir l‘espoir de jouer une coupe du monde, je suppose que c‘est un rêve qui était sorti de ta tête depuis très longtemps?
Oui, c‘est un rêve mais il n‘a jamais vraiment été dans ma tête. Même quand j‘étais à Bayonne, je n‘y pensais pas du tout. En étant au Canada, je ne pensais même arrêter et me consacrer au coaching puisque j‘avais une équipe depuis 3ans. C‘était vraiment sorti de ma tête, j‘avais 30 ans, je pensais plus à raccrocher les crampons qu‘autre chose. C‘est arrivé de nulle part mais c‘est énorme. Il a fallu que je remette tous mes projets entre parenthèses, acheter une maison, faire un enfant, tout cela était à discuter. Heureusement que ma copine est issue de ce milieu, elle a été internationale, elle sait ce que c‘est de jouer une coupe du monde.

Comment as tu été accueilli par les autres joueurs de la sélection?
Il y a déjà un joueur français à savoir un autre talonneur qui joue à Blagnac, les gars sont habitués à accueillir d‘autres nationalités puisque l‘on a aussi un irlandais par exemple dans l‘équipe. Par contre, tant que tu n‘as pas montré ce que tu sais faire, tant que tu n‘as pas joué, les mecs t‘attendent au tournant. Ils ne t’accueillent pas forcément les bras ouverts mais je suppose que c‘est pareil dans n‘importe quelle sélection de haut niveau, il faut prouver qu‘on a sa place. Une fois que tu commences à montrer ce que tu peux apporter, on t’entrouvre la porte mais le fait d‘avoir jouer contre le Brésil et d‘être constant dans ce que je fais permet de m‘intégrer petit à petit. Il y a quelques soucis de langue sur les grosses discutions de groupe mais le fait d‘avoir jouer 2 ans pour la sélection de l‘Est basé sur une province anglophone, j‘ai pratiqué l‘anglais et je me suis perfectionné. Au niveau du rugby, je comprends tout, c‘est plus sur les discutions hors rugby que j‘ai encore un tout petit peu de mal. Au niveau de l‘hymne, il faut savoir qu‘une partie est en français et l‘autre en anglais, on peut aussi le chanter tout dans l‘une ou l‘autre langue mais je le chante dans les deux langues. Depuis deux semaines, sans en avoir parlé, les mecs à côté de moi m‘ont entendu chanter en français et commencent à chanter eux aussi le couplet en français. Ce sont des petits trucs comme ça où tu sens que l‘intégration se fait et que les mecs te respectent, ça fait chaud au cœur.

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Martial espère se qualifier pour la coupe du monde avec le Canada (crédit : Americas Rugby News)

Tu disais que tu étais trentenaire donc tu es de la génération de Rouet, Ascarat entre autres, tu as envoyé des textos aux internationaux espagnols car vous pourriez vous revoir au Japon ?!
Non, pas encore, c‘est vrai qu‘on s‘est tous un peu perdu de vue quand on est parti jouer à droite et à gauche. J‘ai joué aussi avec Visensang à Tyrosse aussi que j‘ai plus souvent par texto. J‘ai revu Guillaume Rouet à Colomiers quand il a joué contre mon frère et c‘est vrai que ça serait énorme de se retrouver dans une coupe du monde, c‘était impensable il y a quelques années encore…

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